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Gh«{u« mot qu'il prononce tst onc aaUdreMe*
GOLBSMITI.
L14 ne peut exister dans le monde un plus digne homme que sir Michel Marall ; personne n'est plus obligeant , personne n a un meilleur cœur ; et cependant personne sur la terre ne commet plus de maladresses en compagnie. Cette malheureuse disposition d^esprit le fait passer ici pour un ëcervelë, là pour un insensé, ailleurs pour un mauvais railleur. Elle Ta quelquefois )eté dans des embarras très-sérieux, et lui a coûté quelques-ùn^.dQ ses mçillears amis. Enfin, il résulte de ces bérues involontaires, que sir 11. I
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Michel , qui de tous les hommes est celui qui voudrait le vioins blesser qui qat ce soit, qui désire le plus de plaire à tout le monde, ne peut presque pas ouvrir la bouche sans offenser quelqu^un, sans dire une balourdise.
A cinquante ans il est encore aussi étourdi que lorsque je fis sa connaissance , il y a trente ans. Une preuve de la confusion qui règne dans son cerveau , c'est qu'il oublie tous les jours de remonter sa montre , et que , la remettant ensuite au hasard , il ne se trouve jamais à tems nulle part. Dans les choses les plus ordinaires de la vie il commet sans cesse des bévues ; et il ne peut causer une minute avec quelqu'un sans dire quelque chose qui ne ^iti coBtre*' tems ou déplacée S'il renoontre un fadapie wcat^ il lui demandera des nouvelles ée sa fesme ; s.'il voit une femme divorcée, il la priera de Sûre ses complimens à son mari : sdw^nt il demandera à une demoiselle comment se portent- ses enfans ; et quand deux personnes sont bnuiUées ensemble ,. il priera Tune de hii domer des nouvelles de. l'autre. Les gens <pii ne comaisseiit pas cet état de distraction kabitnelle , ~op pour mieuK dire de confosion perpétuelle d'idées, au
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Uen At ie plaindre lui supposent intention de railler on d'insnifer; et ceux qni hii rendent plus de justice n'osent l'inviter à venir chez eux, de peur qu'il ne di^e y sans te rouloir , des choses désagréables à ceux qui s'y troûvèirt.
Je mtr souviens qn'un jour il m^avait donné reodez-vons chez lui pour aller ^ achevai, voir wae maison de campagne à quelques milles , sur les bords de la Tamise. Nous attendîmes assez long^tèms. fiaiii il sonna pour demander si les clisevanx éteient prêts; et soil domestique lui rappela qu'il les avait prêtés le jour même à un de ses amb.
ViHi 2mtre fois il detaît aller diner en ville ; il atteiidit |>afiemmettt sa voiture pendant deul liâiirés : ayant en£n deœmdé son cocher pour le gronder, os le fit souvenir qu'il avait envoyé son carrosse chercher ses petits neveux à leur panbft, if pinsieurs milles de Londres.
H perdit lesheomies gràces d'une de ses tantes pour avoir imchéri sur elle à une rente de por« celaine, et il ne Pavait fait que parce qu'il liii avait passé par la tète^ qu'elle avait q^lque intérêt à &ite monter le plus haut possihlé l'objet qu'on oiettait en tente. Une de ses côusmes ré^
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Toqua un legs considérable qa elle lui avait £aiit par son testament, parce qu'il ayait déclamé en sa présence contre le méthodisme , ayant oublié qu elle était fortement attachée à cette secte.
Mais jamais je ne le vis faire autant de bévues qu^un jour oii je me trouvai à dîner avec lui chez la marquise de L***. Sachant qu^il était ordinairement en retard de deux heures, n^ayant jamais diné dans cette maison , et ne voulant pas y arriver trop tard , il s'y rendit deux heures trop tôt. Les domestiques qui étaient dans Tantichambre ouvrirent de grands yeux en le voyant entrer, et se regardaient Tun Tautré d'un air qui semblait dire : « Est-^il fou? arrive-t-on à une pareille heure? » Cependant le valet de chambre le fit entrer dans le salon, lui présenta un journal, et Tassura que son maître ne tarderait p^s à descendre. Sir Michel MaraU. aurait pourtant eu a^sez de tems pour épelet le journal lettre à lettre ; et quand il l'eut fini , il trouva heureusement un roman nouveau et un recueil de poésies qu'il s'amusa à feuilleter.
. Enfin les deun, battans de la porte du salon s'ouvrirent, et la. marquise entra. Sir Michel ne Tavait jamais vue, ^ mais il connaissait lady
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Barbara , sa sœur ainée , qui lui ressemble beau-* coup. La marquise le salua avec cet air de dou-* ceur et d'aifabilitë qui lui est naturel. Encouragé par cet'accueilfaTorable , il lui dit : « Je n'ai pas besoin de YOQS demander, Milady, à quij'airhonneur de parler; votre ressemblance frappante
avec votre- fille » — Ma fille ! s'écria la
marquise en ouvrant de grands yeux , }e n'en ai point. Vous vous trompez sans doutée — Probablement, Milady. Cependant o^i, Madame , il est possible. ... ; je vous demande mille pardons.»
. Lady Barbara entrait en ce moment. « Voira Milady, continua- 1* il*, la dame dont )e vous pariais, et que je prenais pour votre fille.
Lady Barbara , je vous présente mes très-humbles respects ;' je suis enchanté de vous voir en si bonne santé. ( C'était sa pâremîère sortie après une maladie de trois mois, et son visage l'annonçait i ) En vérité la ressemblance —
M'est pas étonnante entre deux Moeurs , dit la marquise assez sèchement ; lady Barbara est mon âinée de trois' ans. On diC pourtant que nous avons un air dé famille. -^ Un air de famille très-prononcé, Milady; une ressem-
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blance frappante, remarquable daiu les yeux surtout. » (Lady Barbara louche horriblement. ) Ici les d^ux dames partirent dlun grand éclat de rire. « Le croyez-vous , Monsieur? lui demanda là marquise. — Non , certainement , Milady, dit sir Michel qui "venait de s'aperce- Yoir que les rayons visuels de lady Barbara ne se dirigeaient pas du même c6ié; pas le moins du monde. "^ Je suis bien fâchée, dit la marquise, que vous soyez resté seul si long^tems ; mais Mylord n'est pas encore de retour de la chambre des lords; moi-même je suis rentrée plus tard que de coubime , ayant été retenue chez Philips plus long-tems que ]é ne le pensais. — Philips? Ah ! pui, je crois le connaître : nn vieil usurier, rusé coquin, dur à la desserre P *— Et non, je Vous jfarie de Philips Thuissierpriseur. II faisait an|ottrd'hui une vente superbe. Tout Londres était chez lui. Mais je vois que vous avez jeté les yeux sur ce roman satirique : comment le trouvez-vous? — -Admirable, Mylady, plein d>sprit et de sel. Comme il arrange Taldermàn goutteux qui fait son profit de la taxe des pauvres ! comme il habille de toutes pièces la marquise joqeiise ! ^
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C'ëtaft dle-méme que lenteur avait. voulu peiftitre , et elle ne Tignorait point* . « Âvez-vaiis regardé ce. recueil de poésies ? Itti demanda lady Barbara, voulant venir à son secours. Ce sont, des bagatelles , des pièces de cifconitance , rinspiration du moment. — Oui, jlfylady, de vraies bagatelles, comme, vous le dites fort bien, indignes d'occuper un instant ; des puérilités ^i n'ont d'autre objet que d'attraper l'argent ^es sots. -^ II se peut que ce soient des puàiHtés , mais elles n'ont été faites pour attraper l'argot de personne. J'en suis l'auteur, Monsieur; cet ouvrage n'a jamais été vendu, et je n'en ai fait tirer qu'un très-' petit nombre d'exemplaires pour quelques amis plus indulgens que sir Michel Marall. »
^ Il était dans les souffrances de l 'agopie . « Mille pardons, Mylady, s'écria-t-il , je vous pro-* teste..., je croyais..., j'ignorais.... »
« Je suis ravi de vous voir, mon cher baronnet, dit le marquis qui entrait en ce moment ; je craignais que vous n'eussiez oublié mon invitation. Voici mon plus ancien ami, dit-il en se tournant vers la marquise , qui le regarda d'un air qui semblait dire ; Je vous en fais mon compliment. »
La compagnie commença à arriver ; les équipages se succédaient, et le marteau de la porte. faisait un bruit semblable à celui du tonnerre *, Le marquis, prenant son ami à part,. lui dit : ce Sayez-vous qu'il y a plus de trois ans que nous ne nous étions vus , mon cher Michel P Depuis ce tems j'ai été à Naples , à Vienne , et à mon retour je me suis marié. Je désirais beaucoup vous présenter à la marquise , et elle sera toujours enchantée de vous recevoir quand vous»
aurez un moment à lui donner. — Femme charmante , en vérité , mon cher marquis! pleiiie de grâces* et d'amabilité, la physionomie la plus prévenante ; et je vois que la maison de L*** ne manquera pas de rejetons : d'ici à quelques semaines, il faudra rétrécir les cordons de sa ceinture ; je vous en fais d'avance mon compliment.»
Le marquis prit un air sérieux. « J'espère , sir
^ La manière de frapper à une porte à Londres mérite quelque attention. Un domestique, un ouvrier, un marchand, frappent modestement un seul coup; le facteur de ta poste aux lettres s'annonce par deux ; une connaissance , un ami , en frappent au moins trois ; mais le laquais qui descend de derrière un équipage frappe douxe à quinze coups de toute la vigueur de lQ^ liras.
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Michel, que cela n'arrivera pas aussitôt que tous le j^résumez. Je conviens que la marquise a de l'embonpoint , mais on ne doit pas Tattribuer à la cause que vous supposez. >* A ces mots , il 1er quittta pour rejoindre le reisté de la compagnie ; et le pauvre baronnet se trouva bien sot en apprenant quelques instans après que son. ami n'était marié que depuis six semaines.
Le colonel O'Fagan arriva alors : après avoir salué toute la société .il aperçut. le baronnet^ etFattaquà sur-lerchamp^ « Parbleu , sir Michel, vous m'avez joué uii joli tour aujourd'hui ! vous m^avie^ promis de venir me prendre, parce qu'un de mes chevaux est boiteux , et , après vous avoir attendu une heure et demie , je vous trouve arrivé ici avant moi ! — Je vous demande mille pardons , mon cher colonel ; mais c'est la faute de mon cocher. Je me connais la mémoire si traîtresse que je l'avais chargé de m'en faire souvenir, et il l'a oublié. Au surplus nous devons l'excuser, le maraud est Irlandais, et nous savons que les bévues sont un fruit du pays. — Monsieur, dit le colonel en fronçant le sourcil , vous avez devant les yeux un Irlandais qui n'a
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de sa vie ni fait une bévue , ni manqué de parole à un ami. »
Le pauvre baronnet resta muet ; et n^ouvrit plus la bouche fusqu^an moment du diner.
Une prudente défiance de Ininnéme lui fit garder le silence pendant la plus grande partie du repas. Enfin le marquis voyant son air de consternation en eut pitié , et essaya de le ra-^ nimer en lui adi'essant la parole. «< Sir Micbel , lui dit-il, aveznvous remarqué le prix qu'a été vendue la terre de notre ancien ami sir Arthur? Quatre-vingt mille livres I Auriez -vous cru qu^elle fût de cette valeur? -^Nullement, mos cher lord; j-en ai. été aussi surpris que du divorcé de lady Ba.... (Un regard du marquis Tarréta. ) Je veux dire de la mort de la vieille lady Der.... (Un autre signe.) Ou plutôt du mariage • du capitaine Braceright avec la fille d'un marchand. >
Cette dernière phrase passa tout entière en dépit des yeux du marquis. Or, la dame divorcée était assise précisément en face du baronnet ; il avait à sa droite une jeune personne en grand deuil, fiBe de la vieille dame à la mort de la-
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quelle il venait de faire allusion ; et le frère du capitaine Bracetigfat était à côté d'elle.
Tous les convives, se regardaient les uns les autres, et il régna pendant quelques instans une espèce de silence de consternation. Sir Michel s^en aperçut; il rougit, toussa, demanda un -verre d'eau , ne sut quelle contenance faire ; et son voisin lui ayant adressé la parole un moment après, il balbutia tellement en lui répondant , que celui-ci, qui avait le malheur d'être bègue, fut tenté de croire qu'il voulait le tourner en ridicule.
Au dessert , on fit entrer quatre jolis enfans , nevenx et nièces du jnarquis, dont la soeur et le beau-frère faisaient partie de la compagnie. Chacun en faisait Téloge , suivant l'usage; et sir Michel , qui commençait à se remettre , crut devoir aussi leur faire un compliment. Ayant bu un verre de vîn de THermitage pour se donner du courage : « Quels jolis enfans, dit-il en regardant leur père qui peut passer pour être laid ; on ne peut rien voir de plus charmant ! Eté svous le père de tous? — A ce que dit ma femme , répondit le mari. » Et tous les convives* de rougir, de sourire, et de renouveler la confusion du baronnet.
Il fit une dernière maladresse en prenant le café dans le salon. On parlait de Walter Scott qu'il avait vu lors d'un voyage en Ecosse d'où il arrivait récemment. Une dame, lui demandai ce qu'il pensait de cet excellent poète. « 0& l 'Charmant ! délicieux ! répondit-il v c'est bien dommage qu'il boite. — Voulez - vpus. parler de sa personne ou de ses ouvrages , lui demandat - elle ?. — De ses ouvrages , Madame , sans contredit , lui dit-il en voyant près de lui le frère du marquis qui était boiteux ; mais s'apercevant que tout le monde le regardait d'un air d'étonnement , et rendant lui-même justice , comme tout le public , au premier de nos poètes vivans^ il voulut encore revenir sur ses pas. « En vérité^ Madame , lui dit-il , je ne prétends critiquer ni ses ouvrages ni sa personne , seulement...., sur mon ho;meur....; je vous demande pardon.... ^ je ne sais trop ce que je voulais dire. «
Un éclat de rire général suivit cette déclaration , et il fut complètement décontenancé. Il ne tarda pas à se retirer, et disparut sans prendre congé de personne. Le souvenir de ses bévues, l'empêcha de fermer l'œil de toute la nuit, et il n'osa jamais reparaître chez le marquis. Il agit prudemment en cela ; car la marquise avait donné
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ordre à son portier de lui dire qu'il n'y avait personne toutes les fois qu'il se présenterait chez elle. Il ne voit plus personne de cette famille. C'est ainsi que le pauvre baronnet perd peu à peu tous ses amis et toutes ses connaissances ; il est même à craindre que ses maladresses habituelles n'aient quelque jour des consé- , quences sérieuses ; car une insulte faite sans intention n'est pas toujours pour cela plus facilement excusée. Telle est même notre faiblesse, que. bien des gens , qui seraient assez généreux pour oublier une injure , ne pardonneront jamais à celui qui les a exposés au ridicule , même sans en avoir eu la volonté , et contre son gré. Je crains donc que sir Micbel Marall ne finisse par être obligé de mener la vie d'un reclus, et de devenir un véritable hermite.
l4 PAS UN INSTANT DIS, VIDE.