LE CABINET DE LECTURE
lÀherius à
Dixtroçmid, si/or^ /eeosius , hoe mihi fuHs Cum vtmiddaèis
HOAACB^^.MI. IV.
Si , libre quelquefois, mais sans malignité.
Je ne laisse entraîner k ma vive f/thi , Il me fant pardonner ce tort iorolontaixè.
Trad. de Oabv. .
Je m'étais rendu un matin dans un cabinet de lecture , uniquement pour y apprendre les nouyelles du jour, et faire une espèce de cours de politique ; mais les scènes qui se passèrent sous mes yeux pendant ce court espa<ie de tems me parurent si curieuses, que j'oubliai complètement le motif qui m'y avait attiré, pour m' occuper de Fobjet que je ne cberchais nullement ; ce qui arrive asseiz fréquemment dans la vie. Je remarquai dans la physionomie du maître de la boutique je ne sais quoi d' original qui me frappa.
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Les réponses singulières qu'il faisait à ses nombreuses pratiques, d'un ton encore plus singulier, me firent sourire plus d'une fois.
La première personne qui fixa mon attention fut une jeune dame , mise dans le depiier goût, Je la manière la plus recherchée , et dont les joues étaient couvertes de roses auxquelles il ne manquait que d'être naturelles. Met^t entre les mains du libraire une listé de quelques ouvrages, elle lui denianda s'il pouvait lui procurer quelques-ftns de ceux qui y étaient inscrits. Après y avoir jeté les yeux , il lui répondit d'un air malin qui me parut la déconcerter un peu , et qui fut probablement cause de son brusque départ : « La Femme à la Mode est difficile à trouver, Madame; elle est presque toujours ftn ville ; quant aux Secrets de Famille , on peut se les procurer partout. »
« Portraits des Grands Hommes, » s' écria un gros petit homme dont la figure portait le cachet de la sottise , qui sentait la cité d'une lieue , et dont l'air d'importance annonçait qu'il comptait sur la considération que procure toujours une bourse bien garnie. « Donnez les Portraits des Grands Hommes , dit le^ libraire ^ un de ses commis , n** 195. — igS! répéta l'alderman d'un ton
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portrait, et dit quHl fallait le recommencer toutà-£auit. 'L'alderman tira la même conclusion, et tout en avouant modestement qu^il n*^tait pas une beantë , il ajouta « qu'il yoalait être pendu s'il était à moitié aussi laid que ce portrait. »
Le malhenreux peintre recommença son ouyrage , donna à papa une paire de jambes aussi belles qu'en eut jamais un Irlandais coureur de fortune , mit ses épaules de niveau , et adoucit la dureté de ses traits, autant qu'il put le faire sans trop s'écarter de la ressemblance ; cependant la perruque noire (ut conservée à la réquisition de mistress Lovegain. Le portrait était parfaitement peint : on le reconnaissait quoiqu'il fût flatté; mais ce n'était pas encore celui d'un bel homme. A la dernière séance, l'alderman'dit qu^il en était content , mais il ajouta , en isecouant la tète , qu'il doutait fort qu'il fût encore du goût de mistress Lovegain. M. Vernis lui représenta humblement qu'il avait fait deux portraits pour le prix qui avait été convenu pour un seul ; qu'il y avait donné tous ses soins , toute son attention ; que tous ceux qui les avaient vus les avaient trouvés.tous deux d'une ressemblance frappante; que des artistes du premier mérite en avaient été H. 7
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satisfaits ; et qu*\\ consentait à les donner pour ' rien, si des juges impartiaux, au* d&oix de M. Lovegaift, n'en portaient pas le même jugeinënt.
On en fit l'épreuve ; et timi le monde donna gain de cause au peintre , excepté mistress Love gain et sa 6ile. La première lui demanda s'il croyait qu'elle aurait jamais épousé un lâonstre aussi hideux que ce portrait; la seconde s'ëcriâ que c'était une impertîneiice sans exemple , et qu'elle serait honteuse de papa , s'il avait une figure si basse et si ignoble.
Poussé au désespoir , Fartiste imagina un expédient : il dit aux dames irritées qa'îl ferait un . troisième portrait , et qu'il né demandait aticun salaire si elles n'en étaient pas satisfaites. L'alderman était i peu près convaincu, par le témoignage unâiaîme de tous ceux qu'il avait consultés, que le portrait était ce qu'il devait être ; il était fatigué des nombreuses séances qu'il avait déjà données , et ne se souciait pas d'avoir à recom^mencer une troisième fois à en donner : il 5e prêta donc volontiers au stratagème inventé par r artiste , d^autant plus que le résultat devait prouver, d'une manière évidente, si la çritiqile
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de sa femint et ^e sa fille n'àvak d'^atré base qu'une ^v^ugU pfëvenfien.
Au bout de qHelqHès jotij^ il knr dit qu il allait donner la deitiière séance y et les iwnU à Vemr uâe heure après chéa^le peintre po«ir juger du troisième portrait. Il se rendit d'avance chei; M. Vernis , qui , ayant foupé la tête du premier, ajusta celle de Talderman dans Tespace vide, et le plaça de manière que le portrait se réfléchissait dans un grand miroir placé sur un che- ■Taiet en face de la pnrte ; ce fut le premier objet que les delix dames aperçurent en entrant.
« De pis en pis! s^écria mistress Lovegain en fureur ; cela est épouvantable ! » Et saisissant une palette qui se trouva sous sa main, elle la lança avec force contre la glace qui se brisa en mille morceaux. On juge quelle fut sa confusion ;L'alderman pa)a le portrait et la glace, et Tartiste se trouva vengé.
L'année suivante cette famille, étant à Tunbridge-Wells , y trouva un artiste ambulant qui y avait obtenu quelques succès. Mistress Lo>Tegain voulut encore faire peindre son mari ; et pour cette fois elle eut lieu d'être satisfaite du peintre qui fit un portrait tellement flatté qu'il ne s'y trouvait pas un seul trait de l'original. Tou
i54 LÉ CABWET DE LECTURE, pas ravwr entendu, présenta sur-le-champ an mari le livre qu'il avait désigné , en Tassurant que la Femme impérieuse était toujours à son service. « Mais, ajouta-t-il, pennettez-nioi de Tons recommander aussi la Discipline; c'est un excellent ouvrage qui peut se lire avec frait après le premier. »
Un jeune lunniÉe , que je connaissais pour un des plus gmds coureurs de fortune de Londres, vint d'un air asairé demander le Mariage désialéressé, à Fort volontiers, Monsieur, lui dit le malin libraire qui le connaissait aussi bien que moi ; mais )e dois vous prévenir que cela est passé de mode ; personne n'en veut plus. Vous feriez mieux de prendre quelque ouvrage plus moderne, plus recherché dans le beau mcmde , Misère et Splendeur, par exen^le. » Le jeune homme ne demanda pas son reste. €ette saillie l'atterra en dépit de son impudence-; et il se retira aussi promptement qu'il était entré,
La dernière personne que j'y vis ett qui -fiia un moment mon attention était un homme grand etmaigre, que^e me souvins d'avoirvu, et qu'on m'avait cité comme un bel esprit, comme un génie du premier ordre; mais son esprit était
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de celte espèce dangereuse qui fait fuir plutôt que rechercher la société de celui qui en est doué ; et il était évident , d'après son costume , qu'il n'en avait pas assez pour s'insinuer dans les bonnes grâces de ceux qui auraient pu le protéger et lui être utiles. Quoiqu'il parlât à voix basse, j'entendis qu'il demandait le Bon Sens. « Il est devenu fort rare , lui répondit le libraire avec nonchalance ; je le cherche depuis loBg-tepLS ^ans pouvoir le trouver. » Ne pouvant obtenir le livre qu'il désirait , il en chercha un autre sur le catalogue ; et son choix se fixa sur ia Protection» « Tout le monde veut l'avoir, Mansieur, dit le rusé libraire ; rien n'est si recherché , et je ne puis en disposer en ce moment; mais si, comme je le présume, vous ne voulez que faare une lecture pour vous distraire quelques heures , je .puis vous donner f Homme mi-* €0tttent; je crois qu'il vous conviendra. »>
Je sortis alors du cabinet de lecture : je rentrai chez moi, et n^e ihi^â mon bureau, dans l'espésance d'amuser un instant mes lecteurs par le récit des scènes dont je visais d'être témoin^
l56 OK VOIT DE PÀREtLLEâ CHOSES.