‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 26 sur 63 · LE PEINTRE DE PORTRAITS · texte numérisé non relu

LE PEINTRE DE PORTRAITS

la nature pourrait \ Part porter envie ; Ce périrait est ma foi plna TiTnat qne la riai

SlAKISPtABI. •

Quel art hénreax que là peinture ! De même que récriture ^ elle triomphe des distancesi et même de la mort. Elle nous met en présence de Tami dont nous sommes séparés, elle rend la vie à cehii qui n'existe plus. C'est le baiime de Tâmitié , la manière la plus heureuse de donner "un corps à la pensée. Avec quelles délices l'ami ou l'amant* ne c<mtemple-t-îl pas les traits qu'animait Vame dé l'être qu'il a perdu y et qui lui est encore si cher! On lé voit, on lui parle , on »e le quitte j^amàis : ô talent trois fois heureux !

Mais pour que cet art atteigne le degré de perfection 4onf il est susceptible , il faut que ^

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de même que le langage de ramitié , il soit vrai et fidèle. S^il sacrifie au caprice et à la flatterie , il perd tout son mërite ; c'est une langue fausse qui prononce des paroles irompeuses.

Combien de gens se trompent eux-mêmes et cherchent à tromper les autres , en rendant méconnaissable ce qui devrait être d'autres euxmêmes , les représentans véritables de leur figure et de leur personne. C'est la vanité qu'il faut en accuser : le désir d'être ce qu'on n'est pas, de paraître plus jeune , mieux fait , couvert d'un costumé plus brillant ; voilà ce qui fait de tant de portraits des portraits de fantai^e. On dirige les artistes vers ce but directement ou indirectement; et l'être le moins favorisé de la nature veut, être charmant dans son portrait.

^ Les personnages augustes qui se marient par procuration sont principalement exposés i être trompés à cet regard. Par exemple , quelque princesse du continent est demandée en mariage ; son cœur est animé de l'idée qu'elle va devenir l'épouse d'un héros. Un jeune et beau seigneur ( choix qui n'est pas toujours très-politique), vêtu du costiune le plus élégant , reçoit sa main par procuration, et lui remet une miniature enrichie

WR MINTKE DE PORTE AITS. l/^i

ie superbes brillans ( ce qui contribue encore à éblouir et à égarer Timagination) où son futur époux embelli , rajeuni , couvert de croix et de décorations, parait tonte splendeur, toute majesté. Son Altesse Royale ou Sérénissime part de la cour de son père , arrive pleine d'espérance i celle de son époux, lui est présentée , jette sur

hii avec empressement un regard curieux

Quelle chute! quel désappointement ! elle voit un homme qui a trois fois son âge , et dont les trait;$ n ont pas plus de noblesse et de dignité que ceux d'un ouvrier ou d'un artisan. La beauté, la jeunesse, étaient des libéralités gratuites du peintre. Ce système dé flatterie est un fléau pour la peinture ; et néanmoins il règne dans toutes les cours y dans tous les pays ; il est adopté non-, seulement par les grands , mais par les simples particuliers. Peut-on appeler cette manie l'intentiou de conserver les traits de l'objet qu'on veut représenter ? Cependant , dans le grand monde, et même dans l'ordre mitoyen de la so-^ ciété, chacun veut avoir son portrait ; mais chacun , en dépit de la nature , veut avoir sa portion de beauté. Je Vais en citer un exemple asseas frappant :

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M. Lovegain, commerçant très-friche, mai& d'une figure fort ordinaire , avait envie de transmettre ses traits et la postérité, U venait d'être ëlu alderman , et mistress Lovegain désirait omec son salon du portait en pied de son mari , de grandeur naturelle , et revêtu du costume de sa nouvelle dignité; J^ai déjà dit que la nature ne lui avait point accordé un extérieur agréable: je dois ajouter que sa physionomie avait une expression basse et ignoble dont il serait difficile de donner une idée. Ses cheveux cimimeiiçaient à grisonner, et il portait de la poudre ; naaison conçut le projet de coiffer son portrait d'une perruque noire à la Brutur, probablera^at i cause du rang qu'il v<ms^t d^a^^quérir dans la magistrature, ou peut-être pour faire aUns^in k ses sentintens républicains. Son teint était jiâle, basané , tirant un peu sur le jaune , et I- habit noir qu oa voulait lui donnei^ devait encore Conter à Tair dur et sévère de sa figure* Son œil soup-; çonneux et à demi fermé , ses lèvres proémi-. nentes , une expression de mécontentement et de. misantropie , semblaient annonicet un dénonciateur ^ un homme toujours prêt à déclamer contre le gouvernement.

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