LE PÉDANT
F covleiTinoi, c«* je suis «a orarJe.
Qqand mes Ulcas daignent s« d^plo^er, Malheur au chien qui voudrait aboyer.
J'ÉTAIS la semaine dernière à la conçersazione de lady Charlotte , qu'un de mes cousins , officier aux garde§^, appelle Vécole du dimanche , de même qu'il appelle les assemblées du jeudi , chez la marquise, le petit enfer, à cause d'un certain lapis yert qui constitue le principal plaisir de la soirée. J'y rencontrai un docteur en droit qui ne tarda pas à me faire dire mentalement: Comme on gâte certaines gens ! Dès qu'il entra dans le salon , il fut entouré de tous les bas bleus.
« Je suis ravie de vous voir, dit lady Charlotte ; nous discutions un sujet abstrait , nous étipns dans les ténèbres , et vous êtes Thommp
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qu il nous faut pour les dissiper. — Madame, d pondit le pédant , je suis disposé à faire tous me efforts pour y réussir ; mais le soleil même o peut éclairer les aveugles. — Pas trop poli , peu sai-je. »
On discuta le point en question sur lequel docteur donna d'un ton tranchant et décidé ai opinion banale.
«c A propos; dît mîstress M***, ne trouve; vous pas que le jeune Cleverly suit de bien pri lord B*** dans ses poésies grayes et morales ? Pas de très-près. — Mais vous devez trouver ( la ressemblance dans leur marche ? — Oui , M* dame , ils boitent tous deux. — Avesj-vous é à l'assemblée de làdy H***^ lui demanda lacon tesse de ***. — Non , Madame. J'avais re^ une carte d'invitation, mais je ne prends jî mais dé bain de vapeur sans ordonnance de Faculté. —Admirable! s'écria lady Carolini Mais ne savîez-vous pas que vous y troavieriez docteur D*** ? — Il est vrai , Madame*, ma il y allait sans doute par reconnaissance , à eau: de sa profession. Les rhumes, les catarrhes, li fièvres et les pleurésies qu'on gagne à ces assen bîées, l'intempérance de notre sexe et la dissl
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pation du vAtre , sont la prilicipale ressource des médecins. — 'J'ai mille ei:cases à tous faire pour mï)n nevett , et des remerdmens ^'ayoîr bien roaln permettre qu'il prit place avec vous dans ma voiture, hier soir^po^ le reconduire chez Ini , dît la douairière ie ***.!! avait réeltenient trop bu , et vous avez dà le trouver nipet pendant tout le chemin, r^ Pas aussi muet que je Tan^ tais désire , Madame ; mais vous avez açi sage-
I ment en le renvoyant ; quant i votre voilure, je i'ai considérée ^ en cette oce^ksion , comme une
^ diligence prête à recevoir quiconque veut y en-trer. — Vit-on jamais pareille brute ! pensai-je.
. —C'est bien dommage , continua la douairière, qu'il ait pris une telle habitude de jurer ! ^— Nullement , Madame. Quand un homme a contracté celle du mensonge , il fait très-bien de s'accoutu-^ mer à jurer ; car il ne peut ni respecter lui-même sa parole , ni s'attendre à être cru pat ceux qui
• récoûtent : il est donc en pareil cas indispen-* sable de jurer. -T-C'est un peusévère! »> direnttout bas un essaim de bas bleus.
Il s'ensuivit quelques instans de silence pen-^ dant lesquels il avait le front pKâsé ^ mais l'air satisfait de hii-niême.
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« Mon fib m'a dit qae tous ne Taviez pas reconnu, dit lady F***, lorsqu'il Vous a accosté quand vous alliez voir les marbres d'Eigk, au Musée Britannique. — Il est yrai , Madame : je l'ai pris pour un cocher de fiacre qui venait me demander le prix de sa course ; et je ne conceyais pas qu'on pût me faire cette demande, puisque j'y étais allé à pied. — C'est plus que de la franchise , » dit quelqu'un dans la foule. Le docteuc fronça le sourcil. — * Son frère est un savant, dit une autre dame. — Oui , Madame , un savant grec , répondit le pédant du ton du sarcasme ; màb il a acquis sa science parmi les Grecs modernes et non parmi les anciens. — Y a-t-il long-tems que vous ne Tavez vu .'^ -— J'ai rencontré ce matin dans le parc une crav<|te bien empesée , une paire de gros favorb , une fi^re grimaçante sur un gilet bien bouifant couvert d'un habit de jockey , et j'en ai conclu qu'il était •au milieu de toutesçes monstruosités à la mode.» Rire général.
« Votre ancien ami le général est bien changé, dit un membre du clergé. C'est véritablement un vieillard à présent.r— Dites une vieille femme, reprit le docteur, une vieille femme à qui il ne
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Ttstè ni force ni vigueur. -*- A prapos, comment trouvez - voas sa fenutie ? — Je trouve qu'il est ^itrë dans sa eoraposition plus àt calorique ^e dans ceUe de toute autre créature vivante , car elle est douée d'une terrible force de répulsion. — Sarez-vous q/tt le duc est'parti pour la Russie ? lui demanda lady Charlotte. — Comme il 'n^a que soixante-dix ans , le -climat pc^rra servir à tempérer son ardeur de jeunesse . — ^ J'avais moimèaie lé projet dé faire un voyage dans le Nord. — Je suis cbarmé, raylady, répoiidit le grave oracle, d'apprendre que vos réflexions vouscendmseist si loin. Bien dies femmes, ici et'ailleurs, n'en font que devant leur mrrcdr. »
Excédé à la fin de ces niaiseries déÛtées d'im ^n d'importance , de ces observartiohs satiriques qui n'avaient d'aûtile mérite que cetui de la méchanceté , je nie retirai en'cbereEant' à m'expiiquer domment il se fait que cer&ines gens obtieniiont sur l'ésj^t des autres un asceûdaiit qu'& méritent si peu. Une réputation de scieùce, des habitudes bizarres , un ton gravé , un ait së^ vère, assez de hardiesse pour être impoli, ont porté le docteur à cette élévation dans le cercle dont il est l'oracle, où il est ce qu'étaient les II. 8
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aucieas philosophes dans le Portique , et o& de prétendus sarans et sayantes^yieimeiit , lé cierge à la main 9 pour rsAimer k itae lampe qui ne jette quelque clarté qae grâce anx ténèbres profondç^ qui Tentoiirent.
Oa gâte, aiiisi pbis d'un pédant. Quant à moi, la se^Ie chose qui m' étonna dam celui-ci &t de voir qu il s' attirait Tadmiration Au cercle formé autour de lui, sans dire un seul mot qui fût instructif, et en lie répondant à quiconque lui parlait,, que par des sarcasmes durs et gros^- &iers. Un oui observaient décimvzira plus d'un homme d^ cette espèce dans- lés assemblées de prétendus beaux esprits de; la capitale. Ce sont les:* charlatans de Ia littérature : ils réussissent dans le monde ,, et ilsy ment dt mnpks^^ comme le disait un saltimbanque iîniiçaîisi aiix.paysans crédules qui nentonrai^nt.Bs on^ Aenrconvfirt^Â la ta^le des grands, nne plàcQ.dans fennyoîtare, et , ce qui e;t Iq «plli^ éfonnfantt,. ils. occupent la place la plfs élevée ^ miKen^des satellites dbat ils sont enyixynnésv ...