‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 35 sur 63 · LES HOMMES DU DIMANCHE · texte numérisé non relu

LES HOMMES DU DIMANCHE

Tu pcnz me f*ire |>trdre|fi<k £Drtafi« •Mieaie; Mais me faire payer, parbleu! je t*e.n défie.

RcGNAHlk.

£n me promeiiaiit dans Samt-James^Stnei dimanche dernier, je remarquai an certain nombre de personnes que je ne nu»iqnais jamais de rencontrer à pareil jour, mais que je n'aperce^ vais jamais nulle part pendant le reste de la semaine. Leurs traits et leurs mainères annoiH çaieni des Hommes à la mode ^ des gens an dessus du commun. Ce n'étaient certainement pas de^ figures de boutiques échappées de lenrs compto^^s. D' ailleurs je connaissais de rue parmi enx un baronnet et un ancien membre du parlement. Malheureusement des voitures qni pas-^ salent, des connaissances qui m'abordèrent, de

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jolies femmes que je ne pus me dispenser de saluer, interrompirent mes observations, et donnèrent un autre cours à mes idées.

Le même jour, je me trouvai à table à côté du docteur Dangle , médecin qui g^gne cinq k six mille livres par an en contant des anecdotes plaisantes aux belles dames qui ont des vapeurs , et en ordonnant quelques remèdes innocens aux malades imaginaitl!s. C'est la plus grande commère qu'on puisse rencontrer dans tout le sexe mascalin. L'idée des individus que j'avais vus dans la matinée s'^tant représentée à mon esprit, je lui communiquai mes doutes : la description que je lui fis des figuFes qui m'avaient frappé le mit au courant sur-le-champ, et il m'apprit que c'étaient des hommes à qui des affaires embarrassées^ des difficultés pécuniaires, ne permettaient de se montrer que le dimanche.

Ces gens qui se promènent ainsi un jour sur sept, sont ce qu'on appelle les hommes du dimanche. Logés dans les environs de PentonviUe , de Pimlico, du Yauxhall, de Kennington , «de Kent-Road ; en un mot à deux ou trois milles d'Oxford-Street, de Piccadilly ou des ponts, ils passent kur existence dans Tennui et l'inuti-

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litë pendant six jours de la semaine ; mais le septième ils renaissent à la vie, ils sortent sans crainte de teur retraites obscures, pour rafraîchir leurs idées , varier l'uniformité d'une rie monotone , s'occuper de leurs affaires ^ et entretenir quelques relations avec le monde qui, sans cela , finirait par les oublier entièrement.

On découvre encore souvent dans ces êtres , qui sortent une fois par semaine, de leur retraite forcée , quelques traces Ijl^oblesse , et les restes de l'homme à la mode , caractères que la solitude et la mauvaise fortune n'ont pu entièrement effacer. On retrouve en eux l'homme du monde qui a survécu à son siècle. Ils affectent un air sanssouci , qu'ils laissent apercevoir en souriant d'un air agréable , en sifflant à demi voix , en jouant avec une houssine dont ils frappent une botte bien luisante à laquelle est attachée un éperon qui n'a pas pressé les^ flancs d'un cheval depuis long-tems ; enfin, par le coup-d'œil de connaisseur qu'ils jettent sur les chevaux et les voitures, ils donnent à connaître qu'ils en ont eux-mêmes autrefois possédé.

Si vous vous arrêtez pour leur parler, ils vous accostent avec aménité et avec un enjouement

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affecté, comme sHIs voulaient se faire passer pour les êtres les plus heureux du monde. Mais, malgré tous leurs efforts , ils ne peuvent complètement cacher le ver rongeur du regret qui dévore leur cœur, et dont les ravages se font voir dans leur extérieur. Souvent on sentiment d'honneur, luttant contre Tadversîté, miae leur constitution ^ parce qu^ils ne peuvent se résoudre ni à se soumettre à la honte de l'emprisonnement pour se^lpllvaloir ensuite des secours que la loi accorde aux débiteurs insolvables , ni à se dégrader par quelque ruse de banqueroutier frauduleux pour se remettre sur leurs pieds.

Quoiqu^on ne puisse attribuer qu'à leurs imprudences leur exclusion de la société ^t de la bonne compagnie, j^avoue que j'ai une véritable compassion pour ces hommes qui vivent dans une sorte dVxil ; et je regrette toujours de ne pas avcnr une centaine de guinées à envoyer à chacun d'eux sous le voile de Tanonyme.

D est uu^ autre classe djhommes bien différente de celle dont je viens de parler, et qui se compose de ceux qu'on appelle les Rulirrs , c'està-dire qui , pris(mniers sur parole y ne sont as-

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trelats qu à ne pas sortir d'un quartier qui leur est assigné. Ceux-ci, fiers d^un écu de liberté qu'ils oBt es porte&iiille , et qu'ils ont obtenue sous prétexte d'arraiger leurs affaires, de trai-« ter avec; leurs eréanciera , n'ont autre chose en vne que d'entretenir leurs anciennes liaisons, de se livrer à des ha})itude$ enracinées chez eux depuis long-tenjs, de se soustraire à une vie monotone et uniforme , enfin de prolonger leurs jouissances autant qu'ils le pourront.

On les reconnaît à une sorte d'impudence qui brave toute honte , et qui semble dire à un de leurs égaux. « Que vous importe si je suis en prison ? Je n'y suis pas seul , et même en cet endroit je pasçé pour un gaillard marqué au bon coin. » A un inférieur ou à un créancier : « Allez au diable \ Vous le vii^yez , me voilà , en dépit de vous et de votre long mémoire. Je me moque de Vûus. Je dtnerai chez Long , et j'y passerai la nuit à boire , si bon me semble. »

L'homme au dimanche prend souvent des rues détournées, cherche les allées et les passages, et sen^ble hésiter entre Tenvie de se cacher .et le désir de savoii^ ce qui se passe dans la ville. Mais le Ruhr se montre hardiment ,

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keàoaae k voix haute , a le yerbie élevé , marche le nez en Tair , monte un cheval fringant , se rend dans les endroits les pins fréquentés , dit i ceux qui ne le ccmnaissent point parfaitement qu'il arrive de la campagne, des eaux, des courses, et a recours à cent autres subterfuges pour écarter Tidée qu'il ne jouit pas de toute sa liberté.

Une troisième classe d'êtres dont les vues et la liberté sont encore resserrées dans des bornes fort étroites , sont ceux qui voltigent sur k lac de la ruine , comme Thirondelle rase la surface de Teau avant d'y plonger le bout de son aile. Ceux-ci forment une sorte de mezzo termine entre les deux espèces dont j'ai déjà parlé. Ce sont les hommes dont la liberté est momentanément assurée par un arrêt de défense qu'ils ont en poche , comme une arme défensive pour parer une attaque imprévue. Ils paraissent toujours inquiets ; leur civilité est excessive , même à regard de leurs créanciers. Leur esprit est toujours occupé , ils coipptent sur des hasards et des accidens. Unbomme riche peut (aire une chute de cheval , ils peuvent lui sauver la vie , s'en faire un ami , obtenir de lui un emprunt;

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on', s'il vient à mourir, figurer avantageusement sur son testament. Ils peuvent frapper les yeux d'une riche héritière à l'Opéra, gagner son cœur et obtenir sa main. Ils sont toujours prêts à offirit la ibain à une dame pour descendre de yoilure , et à prendre parti dans une querelle pour celui dont le rang est le plus élevé. Us prennent un huitième de billet à la loterie, dans Tespoir de gagner le gros lot. Ils tien^ nent tontes les gageures qu'on leur propose ; s'ils gagnent, c'est à merveille ; s'ils perdent, ce n'est qu'une -infortune de plus à ajouter aux autres.

Un pareil homme se reconnaît toujours à sa physionomie mobile, à sa complaisance excessive , à son regard incertain , à son air de crainte et de méfiance. « N'aurait-il pas oublié quelqu'un de ses créanciers ? n'en est-il aucun qui puisse avoir des droits sur sa personne ? est-il bien en sûreté ? » Tel est le langage de ses yeux ; du reste il a toujours le visage riant, toujours il est bien mis, toujours il se montre en public, de peur qu'on ne le regarde comme un homme ruiné.

On peut encore distinguer iine quatrième ,

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mftoie une ciaquième classe fAtmi les liemnifs perdus de dettes. Dans la preisière se tron^e Yhomme ruiné qui clierche à s'édiapper à M* même : il affiche tett$ le^ dehors de ropuienet et de la prospérité ; mais il treoil^le isats son char doré , et Tapproebe d^une igate inccftsmie le fait tressaillir i En ^oubsant d^me naisère brillante y il croit toujours ymr snr ses t^ns les huissiers et les recors ; mais il s'^enveloppè d'un double airain, et il faut que le coup de tonnerre Tatteigne pour ^'il se trouTe atterré. Dans la seconde on voit le marchand près de faire banqueroute , mais qui réfléchit encore suf le moment oii il doit la déclarer , et sur les moyens qu'il doit mettre en usage pour se ménager quelque ressource.

Un phy^onomiste démêle aisément tous les êtres qui l^ppartsennent à quelqu'jme de ces classes quj s<»it comme lés espèces d*ua méine genre. La perte de la liberté^ le regret de n'en jouir que d'une manière précaire , tourmentent l'esprit , et se gravent sur la figure.' Le bonheur ne peut exister dans l'esclavage : peu importe qu'un homme soit esclave de ses propres passions ou de créanciers sans pitié, il n^en est

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pas moins dans les fers ; sa yolontë , ses actions n'en sont pas moin$ enchaînées. Il le sent, il cherche <&n vain h U p;3ichAr ; la nature fidèle aux impressions qu elle reçoit, fait tomber le masqne dimt il » cpii^e, et j^ivê.snr son front les inquiétudes qui le dévorent. Il y a beaucoup de véritë dans 4e proverbe italien qui dit que

Con arie e con inganno J/ campa mf^ito V^anuQ ; M cofi i'ngafoo ed mrte Si Ht^e VaHra parte.

Avec r?|djjessç et I^ jxojtnpçric Op yh iin« moitié à^ Tansée ; Avec la tromperie et l'adresse On vît Tautre moitié.

Cependant il nous est plus facile de nous tromper Bons-mémes.jque d'en imposer aux autres; et nous paraissons plus souvent ce que nou$ sommes réellement,, que ce que nous désirons paraître. Telle est du moin^ Topipion que de^ observations fréquemment réitérées m'ont fait concevoir. -

l8S MANltRES I&R]ési5TIBIilS^

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