P\S UN INSTANT DE VIDE
Telle est la yié d'un honune qui n'a pas un instant de vide , parce que le total de son exis* lence n'est compose que de zéros ; tel est sir Pierre Panemar ; tels sont bien des gens de la même trempe i Le tems, qui pèse sur leurs épaules , s^ envole comme la poussière sous leurs pieds. Ils le passent à penser à ce qu'ils feront) i bâiller , à se plaindre , k fainéanter. Tout ce que peuvent réclamer auprès d'eux les droits de rhumanité , les simples devoirs de la société , tombe dans un oubli absolu. Ils n'ont pas le tems de s'en occuper. La vente d'un tonneau de Madère , de quelques vieilles porcelaines , des tableaux d'un riche co|maisseur , emploiera une matinée tout entière. Us sont exceUens juges du premier objet, médiocres appréciateurs du $er eondj et ne connaissent rien au troisième. Un Hntr suivi d'une partie de cartes prend tonte la soirée et une partie de la nuit. Pauvres gens! qu'ib sont digtfe^ de compassion! quel soidage* mejit ib éprouveraient , sHls avaient le bon esprit de passer quelques soirées an coia de leur feu, dans la retraite de leur cabinet !
26 LA FEMME COCHEE.
Smmt ^mês emrritmlê pwip«rêm OijmfUagm Co/Ugus* /MMl , mutafmt/értidù Edtata retis.
HOBACB.
Pour toute «mbitioB, pour vertv siiig«liêre , ' Il Cf ecll* ^ conduire nn char dans l« carrière. Racibb.
Après avoir attendu plus d^une heure dans un cM un de mes anciens amis , vieil officier arrivant des Indes , que je n'avais pas vu depuis bien des années , je retournais chez., moi -un peu con* irarié, mais réfléchissant avec un plaisir mé<» lancolique aux jours de notre enfance, époque où notre intimité avait commencé. Comme je traversais Sonâ-Street , le cri gare me tira de ma rêverie. Je me retournai , et j'aperçus un jockey à cheval courant à toute bride
LÀ FÊIMME COCHER. 27
devant un élégant phaéton attelé de deux dlievaiix fringans <{ui allaient un train k faire neuf milles par heure. Une femme le conduisait ,dont les muscles tendus par les efforts qu'elle faisait pour retenir ses coursiers donnaient à sa jolie figure une expression tout-à-fait désa-. gréable.
J^étais alors hors de la ligne du danger ; quand la voiture passa , le laquais qui était derrière m'ôta son chapeau, et là dame qui se servait de cocher me salira en souriant. Je reconnus alors lady Dashalong, une de mes connaissances intimes , qui avait failli me passer sur le corps. Elle me fit mille excuses , était désespérée 9 et ne concevait pas comment j'étai^ si distrait; enfin c'était la faute de ses chevaux ; ils avaient si peu travaillé depuis quelque tems qu'elle avait la plus grande peine à. modérer leur ardeur. Quelques complimens joints aux observations météorologiques , sujet de conversation d'une grande ressource en Aîigleterre', terminèrent notre entretien, et nous nous séparâmes.
Pendant le peu d'instans que nous passâmes
tê LA F£MM£ COCHER,
ensemble , un de ses chevàut manifesta (jaef-* ques moùvemens d^impatîence , et elle lui promit qu^elle le lui nvauirait dans le parc. L^autre fut un peu rétif en partant^ ce qui lui attira quelques coups de fouet admimstrés d^une inaiii aussi ferme qu adroite ^ aux dépens de ses jolis traits défigurés par la colère. Elle semblait lui dire : « je serai ton maître ( non pas ta mat" tresse ; ce niot n'entre pas dans le vocabulaire du cocber ) , je t'apprendrai à me connaître ; je saurai te faire marcher droit. »
Je me retournai pour la regarder pendant qu'elle s'éloignait. Elle avait un petit cbapeaa rond de castor , maniait le fouet avec autant d'aisance que le meilleur cocher , avait un air tout-à-fait masculin, et était si occupée à tenir les rênes et à gouverner ses chevaux , sur lesquels %ts yeux étaient continuellement fixés, que lorsqu'elle rencontrait quelqu'une de ses nombreuses connaissances , elle ne pouvait que lui faire un signe de tête , pcétisément comme ceux que les cochers de fiacre et lès ccmducteurs de diligences s'adressent entre eux quand ils se rencontrent. Si elle coapait une voiture, elle
se ret(mn»it ea jetaat ^ur celai qui la conduisait un l'égard ^i semblait dire : « PauyrevCoclier ! vous 19e faites pitié. »
Cela me fit faire quelques réttexions sur les femmes-cechers en. génëral. D'abord pour acqaérir un tident il hai fdire un apprentissage : or conmient le bean sexe apprend-il à conduire une voiture ?
Si une femme prend tes rênes des mains de* son mari , de -son fi^e , de son aitiant , c'est un pré^ sage a^sez sftr "qu'elle Tendra mener sa maisoa coHuaeson équipage. Sietten'a point des muscles robustes et vigoureux , "un esprit toujours présent et attentif, eHe aura beau tenir les rênes et guider ses cbeyaux , eHe ne fera jamais qu'un mauvais cocher, et courra tous les jours le risque de se casser le cou éi de faire partager le même sort à ses amis. Sielle.exceHe dans ce talent, ses traita deviennent durs et masculins ; elle s^faa-^ bitue à des attitudes peu gracieuses en dbâtiant les animaux dont eHe â pris le gouvernement ; elle s'échauffe le teint par suite ^es efforts qu'elle est obligée de faire ; elle perd l'expression de douceur que la mature a impriaiée sur le visage 4'uneieimie ; eHe court le risque de
3o LA FEMME COCHEB.
s^endurcir les mains et peut-être le cœur :
enfin, dans tous les cas, elle prend des habitudes peu féminines dont il n'est pas facile de se défaire ensuite.
. Est-ce dans les leçons que lui donnera un cocher qu elle puisera de la grâce et de Vaménité ? de pareilles instructions omeront-^Ues^on esprit ? développeront-elles de loual^les sentimens dans son cœur? Les manières libres, et grossières djun pareil maître ne. doivent-elles pas lui inspirer un dégoût invincible, qui ne peut céder qu'à un manque absolu de délicatesse , et au désir de se distinguer dans un art si noble P Mais enfin la voilà parvenue au degré de perfection qu elle désirait atteindre. Qu'y at-elle gagné ? Un nouveau moyen de. perdre le tems ; un plaisir ignoble , un oubli total des qualités les plus aimables qui distinguent son sexe ; cette timidité, qui nous intéresse, cette douceur qui nous enchante, ce besoin dQ la protection de Thomme et cette confiance en lui qui nous attachent et nous subju.guent. J'ai connu de ces femmes-cochers tellement changées par cette rage à la mode , qu'elles se trouvaient plus «^ Taise dans une écui^ie que dans un salon.
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Celle dont je yiens de parler n'est pas encore tout-à-fait arrivée là , mais elle est si diflërente quand on la voit parée pour un diner, ou revêtue du costume nécessaire pour conduire un phaé-^ ton, qu'elle me semble toujours en ce dernier cas déguisée pour une mascarade ; mais c'est un déguisement qui , bien loin de lui prêter quelque charme , lui fait perdre tous ceux qu'elle pos-* sède, et sous lequel elle ne fera jamais la conquête d'un seul cœur.
. Je cherchai alors à me rappeler toutes les femmes-cochers que j'avais connues, et je n'en trouvai aucune à qui j'eusse-jamais pu accordée mon estime /Une dame titrée, qui n'existe plus , et que je ne nommerai points excellait à con^ duire s^ calèche attelée de quatre chevaux blancs. Elle faisait l'admiration de tous les palefreniers et de tous les cochers de fiacre de Londres , quand ils la voyaient , le visage peint de manière a ressembler à une figure d'émail ou de porcelaine , allonger un vigoureux coup de fouet à ses chevaux de devant , ou serrer les rên^s en se carrant les épaules ; et ils en parlaient en termes aussi familiers qu'ils l'auraient fait d'un de leurs camarades. J'avoue qu'elle
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était deyenue un objet de dëgoùt poi»r moi et pour bien des gens sensés de ma connais-' sance. Elle Cdnduisàit ordinairement na de ses parens , ce qni reiidait te spectacle encore pins ridicule à mes yeux ; et les louanges que je Inï entendais doimer par les gens de la classe dont |e Tiens de parler, ne faisaient que Tavilir dans^ mon esprit. -
' Et pourquoi ' les cochers , les jedkeys , lés' pugilistes , les boxeurs , accordent-41s des élô-ges aux personnes d^un rang supérieur qiii savent gouyemer quiatre cbeyaux comme un con-^ ducteur de diligence , (kire sauter un cheyàf par dessus une baie aussi bien qn^un piquem^y et asséner un ccmp de poing conformément duxf au règles de /tf noble science ? C'est parce que les clisses les plus hautes de la société se trouvent P2ur là ravalées au niyeau des plus basses ; parce qu'ils peuyent les traiter comme de p^ir à compagnon. « H n'est pas fier , disent les bateliers de là Tamise en payant d'un certain duc , 'ii boit, fume et manie la • rame aussi bien que nous. » Que ces talens précieux* puissent deyenîr utiles en certaines occs^sions, j'y consens ; ^pnats iik faut ^u on m'acçordç aussi (jiie celui
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ées femmcsrcocbersiie les omera jaaiab d^aa-* cune grâce.
Une charmmte ille derla ?erte Irlande me condttisait un }onr dan^fia baroncke. ^ £3le est excellent cocher 4 mais la Compagnie <pi'elle a fréqnent^ dans les écuries foi a fait prendre ua ton , des gestes et des attitudes liien pen convct- Bables à son sexe. Ses<:fcevaiix s' étant emportés 9 . eUe fut obligée de serrer les rênes arec tant de force qne |e crus qu'-eBe s'écimAerait les mains, quoiqu'elles fussent couvertes de gros gants de peau de daim ; mais elles s'4taient endurcies à ce n^tier. Se tenant debout, e^ faisant travailler xigoureusement te fouet , le fisage enflammé , le front couvert de sueur , « )« yous écorcherai , drt-elte à ses chevaux avec un jurement de cocker qui me fit toessaSlir, si vous «e m'obéis-^ ^z. Bu diable si je ne vous mets pas à la raison. » Parvenue à ralentir leur course, elle se rassit , s'éventa , me regarda en souriant d'un air de triomphe , et reprit son sang- froid. Mais inalgré tous «es churraes, >élle n'était à mes yeux qu'une amazone repoussante.
J'ai aussi connu l'épouse d'un membre du
• Espèce d« Toiture idécouverte , à quatre roues.
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parlement, qui brillait par le même genre de talens. C^ était une femme hardie, aimant les plaisirs de la table , et d^une réputation fort équivoque. Un jour son phaéton versa , et elle se cassa le bras.* Enfin, dans tQutes les informations que )'ai prises sur le caractère des plus célèbres cochers du sexe féminin, jamais je n'ai rien appris qui pût me faire changer d'opinion et me persuader qu'une femme puisse trouver quelque avantage à savoir manier le fouet. C'est pécher contre la douceur, l'aménité, la délicatesse, qui sont le premier ornement du beau sexe. Je le demande à tout amateur, au plus grand admirateur de la beauté : a-t-il jamais trouvé quelques charmes de plus dans une femme qui revient d'une course de chevaux ou d'une promenade du matin, le teint échauffé, les lèvres desséchées , et la figure couverte de pousstère ? .
.Je doute que notre mère Eve eût jamais fait la conquête du premier homme , si elle se fût présentée à lui ) en songe ou en réalité , avec une ^physionomie masculine, une tournure de palefrenier, et un fouet à la main ; et je ne crois pas quç ces membres délicats, qui semblent avoir
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ëté formés parla main de Vamour, aient jamais été destinés à dompter des coursiers fougueux, à tenir d'une main un fouet pesant , et de Tautre de grossières courroies. Le diamant luimême n est qn une. pierre tant qu'il reste brut ; c'est le poli qu il reçoit qui lui donne tout son lustre , et qui prouve sa valeur réelle. i
II en est de même de la femme : tout ce qui tend à la dépouiller de la rudesse et de Vâpreté de notre sexe ajoute à ses attraits naturels : tout ce qui peut contribuer à la couvrir de Técorce plus raboteuse de Thomme ne fait au contraire que la priver de ses plus riches omemens, et en diminuer le prix à nos yeux. Je me souviens d'avoir rencontré une fois .dans King^s- Road une dame conduisant un brillant équipage , qui s'était arrêtée pour donner à un laquais qui raccompagnait à cheval le tems dé raccommoder quelque chose aux harnais. Il était, tout en s'en occupant, en conversation familière avec sa maîtresse. « Ne l'épargnez pas, Mylady,^ lai disait-il, à la pi^emière escapade un coup de fouet bien, appliqué. -:- Que la peste le crève! répondit-elle élégamment. » Etait- il possible de l'entendre parler ainsi sans dégoût l
lA FEMME COCHER.
Je sais qa'on me dira que ce toii grossier e! commun n est pas adopté par toutes les femméS'Cochers du haut parage , et 'qu'il n'est pas nécessaire pour bien conduire une voiture ; mais puisquMl sirrive si fréquémaient qn'on le contracte à cette école , n'est-il donc pas plus sage pour les dames de renoncer à vouloir acquérir un talent qui ne peut leur être ni utile m agréable ?
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