‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 3 sur 63 · PAS UN INSTANT DE V11>E · texte numérisé non relu

PAS UN INSTANT DE V11>E

Angleterre ; condamne ce qui se fait en Asie ; regarde ses lettres , les jette dans un tiroir sans les lire ; s* imagine souffrir d'une complication de maladies, et attend avec impatience la visite de son médecin , fat à maintien grave , qui sait profiter de la faiblesse du genre humain.

U arrive enfin ; sir Pieire débuts par lui faire sur la matière médicale , la physiologie et Tana-* tomie , des ques^tions qui attestent son ignorance grossière , et qui devraient faire rire le docteur ? mais pas un muscle de son visage n^en est ému. Il convient que le nabab est atteint de maladies compKquées , écrit une ordonnance , et lui indique Tapothicaire auquel il doit s^adresser, car le médecin et Tapothicaire s'entendent comme larrons en foire. L'un remplit la tête desonma-r lade de craintes et d'alarmes , lui persuade qu'il ne pent vivre sans le secours de la médecine ; l'autre lui farcit le c<yrps dé drogues : tous deux tirent sur son coffre- fort*, et remplissent leurs .

poches à s^$ dépens.

L' ordonnance ne calme pas les inquiétudes de

sir Pierre ; il lui faxLi de nouvelles instructions.

« Peut-il prendre une pinte de vin de Madère ?

r*- Décidément , cela est mémç nécessaire. ~

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Manger dé la tortue ?-^Sans doute, avec modëratipn. — Et des ortolans? — Rien de meilleur. — Et xmftu de venaison? — C'est ce qn'il 'y a de plus fecije à digérer* — Yiendrefi-irous dîner avec moi^ Doctear?««-Si les devoirs de ma profes^Um me le permettent, bien volontiers. •«— Pais-*je boire un peu de Champagne àla glace ? — Hum ! trois verres. — Et de rHermitage ? — Une couple de verres. —Du noyau? — Un petit verre pour finir ; car il faut de la sobriété , de la tempérance, une nourriture simple, une vie réglée ; c'est le meilleur remède , le seul sur lequel on puisse compter. » Charmé de la consultation , le nabab jouit d'avance des délices d'un épicurien , et pendant une heure ne pense qu'à son dtner.

Il est une heure. Un pauvre artiste l'attend depuis iong-tems ; il n'a rien à lui dire^ Une veuve demande à lui parler ; c'est quelque imposture qu'elle voudrait lui conter. Un marchand vient demander le paiement de son mémoire ; c'est un impertinent ; il ne sera payé que dans un an , pour lui apprendre à vivre. Le marchand he court aucun risque en faisant crédit au nabab , mais il a besoin d'argent. II retourne chez

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lai , maltraite sa fenm^ , ne peut payer ses engagemens, perd son crédit , est mis en prison ^ et faàt banqneroute ; le tout parce que des gens in^mstes ne bii. paient pas ce qni lui estlëgitime*- Hient dû. Un humble parent se présente à sa porte ; il n'y a jamais perscmne pour lni«

Il faut pourtant qu'il sorte. Monter»*t-iI à eke* val? Il n'est pas excellent. cavalier. D a été si long-tems habitué à se faire porter dans un pa*« lanquin! Il ira à pied.

ILest trois henres. U parcourt lentement JB^in/- Street \ il y rencontre un pauvre diable récemment arrivé de rinde pour suivre un procès à Londres. Lui parlera- t-il ? Non , cela le mène* rait trop loin ; il n'en a pas le tems. Le voilà dans Saint- JamesSirtet, iTn de ses fermiers l'aborde et désire lui dire un mot : sa récolte a été mau-* . vaise , sa grange a été incendiée ; mais le nabab n'a pas un instant à perdre ; il regrette même d'avoir acheté un domaine. Que lui importent les ferm^rs et les granges^ les mauvaises récoltes et les incendies , ^t en général toutes les calamités humaine^? C'est une taxe imposée sur le tetns d'un homme comme il faut. Ce fermier

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est un impertinent d'avoir osé Taccoster ainsi dans la me.

« Att surplus, pense-t-il, la culture des champs et celle des. jardins ne sont .que des travaux vulgaires. La preniiëre ne convient qu'à un paysan, et une femme seule peut donner quelques instans à Tautré en jetjmt un coup-'d^œil sur sa serre chaude, ou en en faisant un sujet de conversation pour quelques instant. J'aimerais mieux, continue- 1- il, en parlant à son meilleur ami, c'est-à-dire lui-même, fumer mon bûukar^ et entendre raconter une bonne histoire que de voir toutes les récoltes , tons les champs et tous les jardins du monde. Que peut-on gagner à suivre une nouvelle charrue , i exami-' nep une nouvelle race de bestiaux dans un pâturage? De l'humidité aux pieds , et peut-élre un bon accès de goutte. »

Il se décide donc à vendre sa terre. Cependant son château de Montplaisant est superbe , et lui^donne de l'iùQuence et de l'importance dans le pays ; il attire toute la noblesse de$ envijron$ ; il lui procure, des invitations à toutes les fétQs qui se donnant dans h voisinage ; il bit

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pleuvoir les cartes de yisite i sa porte. Allons , yoilà qui est résolu , il ne le vendra point. . n est quatre heures. Il se trouve dans PaU- Mallj et il entre dans la galerie britannique *. Examine-t-ii les merveilles de Tart qui y sont réunies ? Il n y jette pas les yeux. Il s'assied , il bâille , il voit ceux qui entrent et qui sortent ; mais il pourra dire qu'il y a été , et il est trop occupé pour se souvenir de ce qu'il a vu. Il en sort à cinq heures. Le ministre de sa paroisse le rencontre et lui propose de mettre son nom sur une souscription au profit dés pauvres , ou pour un cas de détresse tout particulier : il n'a pas le tems de l'écouter ; jamais il ne sera prêt pour Theure du diner. Santinéri l'engage à s'abonner à son cours de lecture : il lui jette ses cinq guinées , mais il ne peut lui parler , il est trèspressé et de mauvaise humeur. II. n'a pas uii instant à lui ; il faut qu'il s'habille, qu'il prenne une pilule; inais il est trop t^ârd , il faudra la 1 remettre au lendemain.

II est excédé de fatigue. Qu'a- t-il donc fait ?

* C'est use galerie de tal^leaux de toutes le^ e'coles , tirés des cabinets d*un grand noipbre d'amateurs réunis (n société : le^ tableaux se cKangent tous les ans , et la vue eu ek of&rte a\i public pour unshilliog.

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II a été de HarieyStneik PalhMaU. Il preadra sa voitore le jour «uWant ; c'est trop dé fatigue pour lui, et cela exige trop de tems. Il a oublié la pilole qu'il devait prendre , la rente de porcelaine où il devait aller, la marchande de modes qu'il avait promis d'aller voi^ , ses cigares et le tabac dn prince régent qu'il se proposait d'acbeter. Que d'oublis! que d'omissions ! Et le nouveau roman satirique? Oublié aussi l Comment cela peut-il être? Le dé£uit de tems; toujours pressé, pas un instant de vide.

Il rentre ckez hii : * mi set domestique lui remet des pétitions de veuves , et de9 flîénioires demarcbands; qu^ils àittent au diable! Ceb^est pas qu'il ne puisse soulager les unes et payer les autres, a'illa voulait \ ntais le tèms luimanqiie. Lady Panemar voudrait bii parler : mi^ssible ; il est-six beures , il n'est qu'à demi^hahillé , et Hku sait ccHnnùent! car personne nç éhbistt aiissi mal là couleur et la fioahnede ses.véteflKé8« My-»lady va envoyer des invitatiem piour ÛÈtasm , soit ; il Hianqtiera de pasTole à un ancien ami qui l'attendait.

Il est sept heures. Qu'a-t-îl fait depuis qu'il est rentré? Il a juré cpntre ses domestiques ; il a essayé deux m trois habits qui ne lui ont pas

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fin. n déclare qu'ib ont ità faits pour un cochon ; ils Tont par&itement à sa taille. Ses gants sont trop petibx .fl.en a creré autant de paires qu'il en a essayé \ c'est quil serait diflicile d'en trouver d'assez larges, pour ses mains» Il lui a fallu inns quarts d'heure pour ajuster sur sa tête sa perruque à ressorts , encore n'est-elle pas .bien mise. Il craint de n'arriver pour dfaer que lorsqu'on en sera au second, service. Commet cela se Sait^-iL? C'est qn'il a été trop occupé toute la matinée. Il se promet bien de ne pas faire tant de besogne le lendemaio , mais le bes^n du plaisir remportera; il sera, le jour suivant, tout aussi affairé, à ne rien £ûre , et la journée se passera casme la précédente.

Mais quels progrès a-t-il biàs dans ce qu'on^ peut appeler la partie utik de la vie? Il s'est promené depw HafUy-Sreéi'fasqvCk Pâli-Mali; a a paité à une demi-dmixaine dep^sonnés ^ en> a salué une vingtaine qui étaient en é^piîpagef est çntré dans la galerie britanaique ; et après une longue toilette, dont il n'ta pai été satisfait, c»r il s'est trouvé un air cmnmun f des lèvjpes ileue», des rides sur les jmies , ce qui est sans doute la &ute de ses glaces, il est arrivé dasts le alon au m^Hnent ju»le> où Ton annonçMt que le

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dîner était servi , tout à propos pour offrir la main à une douairière flétrie qui manquait de cavalier. Quel dommage qu'il n'ait pas plus de temsà luil Que de choseis il pourrait faire aussi utiles, aussi importantes ! Mais c'est le sort des gens riches de ne pas être maîtres de leurs instans.

Dans le fait , deux heures passées à déjeûner, deux autres à consulter et à réfléchir sur sa santé, trois à courir les rues sans rien faire , une à bâiller dans la galerie britannique , une autre à oublier tout ce qu'il a vu et entendu ; quelle diligence ne faut-il pas faire ensuite pour être prêt pour le dîner , pour arrivera tems!

Enfin le voilà à table. Quatre services paraissent successivement; le dessert y est placé à minuit , et une partie de whist conduit à deux heures du matin. Quellieureux emploi du tems! Sir Pierre est alors fatigué outre mesure. Il a une pilule à prendre avant de se coucher , et doit remettre un calmant à lady Panemar pour apaiser l'humeur qu'elle a prise en perdant "«u j^u. « Comme il est tard , s'écrie-t-il en rentrant ! qu'il reste peu de tems pour le repos ! Qu'on n'entre pas chez moi demain avant midi ; je sui^ excédé; je mène une Vie trop actire! » ^

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