‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 40 sur 63 · I>À PRINCESSE CHARLOTTE · texte numérisé non relu

I>À PRINCESSE CHARLOTTE

Hiaîs exacte, peut en fournir la preuye : sur quatre cents femmes en couche , dont un tiers au noins sont ou médiocrement constituées on mal secûuriies ; une seule périt i et la princesse de Galles , dans la force de la jeunesse et de la santé, entourée de toutes lés ressources dé Tàrt , est précisément là victime désignée ! Sur deux cents enfaiis qui naissent, cent quatre-vingt-dixneuf viennent communément à la lumière ; el rhéritier si attendu du trône de la Grande-Bre^tagne , le gage de la durée d'une dynastie et de la tranquillité d'un grand peuple, est celui que le sort condamne à périr avant d'avoir, vii Iç jour! O Providence! qui osera sobder la pror fondeur^e tes desseins? .

• Aussitôt que la triste nouvelle fut répandue , les marchands et fournisseurs de la famille royale fermèrent leurs boutiques. La pompe qui devait aVoir lieu pour l'installation du Iprd-mair-e fut contre -mandée; l'académie royale et lés sq-' ciétés sa vantes, suspendirent leurs séances ; lés cours de {.lislice s'ajournèrent ; les théâtres $é fermèrent pour tie se rouvrir qu'après les obsèques ; le tirage de la loterie fut susoendu ; les fonds publics baissèrent; les maisons d'Esher et

20À Lk PBISOCSBE CflABLOÏTC;

^e KingstOB, oi Von préparait des réjoiiiâsanci» pont rhfenreux accouchement, fkrent fo&tes fermëes ; la tristesse et le silence s'étendirent 4« proche en proche , et un yoile de dewl sembla envelopper tout le royànme.

, Mais qni peindra la douleur du prince Léepold , dé cet amant passionné , qui avait rehsé i répoque de son mariage jusqu'au titire de duc anglais, dissmt que Tamour, rien que rament de Charlotte, était font ce que son coeur pouvait imaginer de désirable ? EUe est morie ; soé dernier regard s'est tourné vers lui ; »1 tient sa main déjà froide ; il contetnple la plus dière moitié de lui-même ; et cette mmtié n'est pias qu'un cadavre : mais il ne le croit pas , il ne peut pas le croire ; il reste U , pIo«gé dans une espèce d'extase silencieuse. On rentrâSne, «tt réveille, il pleure ; mais bientôt la yétitéftof affreuse se dérobe dé nouveau à soft esprit troublé. Il accourt : i« Ne dérangez rien , dit-il , dans cette chambre. Ce secrétaire ouvett, c'est là qu'elle écrit-; ce fauteuil près de la croisée , c'est là qu'à la chute du four elle s'assied et me donne ma leçon d'anglais. Ne touchez pas à c^ chiffonnier, c'est là qu'elle arrange Jes vÊte-

. Uk PftINC£SS£ CHAELOTT£. 2o3

Bie^sqve ses mains ont tissns ponr notiie premier-në. Celte robe, placée snr une chaise , ne la dëongez pas ! c'est la roie qpa'elle portait hier dans notre promenade ; il faut qu'elle la retrouve en s' éveillant dans la même 'situation où elle Ta laissée.... »

P^ndaiit quinaae jours le prince Léopold ne manqua pas 4'entrer chaque soir dans la chambre 4e. s<Mi épouse, et chaque soir, le sacrifice nuptial fut un déluge de pleurs versés sur un xercueil.

Le 18 ncMembre 181 7 , la dépouille moiltelle de la princesse Charlotte fut déposée dans le tombeau des rois à Windsor. Son corps avait été embaumé , selon Tusage en Angleterre pour les personnes royales. Son cœur, et le corps de son enfant , enfermés dans une urne, furent trai^Sipmtés dans un carrosse de deuil traîné pat six chevaux noirs. Le corps de la princçsse^ en-^ fecflié dalis un cercueil de bois d'acajou ^ doublé ext^eurement de plomb , était placé sur un char atelé de huit chevaux. Le prince Léo-^pold, accompagné, du révérend docteur Short , suivait le convoi ; on avait eu soin de ne le faire monter dans la voiture qu'après que le char funéraire avait été hors de vue , afin de lui sauver

!2a4 l'A PRINCESSE CHAELOT^TE.

uae trop vite émotioa. Une »oiDl»eilsé ^rayâlerie accompagnait la marche ; va peaple isH menee coavrait la roate et se prostûaaît sar le passage du fatal coayoi.

Le 19 , à dix heares du soir, le corps de ht priacesse fut traasportë du ch&teaa de Wiadsor à la chapelle dé Saiat - Georges. Le ciel était seceia', la laae killait de tout soa éclat ; uae quantité ianombraUe de torches , dont la lumière trèmhlaate contrastait ayec celle de l'astre de laauit, dc»inaitàcette triste cérémonie Taspect leplii&imposaat. La grande et belle avenue de Wiads(Nr était.peuplée, dans cette soirée, par plii3 de deux cent nulle persoaaéfrqairaarclMÛeBt en silence dans an reciieillem^l relî§ieax. Jamais pompe fott^n:e ne fotplusdigaed'aae princesse adocée par ua grand peuple.

A rentré^ de la chapdle de Saint-Georges , le cerca^il, porté par huit yeamm de la garde , fat reça par le ch^^itre soas un dais de ydouis noir sunaoaté de pâaadies hbacs ; quatre dames de la plus haute distinctÎM avaient été choisies pour porter le.poile : c'était les M^ Greayille, Ëllenhorough, Bo^on, et Ardea. Le cortège preàd place au chœur ; le priâce Léopold, dont les yeax soat fices , le yiaage.pâle et ia douleur

muette, s-assied devant le cercueil, efrtt^ lés ducs d'Yctfck et de Clârence. Un silence pro^ fond succède aux gémissemens ; on récite les prières des morts ; on soulève ensuite le cercueil pour le descendre dans le caveau royal ; en cet instant des san^ots , des cris se font entendre ; c'est le prince iJéopold dont la douleur s'est i^teiliiée en voyant disparaître pour jamab cet objet où tout son être semblait attaché. On ne peut Ip calmer <pi'en lui promettant qu'il pourra pénétrer plus tard dans le caveau- pour 7 embrasser encore une fèis le £atâl cercueil.

Le héraut d'armes «'avance ; il prononce d'une : voix mal assurée ces paroles sacramen^ telles , dignes par leur simplicité de la triste occasion où la mort parie si éloquemment aux grandeurs humaines • •

« IL a plu au Dieu tout puissant de retirer de eelte vie passagère la très-illustre princesse Chariotle -Auguste, héritière présomptive du trAne de la Grande-Bretagne, petite -fille de S. M. Georges III, par la grâce de Dieu, sou- ^vcrain des trois royaumes, défenseur de la foi. Dieu veuille le bénir en lai accordant une longue vie , honneur et bonheut ! . . < » Ici la voix manque stv roi d'iarmes , .des pleurs l'interrompent ; cé^

2o6 i.4 ]raraiC£6$s cmixojom.

; pendant la ciréa^jàt est teisn»nëe : quels sons mélo^enx et lagvbreji se fwt «aslendre ! c est Forgne au ton grave , à rhainoBÎe jHease qui Joue ia Btarche ftmèbfe de VOmiorw de Saiil.

Le peaf^e s'ëcovde en sileooe , TëgUse est liien- .t6t déserte ; maïs un homniie à •geiMux dans le chcNir, près de Terrée dn caveau i, ne soit ^pokt k foule ; il retite là. Il attend qn-ogi lai tienne la promesse quW hà a faite. C'est le prince Léopold , et vous svf^ ce qu'ta hii a •promis.

. Bien du tems s'est déjà écoule d^uis qne la princesse Charlotte do Galles repose daans la tombe ; les arbres qu'elle cultivait àXlaremoat ont refleuri trois fois ; le ^a«m ^u ette fouUût s'est relevé , s'est deâséché^ a reverdi encore , et les traces des pas de Charlotte sont ei&cées. Son chien fidèle 'la cherche aujourd'hui dans les bosqiiets où sa vigilance protégea mille ipis les ^nystérieux entreliens de l'amour.; il la cherche, et se$ cris plaintifs semblent la demandera sot infortuné maître , qui terre aussi sous ces. ombrages 9 qui la demande aussi à tous les lieux que sa présence embeUîssait.

Arbres qu'elle a plantés, asiles qu'elle a ornés, êtres qu'elle a chéris, yoos disparaîtrez aussi d«

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lasnriac^ delà terre ;,makle souyenir de Charr lotte ne përiia^-poisit , et sa mort sera déplorée tant qn' Albion conserrera un peuple capable de sentir iaa| ce quULa perdu lorsque le ciel , ^ans sa colère , lui a retiré un ange de réconciliation , un otage d'espérances et de gloire , pour ne lui laisser que la discorde, Tinqui étude deTayenir, la cormptrou et le scandale.

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