‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 6 sur 63 · LA MATERNITÉ · texte numérisé non relu

LA MATERNITÉ

c'est ce que je ne puis concevoir. Il m'est impossible de me persuader qu'il existe des gens qui haïssent les enfans, et d'autres qui soient insensibles aux charmes de la musique. L'innocence des uns, Tharmonie de l'autre, offrent des attraits si puissans , qu'il faut un cœur d'acier pour y résister. »>

« Je vous dis qu'il n'y a rien de plus détestable , reprit la vieille fille. Les enfans et la musique sont deux fléaux de la société. Les uns sont importuns et fatigans ; Tautre exige trop d'attention , et interrompt le cours d'une conversation raisonnable. ».

« C'est-à-dire, répliquai-je , de la médisance , de la calomnie , des anecdotes scandaleuses. »

. «' Tenez, s'écria -t- elle en repoussant rudement l'enfant qui était revenu près d'elle , ne voilà-t-il pas les doigts et le pouce de ce petit démon gravés sur la manche de ma pelisse P ^

L'enfant se mit à pleurer. « Venez ici, mon cher enfant , lui dis-je » ; et Iç prenant sur mes genoux, je tâchai de le consoler.

« Que lady Motherly élève mal ses enfans , continua la sibylle! Ne devrait-elle pas les laisser

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dans la chambre de leur banne ? Pourquoi les admettre dans un salon comme si tout le monde devait partager sa folle tendresse pour eux? Je ne connais rien de si ridicule que de jeter ainsi des enfans dans la société. »

En ce moment un petit chien crevant d'embonpoint, et étouffé par la graisse, sortit de dessous ses jupons en toussant et en étemuant. « Pauvre Favori , s'écria-t-elle , viens voir ta maîtresse ! Je ne sais où il a gagné ce malheu-r reux rhume. » Et le prenant dans ses bras, elle couvrit de tendres baisers ce hideux anio^al.

La patience m^chappa. «< Je vous demande bien pardon , Madame , mais je vous avoue que ce Favori me semble plus importun , plus fatigant que tous les enfans. du monde. »

<c Sans doute parce qu il lui est arrivé de vous mordre une fois. »

«< Parce qu il est méchant, qu'il sent mauvais , .qu il est dégoûtant, et surtout parce. que la préférence déraisonnable que vous lui donnez sur ce qu'il y a de plus intéressant dans la nature, doit indigner tout être sensible . témoin d'une telle conduite. ».

Elle ne répondit rien ; et gardant tous deux • le silente nous continu4mes à caresser chacun

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de notre c6të , mm mon petit Amç^tir , et ^Ife son vilain Favori , qui finit par la gratifier da même présent que les petits chiens font aa juge Dandin dans les Plaideurs. Je tirai le cordon de la sonnette en souriant, et laissai à miss Whimsey le soin du reste : elle demanda une serviette de damas pour s'essuyer, un coussin et da lai! chaud pour son chien qui , dit-elle , était in* dispose. Le domestique lui obéit d'un air de dégoût ; et T enfant s^ étant approché du chien pour le caresser , « retirez-vous , petit mainrais sujet , s'écria la furie , laissez-le en repos. 3é voudrais qu'il vous mordit. »

« En vérité, miss Whimsey, lui di»-je , je ne puis vous entendre de sang froid traiter ainsi ce pauvre petit ange. >»

« Pauvre petit ange ! tépéta t-^He : ce sont de vrais démons , turbulens , touniientans , ne sachant que faire dn bruit, et qu^il faudrait bd$s^ dans la chambre de leur bonne. »

Lady Motherly entra en ce moment : « Votre servante, Mylady, lui dit-elle avec le sourire le plus faux que j'aie jamais vu ^ un sourire qui n'offrait pas la moindre trace de bienveillance ^ de politesse ou d'humaitHé. Elle destinait prendre u air agréabk et enjeué; mais ses joues rîdéeS

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le poavaient exprimer que TorgueH , l'enyie et la méchanceté. II existe malhenrettsement daas la sôciëtë un assez g^ând nombre d'êtres qui semblent avoir été jetés dans lé même moule^ de misérables folles qui , prodiguant les plus tendres soins à des singes , à des chiens, à des perro*^ qnets , ont lé cœur inaccessible au plus léger sentiment de pitié pour leurs semblables. Bien ne leur coûte, rien ne les rebute , quand il s^a-^ gif des objets dégoûtans de leur ridicule ten-^ dresse ; et tandis quelles font chasser de leuf perte, avec barbarie, le malheureux mourant de faim et de froid , saiis asile et sans vétemetis i des couches de du^t , des coussins de velours ^ sont préparés potir leurs méprisables favoris. Quelquefois un chien hargneux partagera le lit de sa Miaitresse , prêt à montrer les dents à qui^ conque entrera dans fea chambre ; espèce de sentinelle Veillant snr ses faux cheveux , sur ses fausses dents , et sur les fausses roses dont elle omé sts joues. *

C'est surtout parmi les vieilles iilles qui n'ont jamais été assez aimables pour mériter les at-^ tentions de notre' sexe, qu'on remarque cette affection déplacée pmir de vils animaux. Leut Cfewest Qétri; $èrcs d'une chasteté qui nà

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jamais ëte attaquée , armées d'une réserve dont elles n'ont aucun besoin, elles ne connaissent ni la douceur, ni la modestie, ni les grâces. Quel cœur ouvert aux tendres sentimens de la nature pourrait dédaigner les innocentes caresses d'aimables enfans, pour se passionner eii faveur d'un monstre tel qu'un singe , qui semble être la caricature du genre humain ; pour n'avoir des yeux que pour un chien inutile et souvent nuisible ; pour offrir entre ses lèvres du sucre à un perroquet dont le jargon insipide e$t aussi insupportable que celui de sa maîtresse?. Quoi de plus dégpûtatiit ! Mais ce n'est pas assez. Souyent un domestique sera renvoyé pour avoir mis Bertrand en colère , pour avoir dédaigné les caresses insipides de Jacquot , ou pour avoir mis César à la porte parce qu'il empeste l'atmosphère de r antichambre. On est condamné à souffrir la malpropreté , la puanteur et les morsures de toutes ces, créatures détestables.

Mais pour en revenir à lady Motherly , quel contraste entre elle et miss Whimsey ! quelle expression de douceur dans sa physionomie!

quel charme inimitable dans son sourire! que de grâces dans tout son extérieur! l'amour de rhumanité semble parler par sa bouche et &'eX"

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primée par ses yeux. Elle tous prévient avec obligeanjce ; la moindre attention obtient d'elle un retour. Voyez-la jeter un regard d'amour ma-r temel sur son cher enfant , voyez la bonne mère pcbte dans tous ses traits , dans son œil fixé sur lui, dans son sein doucement* agité , dans ses bras qu'elle, étend vers lui , dans chaque pacole qu'elle lui adresse. Eh elle tout est en hànnonie, tout respire la tendresse et l'inquiétude maternelle; mais cette tendresse,, cette inquiétude , naissent de l'amour et de la charité chréticûM y et nop de l'intérêt personnel.

Les charmes de la femme sont aussi nombreux que puissans. Le bouton dont l'incarnat commence à se montrer à travers le$ feuilles qui le couvraient , ne peut manquer de séduire les yeux; mais la xose qui vient de s'épanouir offre uu attrait encore plus enchanteur. La jeune fille que soa am^oit conduit en triomphe à l'autet inspire l'admiration et l'intérêt ; l'aimable coloris 4^, ses joues appelle le désir; niais le charme de la maternité a quelque chose de pur et de i^blime qui élève l'ame au dessus d'ellemême. Le ciel a imprimé sur le front d'une mère un caractère qui la sépare du re$te des humains^ qiii semble la mettre eQ; commence avec les cieux*

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