‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 9 sur 63 · UNE ASSEMBLÉE DE BAS BLEUS · texte numérisé non relu

UNE ASSEMBLÉE DE BAS BLEUS

Il me tarde de voir notre assemble'e ouTerte , Et de nous ligMler par quelque découverte.

Nou» approfondirons, ainsi qne la physique , fitammaire, kUtetre, vers, moral* etpolkîqn

Je rencontrai l'autre jour Mistress Montaîgu Marionville dans la boutique d'un libraire à la mode. Elle parlait avec enthousiasme de l'assemblée de bas bleus * qui avait eu lieu la veille cbez lady Leamedlove. Dès qu'elle m'aperçut, elle me tendit la main , et eut la bonté de me dire qu'elle avait beaucoup regretté de ne pas m'y voir : je la remerciai et lui demandai

* Société litjéraire fondée à Londres par lady Montagne. Voyes tome {f^

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comment s'était passée la soirée , quelles personnes elle y avait vues , et si c'était la compagnie ou le sujet de la conversation qui Tavait le plus charmée.

« L'un et l'autre, me répondit-elle ; nouveauté , science, talent , toutis'y trouvait réuni. Indépendamment du fonds ordinaire de la société , nous avions sir Alexandre Alkali , un de nos premiers chimistes ; le peintre Veruis , qui arrivait de. Rame ; sir Robert Ëuphony , savant Grec très-profond, qui nous donna une preuve deméfflioire bie^ cxtraoncdinaire , en nous récitant troi» cents vers de Sophocle san» hésiter une seule fois. Il est vrai que je n'y entendis rien , pas plus que les bas bleus ; mais cela n'en fit pas moins le plus grand plaisir, et je suis convaincue que c'était sublime.

, »» Nous.avioDis aussi M. Architrave qui nous fit , avec tant de force et d^énergie , la description du fût d'une colpnne renversée , qu'on aurait cru l'avoir sous les yeux , et qu^il me sem- .Ua quç je me trouvais au, milieu des ruines d'Hercùlanum. -

. » Oiiy voyait encore. M. J>actyle,t le, ppète, je devrais dire le barde , et GbatlcriBi ^«rimpra-

tJHE ASSEMBLES BE BAS BL£U^. p

yisateur, qui fit un charmant impromptu en quatre vers sur le petit chien de laidy Har^caslle. M. Dactyle est un homme délicieux , un Téritable ;Rom^in. Ses cheveux étaient tdîll4s exactement sur le modèle de ceux de la statue de Brutus ; et sa cravate de -fine batiste ét^îtasset ouverte pour permettre de voir un cou nerveux parfaitenaent semblable à celui du gladiateur. Il est impossible de ne pas convenir qu'il a le cer" veau un peu timbré , mais-ses veirs n en ont que plus d'<^nergie et M hardiesse. Queb heureux écarts d'imagination dans son odep la Lune , où il TappeUe de M i^xian mère mélancolique l

» Le docteur Pajïble s'y trAjavait aussi. Vous »ave^ qu'il a ilécouyert un ^o^veau spécifique contre 1^ si^ladies hystérique^ : il ne faut pas que î'oubUe Miss F^jiny Fermor , la plus grande botaxti^e d'Angleterre. Ellenous récita d'excellens vers sur Ja monogynie-çt la polyandrie , et nous montra le plus beau fhododendrpn que j'aie jamais vu.

» Lord Gothique n'arriva que vers minuit.

C'est un disciple du célèbre Gall; sa seigneurie- fut pi^î^e ie.ses instructions. Il nous démoiitra très-^laïrenient sur la tête d'un enfant Torgatie jde la {héo^phie. Il in'asâura qu'il

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n^était pas surprix que j'eusse fait construire une maison , attendu qu'il n'avait jamais trouve l'organe de la construction si prononcé que sur mon crâne ; celui de. la destruction ne l'était pas moins sur celui du feld-raaréclial allemand , le baron VonklinkenCattendundertromp. Mais il fit une bévtte «n voulant nous faire voir l'organe de l'invention sur la tête de lady Laura , parce que portant une perruque elle ne pouvait lui permettre d'y toucher.

» lidy Leamedlove nous fit voir ût beaux bas-reliefs , un portefeuille d'estampes de choix , un superbe vase étrusque , et quelques ouvrages'en mosaïque dont. elle avait (ait Tacquisition depuis peu. D'autres personnes nous montrèrent des médailles , des, camées , des émaux ^t' des miniatures : l'Itàlîen en avait une charmante qu'il était chargé de vendre ; et le âok^teur avait une nouvelle tabatière de lave du mont Vésuve , montée très-élégamment.

» En un mot, le tems s'écoula si rapidement, que deux* heures - sonnèrent quand je croyais qu'il était à peine minuit : je pris une oiiblie et un verre de limonade , et je demaudai ma voiture. Le célèbre acteur Monologue m'offrit la main pour xny conduire j et me promit de me

Vïit A;$6£^BIi££ 0£ BAS BtK.US. 77

faire fair<^ la ccmaaissance de- la plus dëliciense de toutes les ,créâtures', M. Flaxmail., et de me présenter un M. M. . . . J^ai publié son nom , mais a'e^ ce isay^t Qui écrit un nouveau système jde pbysionoinie, et qui c^mpo^eun traité sur les nuages, de sçrte que nous en saurons autant sur ce sujet que nous en savons déjà snt les étl»iles. O science., don divin, combien je te révère ainsi que ç^x que tu inspires ! Enfin cette soirée est une d^ plus agréables que j^aie jamais passéfs \ et j^me la- rappellerai toujours avec plaisir ,; comme ayant, étié la fête de la raison, les délices deTame. >>

Elle allait continuer quand le libraire lui présenta un livre , . en la priant d'y accorder un moment d'attention. « O juste ciel! sMcria-t-elle , prête, à. se ^pâiQcr d'admjratipn, quelles belles marges ! » Je jetai les yeux sur le volume , et je vis quelques lignes assez bieoi imprimées au mi< lien de chaque page , avec les plus grandes marges que j'eusse jamais vues. Mîstress Marion-

ville résolut aussitôt de Tacheter. Tout occupée

* M. Flaxman est un artiste distingué , un des premiers sculpteurs stalqaire» de' Londres , membre de" raç^^e'mie royale de p^inMir^ e\ ^culp^iirç.

7® VVZ ASSBllf fil/l££ Bi *AS BLEUS, à rexaminer et k en demander te prix, elle ne songea phis àmoiyet ;e saisis cettie occasion ponr m'éctîappet*.

En ret(]iQniant cbez moi , je rëfiëtUs snr le nombrede^nidyèns qiti existentpour £iire s<Mrtir Targent dé la- pèche d'iki h^omme, sans avoir recours aux dés, aux cartes, aux chiens , aux chevaux , et à des vices noà moins ruineux. Les sommes d^penlséès^ seùIeiÊëm pour les objets snivans , dans le cours d'wdè gëiiétatidn , suffiraient pour payer le caj^ital'^ h dette nationale : la manie de construire, ceMe ées'tahléaui, dés médailles, des antiquités, et des arts en géhëral ; la chimie , la physique , la bîblibmanîe. On pourrait y ajouter la rage d'acheter des chronomètres de toute espèce ; mais cé^té passion appartient presque eoLclùi^véïfténf à un pérsdhnage d'un rang très-ëleré.- S'il peut y âppitndre le prix du tems', il en rètîrerlturfproQ considérable.

Il'est assez: ^Hgulier que lés biblîomanes attachent de la valeur aux ouvrages qu'ils achettent, n^n d'après le mérite de Vauteur, mais d'après îe livre seul^ considéré matériellement; de sorte, que. Iîppe*n'a,vait pa$ tort de dire: j c Mylord est cnrienif en livre;» , et non en an-

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