‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement du (volume 2)Chapitre 2 sur 50 · N* XXVII · texte numérisé non relu

N* XXVII

LES BEVUES.

diaqiM m*t ^'tl prononce est nae m*lailr«sae.

GounsM fTH.

Il ne peut exister dans le' monde un plus digne homme que sit Michel Marall : personne n'est plus obligeant, personne na un meilleur cœur; et cependant personne imr la terre ne commet pins de maladresses en compagnie. Cette malheureuse disposition d'esprit le fait passer ici pour un écervelé, là pour un Insensé , ailleurs pour un mauvais raiUeur. Elle Ta quelquefois jetë dans des embarras très-sërieux, et lui a coûté quelques-uns de ses meilleurs amis. Enfin^

il résulte de ces bévues involontaires, que sir II. I

a LES BEVtES.

Michel , qui de tous les hommes est celui qui voudrait le moins blesser qui que ce soit, qui désire le plus de plaire à tout le monde , ne peut presque pas ouvrir la bouche sans offenser quelqu'un, sans dire une balourdise.

A cinquante ans il est encore aussi étourdi que lorsque je fis sa connaissance, il y a trente ans. Une preuve de la confusion. qui règne dans son cerveau , c'est qu'il oublié tous les jours de remonter sa montre , et que , la remettant ensuite au hasard , il ne se trouve jamais à tems nulle part. Dans les choses les plus ordinaires de la vie il commet sans cesse des bévues ; et il ne peut causer une minute avec quelqu'un sans dire quelque chose qui ne soit à contretems ou déplacé. S'il rencontre iiii homme veuf, il lui demandera des nouvelles de sa femmie ; s'il voit une femme divorcée , il la priera de faire ses complimens à son mari : souvent il demandera à une demoiselle comment se portent ses enfans ; ef quand deux personnes sont brouillées ensemble, il priera l'une de lui donner des nouvelles de l'autre. Les gens qui ne connaissent pas cet état de distraction habituelle , ou pour mieux dire de confusion perpétuelle d'idées^ au

LES BEVUElS;. S*

Uéd de le plaindre lui supposent Tintention d* railler ou d'insulter; et ceux qui lui rendent plus de justice n'osent l'inyiter à venir chez eux, de peur qu'il ne dise , sans le vouloir , des choses* désagréables à ceux qui s'y trouvent.

Je me souviens qu'un jour il m'avait donné' rendez-vous chez lui pour aller, achevai, voir une maison de campagne à quelques milles, sur les bords de la Tamise. Nous attendîmes assez long-tems. Enfin il sonna pour demander si les chevaux étaient prêts; et son domestique lui rappela qu'il les avait prêtés le jour même à un de ses amis.

Une autre fois il devait aller dîner en ville ;' il attendit patiemment sa voiture pendant deux heures: ayant. enfin demandé son cocher pour le gronder , on le fit souvenir qu'il avait envoyé son carrossé chercher ses petits neveux à leur pension, à plusieurs milles de Londres.

U perdit les*bonnés grâces d'une: de ses tantes* pour avoir enchéri sur elle à une vente de porcelaine, et il ne l'avait fait que parce qu'il lui avait passé par la tête qu'elle avait quelque in-térêt à faire monter le plus haut possible l'objet qu'on mettait en vente. Une de ses cousines ré-

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