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retour, un air de nouveauté dans ma maison que je n'avais pas quittée depuis quarante ans. Je pensai aussi avec un certain plaisir que mon vieil ami, lord G*.**, qui passe nécessairement devant ma porte toutes les fois qu iWa de sa maison de campagne sur les bords de la Tamise chez son banquier 9 ce qui lui arrive deux fois par semaine, s'écrierait en voyant mes contrevents fermés : « Par Jupiter 1 Thermite a enfin quitté sa cellule ! Après cela, il ne faut s'étonner de rien. » Enfin je souris en songeant que sir John , qui fait presque tous les jours une course de Bichmond à Londres, verrait nécessairement mes peintres et mes ouvriers, et gagnerait peut- être une tasse de café. en laissant deviner à sa femme quelle personne de sa connaissance venait dç quitter la. capitale, et faisait faire une réparation complète à sa. maison.- Hélas ! il es.t facile de donner un air ie fraîcheur à une vieille maison, mai» il est impossible d'en rajeunjr le maître ; et je suis tenté de dire , d'après un ancien poète * :
■ Ecartez de moi ce miroir.
Met yeux ne peuvânt plus m*y voir '
• Amom. ■ -i.
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Tel que j*ëtaîs jadis , tel qae .je roudrais être ; Et je crains de m^apcrcevoîr Tel qu'aux autres je dois paraître.
Je renonçai donc aux plaisirs que je trouve encore à Londres quand cette ville ressemble à un village abandonne, en comparaison de ce qu'elle est pendant lé printems ; plaisirs qui consistent à rôder dans les trois parcs , et dans nos squares^ à regarder, en vrai campagnard, les maisons vacantes et silencieuses de nos grands, à me promener, du côté de l'ombre, dans Pall- Mail et dans Suint- James-Street ^ sûr de n'être interrompu dans nies réflexions par aucune personne de ma connaissance ; à voir Toflicier aux gardes arriver pour la parade aussi (rais -, aussi pimpant que s'il ëtait venu dans un boîte remplie de coton ; le soïdat de retour des champs de Mars faire des plans de campagne contre ufi sexe sans dëfense, dresser une embuscade contre quelque jolie onVrière en modes, et Arigcr une batterie pour déterminer la chuttf» d'une vertu chancelante qui/pourrait se soutenir si elle n'était exposée à un feu trop vif ; le désœuvré , l'ennuyé , l'homme que k pauvreté xm les affaires retiennent en ville ; celui qui attend un
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bon vent, c'cst-â-dire de l'argent, pour mettre ji la voile poar le continent ; enfin Félégante prétresse de Yënns qui cherche quelque provincial qui veuille faire avec elle un voyage à Brighton.
Je ne pus pourtant me résoudre à m'ëloigner beaucoup du théâtre ordinaire de mes plaisirs ; et un voyage de six milles, qui me 'conduisit sur Jet bords de la Tamise , me satisfit autant que si 'j'avais fait le tour du continent , et fixé ma résidence sur les bords dn lago di Como , ou près des rives'du lac romantique de Genève. Je n'y fit pourtant pas long-tems sans, recevoir la visite 4\in héte fort imporhm , l'ennui ; heui^usement \t vins i bout de le congédier en trouvant l'occasion de me livrer à mes goAts habituels , c'est-à-dire d'observer quelque nou- YC^IIe s<:ène de la vie* du monde.
Phislèè^s jours de sùîfè je vis passer devant ma porte ', datns: vsttt calèche découverte, un toupie Bien épris dont' les regards passionnés annonçaient la bonne intelligence , et qui semblait dctfx tourtereaux serrés Tun contre l'autre dans leur nid. Plusieurs fois je les rencontra? il cbevri, la' dame ê'ouverfo f un voile , le ea-
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vaUer aussi prës d'elle quUl était possible , conversant avec elle , et ayant la B^ain appuyée sur le pommeau de la selle de sa Dulcinée. Souvent aussi je les voyais se promener dans les endroits les[^us retirés, se donnant tendrement le bras, entrelacés coàune le lierreau sycomore avec lequel il semble s^incorporet à un tel point que , si vous les désunissez , Tarbrisseau périt^ et Tarbre , conservant encore les marques de la pression étroitef de Fami dont on Ta séparé , est privé de son phis bel ornement. Il en cist de même de deux cœurs unis par FÂlnour et.FHymeg^^ pensai'je ; mai^ il est rate de. -les rencontrer, La beauté qui s'appuie sur le bras d'un galant cavalier en. reçoit un nouveau charme ; s'ils sont séparés, la main de Tune tombe sans grâce, le bras de l'autre est comme- frappé; de paralysie. Tout en moralisant ainsi , j'aperçus le couple amoureux à quelque distance^ « Qu'ilscS<^l^theur reux , me dis-je ! ce sont s^s ^ute de ;i|ouyç4Uf époux , ou plutôt de tendres:4^niaiys, goûtant les douceurs qui précèdent le ^lueud^içonjugal. h Je crus reconnaître le cay^er^,.mais Uj^^^^ounif pour-m'éviter. Je pris quAlq]|es;iq^rnia.tiAn^4
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et je découvris que c^etait effectivement un ba«ronnet de ma connaissance , qui était marié depuis deux ans , et qui avait fait un mariage d'in« clination. Son épouse Tavait déjà rendu deux fois père. Elle possédait tout ce qui peut rendre un époux heureux : jeunesse , beauté , vertu, ta«lern , le meilleur caractère ; mais elle avait un grand défaut , elle était. ... sa femme. Ce n'était point elle que le baronnet promenait amoureusement à pied , à cheval et en calèche ; Fobjet de ses soins était une femme de trente et un ans, basanée, sans esprit, capricieuse, extravagante ; mais qui dirait un attrait puissant, elle était réponse d'un autre. Tel était le talisman qui enchantait le baronnet, le charme qui pouvait satisfaire son goût dépravé , la magie qui lui faisait- oublier les devoirs et les douceurs d'un amour légitime.
J'ai fait* autrefois un voyage en Italie, et j'y ai remarqué que ces exemples d'infidélité conjugale s'y rencontraient dans toutes les classes. Je me souviens aussi d'un jeune marquis français qui disait : « Julie est charmante, elle m'aime à la folie , elle n'a que dix-sept ans »
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tous les hommes l'adorent ; mais c'est ma femme, et c'est tout dire. *» Que cette immoralité ait inondé tout le continent ; <{ue , comme un torrent qui a rompu les digves que lui avaient opposées la prudence , la religion et la vertu , elle ait fait disparaître tout sentiment de devoir et même de convenance sociale , ce doit être peur tout homme estimable un tojet de chagrin et de regret. Mais notre affliction doit être bien plus profonde encore quand nous voyons ce fléau passer les mers et se répandre sur notre patrie.
C'est surtout la classe supérieure de la société qu'il attaque. Nous voyons mylord sortir furtivement d'une de ces jolies chaumières connues sous le nom S Alpha-Cottager * ^ pour aller rejoindre son équipage qui l'attend au coin de quelque rue donnant sur Edgeware-Roai ; tandis que mylady va faire sa promenade dans le parc du Régent, ou dans les jardiris de Kensington : ce n'est pas pour se livrer solitairement àt leurs réflexions que l'un et l'autre agissent
* Petites maisons agréablement sitiices entre Pad** dington et le parc du Rëgent:
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ainsi. Le membre du parlement, qui est marie, quitte toujours la chaire beaucoup plus tard que celui qui est célibataire ; et il a soin de lire dans un journal ce qui s'y est passé, pour eu amuser le lendemain son épouse. La duchesse va passer la soirée chez une parente , ou prétexte une indisposition pour garder la maison quand son mari est engagé à un diner , à une assemblée qui doit se prolonger bien avant dans la nuit. Mais qu'elle sorte , ou qu'elle reste chez etiev elle sait qu'elle ne passera pas la soirée 3a]l|$.fne compagnie plus agréable que celle d'un époux. Enfin la moitié de nos dames de qualité se montrent dans les rues et dans les endroits publics , accompagnées d'un attentif.
Tandis que je me livrais à ces réflexions , une jeune fille d'une figure céleste passa à mes côtés et me devança. Elle avait le fins joli pied , la jambe la plus fine que j'eusse jamais vue , et son regard était enchanteur. Elle marchait avec la légèreté que Virgile attribue à Camille , et y joi* gnait toutes les grâces de la roèfè des Amours. J ai déjà dit que je suis admirateur du beau sexe ; je sentis une certaine chaleur se glisser
dans mes veines, n Je voudrais bien savoir qui elle est , me dis- je à moi même , il faut <J[UO je voie où elle demeure. — Suis -la, me dît à Toreille quelque petit où quelque grand diable, et je doublai le pas pour la joindre. Mais je n'étais pas aussi leste qu'Apollon poursuivant Daphné , je perdais toujours du terrain ; une maudite pierre me fit trébucher, mon pied tourna'^ et je me donnai une entorse. — Vieux fou! me dit la raison ; et qui se mêle de prêcher et de juger les autres , ajouta ma conscience." — Tù é'$ fraiche et belle comme une matinée de prin^ tems, charmante fille , m'ecriai-je alors ; mais quoi qu'en ait dit Ânacréon , la rose ne fleurit pas sous la neige , et des cheveux Blancs s'assortissent mal avec des joues vermeilles. Adieu, puisses-tu avoir autant de vertu que de beauté ! » Je retournai chez moi, non sans peine, en m'appuyant sur ma canne. Je fus obligé d'y rester quinze jours , la jambe étendue sur un ta*bouret ; et quand je pus reprendre mes promenades ordinaires , ni le couple amoureux , ni la jolie nymphe ne se montrèrent plus à mes yeux;
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