‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement du (volume 2)Chapitre 45 sur 50 · LES DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

LES DÉCOUVERTES

Dentibus atfmt ternis, nec te pudet ^ mterîs empt >

Maktiai.

Tn n'a» pas hontt d'avoir dt» dtat» cl de* dicveom •cbelés à prix d'argent.

«Vous êtes un vieux soldat bien fidèle à la consigne, bien discret, me dit un jour mon étourdi de cousin Toflicicr aux gardes : vous ne m'aves pas dit un seul mot du mariage de lady Free-* Ung avec le gouverneur de son fiis ; mais on ne peut rien me cacher, et je Tai appris, ainsi que bien d'autres choses. J'ai découvert que mistress Willouggby met du rouge et du bianc , que lady Birmingham porte de faux cheveux et de fausses dents, que sir Bright-* friend n'a d*au4re revenu que ce quMI gagne au jeu , que lord John Pavison ne soutient sa mai-

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épreuve. Ils passeront une journée, si vous lé" voulez , à pécher à la ligne sans hameçon , à faire du filet auprès d'une veuve , à préparer des dessins de broderie pour une pauvre fille assez laide pour n avoir pu trouver de soupirant. Ce sont enx qui donnent le bras aux vieilles tantes à la promenade , qui invitent les douairières à danser quand elles se trouvent délaissées psyr tous les jeunes gens , qui chatouillent de complimens flatteurs Foreille d-une vieille fille jusqu^à ce qu'elle vienne à penser que le mariage est un état respectable , qu'elle ne peut trouver un époux qui lui convienne mieux que celui qui lui débite tant de douceurs ; et bientôt elle prive sa propre famille de ses vingt mille livres sterling pour enrichir celle de M. le précepteur.

» La persévérance de cette espèce de gens finit aussi quelquefois par gagner le coeur d'une veuve qui se souvient que son paftvre cher défunt mari s'enivrait , jurait , la gouvernait avec une verge de fer , et , qui pis est , lui faisait quelques infidélités. Or , elle trouve au contraire que le révérend a des mœurs douces et tran-r quilles : il est jeune et robuste ; il, est modeste et

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docile ; il semble n'avoir pas de volonté à loi ;* il connaît tons les goûts , tous les faibles de la belle veuve ( car quelle est celle qui ne croit paa Tétre? ). Il les respecte, il sait que sa santë est délicate , qu'elle est obligée d'avoir recours k Topium, que son caractère est irritable , qu'elle se couche tard , qu'elle passe au lit la plus grande partie de la journée. Elle prévoit qu'il lui pré^parera son déjeuner , qu'il lui fera une lecture pendant qu'elle sera au Ut ; qu'en un mot ce sera le mari le plus complaisant qu'elle puisse trouver. Il est pourtant possible qu'elle se trouve trompée dans son attente ; le changement de for-tune... »

« Changeons de conversation, lui dis* je:

comment avez -vous fait les découvertes dont vous m'avez parlé sur le rouge , les fausses dents^ les faux cheveux, les t^oies et moyens , etc. 2 Comment des secrets si importans vous ont-ils été divulgués à votre âge ? — Comment ils m'ont été divulgués l' répéta-t-il , en arrangeant ses che^ veux devant une glace : par les dames. Que diable ! un jeune homme de bonne mine peut décoa-* vrii: tout ce qu'il veut savoir ; et j'ai maintenant

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dés données si certaines quÈt je pois rons dire si une femme met du rouge ou porte de fausses dents , sans arrotr besoin dé consulter personne ou de savoir son âge. Je vous dirai de même si un homme va à TOpéra dans sa loge , ou s^il y entre avec le billet d'un souscripteur, on Fargent à la main , ou avec un billet donné. Obi )e vous assure que \e suis au fait de bien de» choses , de bien des choses qui méritent d'être ânes. — Vous êtes plus savant que je ne pensais^ lui dis -je; mais faites -moi donc part de votre science. — Eh bien , d'abord il faut que vous sa^ chiez que si vous êtes avec une femme qui porte des dents artificielles , elle ne s'approchera pas de la demeure d'un dentiste , et se gardera bien de faire arrêter sa voiture à sa porte. C'est comme un chien attaqué d'hydrophobie , et qui craint jusqu'à la vue d'un bassin rempli d'eau. Au con** traire , une femme qui a de belles dents, telles que la nature les Im a données , se fera un plaisir de vous prier de l'accompagner chez Ruspini, afin que vous entendiez les complimens qu'il lui fera. Jamais il n'a vu de si belles dents ; elle n'a nul besoin de son secours. Celles qui

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&OIII obligées d'arôir Tëritablement recours à sef soins , ont la précaution dé k faire yenir cher eUes en secret.

» De même , une femime qni met du rouge n^ira pas avec vous chez un parfumeur, de peur que vous ne la soupçonniez de prendre chez lut ses belles couleurs : elle craint toujimrs de s*ëchauffer , et tous laisse admirer son teint sans en parler eHe-m£me. An contraire , celle qui ne doit qu'à la nature les roses qui parent ses jouq^ se plaint toujours d'aroir des couleurs trop fou-» cées : quand elle se voit dans nïie glace en re-^ Tenant de la promenade « elle s'écrie : « Pour-^ quoi àùBiC suis-je ronge de la sorte? )'ai vrai* ment l'air d'une campagnarde ; on me prendrait pour une fermière; je me fais peur à moi-même. >• n n'en est rien pourtant, car elle sait fort bien que ses belles couleurs font Tenvie et le désespoir des neuf dixièmes des femmes de sa connaissance.

» Le propriétaire d'une loge arrive à F Opéra d'un air de confiance ; il porte la tête haute , on dirait qu'il entre chez lui. Sa loge est sa prof riété , et doit lui donner de Timportance dans.

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le monde . Le porteiur ^tarl)(Htet ' de soascrip^ teur a an pen moiifs d'aosnrrance> D "vent se donner un air d^aisance , mais ori x:emarqtte et lui quelque chose de gêné et de contrant v parce ^'il craint qu^on ne sacbe qu'il n'est ^e pos^ sesseur momentané d'un droit appartenant à un autre. Celui qui entre pour son argent a un air d'indépendance , mais c'est un étranger qui ar^ rive dans un logement qu'il vient de louer. Son mil se promène de côté et d'autre , il change de place plusieurs fois , il cherche à s'assurer s'il a tout ce qu'il a droit de prétendre pour la somme qu'il a payée en entrant. Il cherche à se glisser incognito. Il prend sans hésiter la première place qu'on hii offre , et n'en bouge plus avant la fis du spectacle. S'il a ^habitude du théâtre , il se trouve à son aise une fois qu'il est assis , et sert de cicérone aux provinciaux qui se trouvent près de lui ; mais si c'est la première (bis qu'il y vient, il garde un silence modeste , et semble toujours penser que son admission est une faveur. >k

Mon jeune cousin se préparait à entrer alors dans le détail de ce qu'il appelle les çoîes et moyens; mais j'avais un rendez-vous ^ et [e fus

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olilig^ de le quitter. I^après ses importantes découvertes, on pourrait croire que sou cxpélience le met en état d'écUapper à tous les pièges tendus à la jeonesse dans la capitale ; point du tout : il egt tous les jours la dupe d'intrigans et de coquettes, de sorle que les connaissances qu'il aacquises ne lui sont d'aucune utilité. Elles ne lui servent qu'à amuser ses amis , et à les faire rire k ses dépens.

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