LE TEMPLE
Un écrivain français, M. Raynouard, a jeté un grand jour sur Thorrible traitement que les templiers éprouvèrent de la part de la cour de Rome et du roi Philippe-le-Bel. Leurs possessions à Londres s'étendaient le long de la Tamise jusqu'à Fket-street , et aussi loin quEssex-street dans le Strand, Quelque considérables que fussent leurs domaines en cet endroit , ils ne pouvaient entrer en comparaison avec ceux qu'ils possédaient dans l'intérieur du royaume. Leurs richesses étaient déjà parvenues au point de leur fournir les moyens de traiter splendidement les ambassadeurs étrangers , le nonce du
pape , ainsi que les plus ëminens personnages de I9 cour. Les rois eux-mêmes ne dédaignèrent pas de s'asseoir à leur table.
Ces lieux , autrefois la résidence d'un des ordres militaires les plus renommés de T Occident, sont aujourd'hui la demeure des élèves de l'école de droit. La partie nommée le Bas-Temple est ornée d'un jardin qui borde la Tamise , et dont la position est fort agréable. Quant à la splendeur et à la magnificence qu'y déployèrent anciennement les templiers , il n'en reste plus que quelques souvenirs dans les hautes classes de la société. On y voit encore les armures qui appartenaient à ces héros de la chrétienté ; on y voit aussi les tombeaux des onze chevaliers , qui sont sous le portail, ainsi que celui de Howell, le Scudéry de l'Angleterre. La collection de ses ouvrages formerait plus de cent volumes. On ne va pas à la postérité avec un aussi gros bagage. he seul de ces ouvrages qui soit aujourd'hui cité est Londinopolis, Howell sera peut-être plus connu un jour pour la persécution qu'il souffrit pour la cause des Stuarts, que par sts écrits.
Si les curieux visitent le Temple par respect pour l'antiquité , les hommes instniits n'y cheri^hent pas avec moins d'empressement la maison
fXS JSQUARES DE LONDRES. l5
' du célèbre Jonhson , Tun des écrivains les plus distingués et les plus laborieux que l'Angleterre ait produits. Il est auteur du Dictionnaire qui porte son nom. On connaît de lui une quantité prodigieuse de bons mots. Lesbiogra-** pbes ont recueilli sur sa personne une foule d'ànecdotes curieuses.
gray's-inn. '
La Cité ne possède qu'un Jrès-petit nombre de squares ; encore y en a-t-il peu d'entre eux qui méritent d'être mentionnés. Les plus considérables parleur étendue sont ceux du Finshury et de Gray's'inn. Deux hommes célèbres , chacun dans leur genre, ont demeuré sur celui-ci. ' Le premier est Smeaton , dont le nom est fameux depuis la reconstruction du phare SÉdisione ; le second est l'immortel Bacon.
Smeaton , si renommé dans les annales des arts, était d'une telle simplicité de mœurs, que la duchesse de Queensbury crut que personne ne pouvait mieux que lui remplacer dans son amitié le fabuliste Gay , dont la mort l'avait privée»
Bacon y avait fait bâtir un hôtel oii il résida tant qu'il vécut. Heureux si ce profond génie n'eût jamais été que philosophe ! son nom nous
serait alors parvenu dans toute sa gloire , et chacun ne pourrait s'empêcher de citer l'auteur de la Grande instauration des sciences , comme le précurseur de Newton.
Je m'arrête d'abord avec respect à la %e des lieux témoins de ses méditations ; mais j'en détourne soudain, malgré moi, mes regards. Je crois le voir y. recevant les cent livres sterling que le malheureux Aubrey emprunta d'un usurier pour le rendre favorable à sa cause. Aubrey était pauvre ; il se flattait de pouvoir, au moyen de cette somme, faire avancer un procès qu'il avait à la chancellerie. Bacon le lui promit et se fit un jeu de le tromper.
Une si indigne escroquerie , il faut trancher le mot , envers un infortuné , n'est susceptible ^'aucune excuse. Elle fut dévoilée dans l'enquête ordonnée par la chambre des communes en 1621. Les preuves s'accumulèrent contre Bacon , au point qu'il ne fut plus permis de douter qu'il n'eût honteusement trafiqué du pouvoir de sa place. Cette corruption criminelle accrut considérablement sa fortune en peu d'années ; mais le parlement en fit une justice éclatante. Il fut solennellement condamné à' être emprisonné dans la Tour et à une amende de plus d'un million.
Ainsi termina sa carrière politique un homme qui avait brillé comme un fanal lumineux au milieu des ténèbres de l'ignorance , et dont la reine Elisabeth avait pronosti(|fté les h.autes destinées lorsqu'il était encore enfant, en l'appelant son petit garde des sceaux, La fin de sa vie publique répondit au début. Il commença par se déshonorer en trahissant un bienfaiteur malheureux * ; il finit par devenir un objet de scandale et de mépris public.