TOWER-HILL
Après avoir suffisamment fait connaître le$ places qui méritaient d'être décrites à cause de leur grandeur ou de leur beauté , il me reste à parler d^une dernière dont le nom doit , pour d^autres motifs, vivre dans l'histoire plus longtems que toutes les autres ; cette place est celle de Tower-hilL II paraît que l'usage d'y faire des exécutions remonte au quinzième siècle ; la première y eut lieu en i466.. Aujourd'hui , c'est en cet endroit qu'on dresse l'échafaud où doivent être décapités les nobles que la cour des pairs déclare coupables de haute trahison.
* Le comte d*£ssex, qui fut long-tems le favori et l'amant d'Elisabeth : on sait qu'il eut la tète tranchée.
l8 LES SQUARES DE LOliDRES.
Les exécutions les plus remarquables qui aient eu lieu à Tower-hill dans les tems modernes , sont celles des lords Kilmarnock , Balmerino et Lovât. Les deux premiers s' étant déclarés pour Charles Stuart, fils du prince de Galles, lors de sa descente en Ecosse en 174^» furent arrêtés après la bataille de Culloden, traduits devant la cour des pairs, jugés et décapités le 18 d'août 1 746 , quelques jours après leur condamnation .
Lord Kilmarnock ne donna pas des preuves d'une aussi grande fermeté d'ame que Balmerino. Il ne put dissimuler son trouble en voyant sur réchafaud la hache qui devait servir à l'exécution , ainsi que le cercueil oh. son corps devait être déposé. « Ceci est terrible, dit-il à un de sts amis. » Une circonstance imprévue , en suspendant l'exécution pour quelques instans , dut rendre encore à ses yeux les apprêts de la mort plus affreux. Déjà sa tête était placée sur le billot , dans l'attitude convenable pour recevoir le coup , quand le bourreau s'aperçut que le tranchant de la hache porterait sur le collet de sa veste. Il pria, pour cette raison, l'illustre patient de se relever. Lord Kilmarnock y conjsentit , auitta sa veste et la remplaça par un
gilet : un domestique lui rendit ce dernier service. S'étant remis ensuite sur le billot , sa tête fut d'un seul coup séparée de son corps.
Quant à lord Balmerino, il montra une énergie de caractère et même une tranquillité d'ame qui lui ont mérité Tadmiration de la postérité. Plus grand que sa mauvaise fortune , sa résolution fut imperturbable jusqu'au dernier instant de sa vie. « Si les deux nobles lords » étaient mes amis , répondit-il à ceux qui lui i> offraient de solliciter sa grâce , ils n auraient w pas joint mon nom aux leurs dans leur sup- » plique. w
Lord Kilmamock cria en sortant de la Tour :
f^à'â le roi Georges! Mais fidèle à ses principes, lord Balmerino fit, au contraire, retentir le seul cri qui convint à la cause pour laquelle il avait combattu : Fwe le roi Jacques ! s'écria-t-il.
Pendant qu'il allait à Téchafaud , quelqu'un d'entre le peuple demanda assez haut pour être entendu lequel des deux était lord Balmerino : » C'est moi, Monsieur, répartit-il; à votre w service. »
Lorsqu'il fut monté sur Téchafaud, il prit la hache , la considéra , la posa sur son cou , comme s'il eût voulu se familiariser avec le
ÛO LES SQUARES I]IE LOKDAËS.
coup qu'il allait recevoir. S'étant ensuite avance vers l'autre extrémité , il fit remarquer que le char funèbre était trop loin. L'ordre fut aussitôt donné de l'amener plus près, ainsi qu'il le désirait ^
Il serait difficile de peindre le calme avec le-^ quel il quitta sa cravate et sa veste ; son sangfroid en les posant sur son cercueil fut inalté^ table. Après avoir remplacé la dernière par un gilet de flanelle , il tira son bonnet de nuit de sa poche , le mit sur sa tête et dit : « Je mourrai comme un Ecossais. »
Lorsqu'il eut fini de s'apprêter, il adressa quelques mots à l'exécuteur; puis se tournant vers la multitude , il lui parla en ces termes : « Des personnes trouvent peut-être , en ce mo- » ment , quelque chose de trop hardi dans ma » conduite , mais qu'elles sachent que c'est M l'effet d'un bon témoignage de ma conscience. » Je la trahirais si je pouvais manifester la » moindre crainte.
Après ces paroles, il se mit à genoux dans
la position où il devait être frappé, et fit à
haute voix cette prière : « Seigneur , récora-
'> pense mes amis , pardonne à mes ennemis ,
* et veuille recevoir mon ame. »
Ayant ensuite posé sa tète sur le billot , il donna le signal à rexécutenr. Malheureusement son héroïque fermeté ayait produit sur celui-ci une impression si profonde , qu41 ne le frappa que d'une main mal assurée ; la tête ne tomba qu'au troisième coup.
Telle fot la fin de lord Balmerino, dont le corps , ainsi que celui de lord Kilmamock , fut transporté à la Tour et enterré dans la chapelle du château : elle ne mérite d'être vue que par rapport aux tombeaux de quelques personnages qui ont eu la tête tranchée.
Plusieurs autres individus subirent encore la peine de mort , pour avoir également pris part à la rébellion ; mais il n'en est aucun qui ait inspiré , à cette époque , un plus vif intérêt que James Dawson : c'était un gentleman du Lancashire , qui avait reçu une excellente éducation dans le collège de Cambridge, Dawson se trouva, pour son malheur , à Manchester quand Tannée du prétendant pénétra jusque dans cette ville. Soit esprit de parti , soit désir de se distinguer dans la carrière militaire , il se joignit aux rebelles , et fut fait capitaine antérieurement à son arrestation. Ce jeune et brave officier avait obtenu d'une dame dont il était épris la pro^
messe de sa foi : il devait même Pëpouser aussitôt qu'il aurait recouvré sa liberté. Espérance frivole ! malgré les plus ingénieuses suggestions de Tamour , malgré les démarches réitérées du zèle le plus ardent , le succès trempa kur attente.
Tower- Hill occupe l'espace qui ise trouve entre Trimiy-square et le large fossé qui défend l'accès de la Tour. Le terrain qu'elle occupe embrasse plus de douze acres , et le fossé dont elle est entourée a trois mille cent cinquante-six pieds de tour.