‹ L'hermite du Faubourg Saint-GermainChapitre 11 sur 54 · LE PANIER BU JOURNALISTE · texte numérisé non relu

LE PANIER BU JOURNALISTE

Sumiàtma, nmt fMttdmm W§éi»eriat smntmatm ptttra.

M^KViAi , Epi lib zii.

Je vais signaler un grand abii$, dénoncer une injustice criante, provoquer enfin la suppression d'un scandale qui. afflige tous les amb des lettres : il .$'agit du panier des journalistes. Ne voye^-yous pas que ces nutssieurs ne, rendent cpmpte au public que d'un petit nombre de productions que ,.par un motif quelconque , ils ju> gent dignes de fixer leur attention? Pour un puvrage qu'ils cons^tent à analyser dans ji^eurs feuilles y^ il en est cent dont ils ^e daignent pas naus entretenir. Ils croiraient surtout déroger s'ils

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»^ abaissaient à ces opuscules, tant en prose qu^en vers , qui composent aujourd^liai une- bonne partie de notre trësor littërairje. Or, devinez ce que deviennent ces fruits infortunés de tant de veilles laborieuses. Voués à Topprobre dès Tinstant de leuT' naissance 9 ils sont jetés par le 'jotumaUâ^e dédaigneux dans un panier placé sous son bureau , et destiné à recevoir ces innocentes victimes de sa coupable indifférence. C'en est fait, jamais la critique ne les honorera d'un coup d'œil ; jamais une légère mention n'avertira le public de leur existence : un étemel oubli , voilà leur destinée. Je vous le demande , est-il un affront plus sanglant pour une brochure honnête que de se voir condamnée au panier? Un cri universel ne devrait-il pas s'élever contre une institution aussi barbare? Les petits talens grandiraient si les journalistes leur donnaient un peu d'air et ne lés étouffaient poini dans leurs maudits paniers. Qu'on y prenne gardé, ces paniers doivent à coup sûr précipiter la décadence de notre littérature.

Onaccusenotre siècle de stérilité. Qùelquesesprîts chagrins né cessent dfe' répéter que les chants ont ces$é et que les muses françaises sont muet-

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tes ; j'ose assurer , au contraire , quelles n'ont jamais été plus babillardes ; mais elles ont beau caqueter^ comment voulez- vous qu'on les entende si ces malheureux paniers engloutissent les neuf dixièmes des poëmes que la plus noble émulation fait ëclore chaque année? Je ferais de bien ter^ ribles révélations si je disais combien d'auteurs y ont été ensevelis tout vivans. L'âge, le sexe , rien n'est sacré pour nous ; les titres, les dignités ne peuvent nous en imposer. Vingt athénées , d<mt il est l'ornement, ne sauvait pas un poète dé rhumiliation du panier; c'est dans cet abîme que ses jeunes lauriers viennent se flétrir , que vien-nént pâlir et s'éteindre les ra^ns de sa gloirenaissante. J'ai vu, j'en frémis encore, j'ai vu descendré daifscés catacombes d'osier une.académie de province tout entière : président, secrétaire, résidens, associés, tous furent entassés pèlemêle, dans ce vaste sépulcre, avec le recueil fort bien imprimé de leiffs œuvres.

Jugèx combien de pièces fugitives sont perdues par notre faute. J^ al calculé que la France secait approvisiomiée j pour un siècle , de madrigaux, de charades et même d'acrostiches, si nous jetions dans la circulation toutes les .riches-'

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ac;^ doHt nQus sommes dépositaires. On cesserait al<Mrs de se plaindre du silence des muses ; nous sauvant sur la quantité , nous pourrions montrer avec orgueil cent ibis plus d^héntstiebcs que ft^en ont produit les deux, siècles derniers ; mais il ne faut plus compter sur ce trésor ; Tavare parnier ne lâche point sa proie. Ainsi plus d'encourarement : les jeunes poètes suspendront bientôt leurs lyres aux portes de leurs athénées , et nous condamnerons à végéter dans Tobscurité du distique celui qui se Ciit élevé pent-^étre à la hauteur du quatrain, si sa muse tinûde.eût été accueillie d'un regard Caivorable ; car réomlation se perd , lorsque la gbire , qui est toujours Tob^ jet de ces grands travaux , cesse d'en être la récompense. C'en eét donc &it de la poésie, en France, si nous ne brâlons au plus vite tons nos paniers^

Neus ne traitons pas la prose avec plus d^égards que les vers. Beaucoup d'honnêtes gens , par eicemple , qui ont d'excellentes intentions et surtout bien du loisir , consacrent leurs veilles au perfectionnement de notre pauvre espèce.

C'est une bonne œuvre que les journalistes devraient d'autant plus encourager , cpie tous les

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e$sm qu'on a faits ea ce gence ont complète-* ment rëussL Eli bie« ! le croivies^vous? ces journalistes^ qui softt péttt-é^ incoixigiblés , ut veul^it pas* qu'on l'es perfectionius. Ils regardent ces beaux projets comme autant de chimères ^ et lenrs aiiietirsc«ame des visionnaires qu'il Sindrait envoyer aux Petites-Maisons. Nos paniers tegot" gent de charmantes utopies dont une seule suf»firait pour rendre tous les hommes, s'ik vou^ laient en essayer , henreux comme des prmces, parfaits conime^des Gâtons. Il ne &ut donc pas s'étonner si la raison n'avance plus d'nn pas. Ce sont nos paniers qui retardent ses progrès et mussent à la perfectibilité de l'esprit humain. Je ne parle point des traités de morale ^ dont les jonr^ naiisties ne disent jamais un mot ; à toute force , otu peut s 'ea passer ; car, Bien merci ,. mms avmis des mœurs , et d'ailleurs , si elles venaient à se perdre, je doute qu'on pût les retrouver dans nos paniers.

Puisque la peste aurait des flatteurs si elle donnait des bénéfices , le fléau que je viens de signaler^ik llanÂmadvetsion puiibque.ne peut manquer de trouver des défiensenrs. Us diront sans doute qne notre indifférence ne nirâra jamais

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