‹ L'hermite du Faubourg Saint-GermainChapitre 16 sur 54 · LE SORCIER · texte numérisé non relu

LE SORCIER

Sèmaia , terrons mMgUâs , wVtfn/tf, sagmt Nttumos loutres , pârt^iaqse.

HoaACi.

Songes, sorciers, dovins, prodiges, CtatAme»

ijBposteurs, terreurs nagiqnes, soirs esprits,, etc.

On brûlait autrefois les magiciens et les sorciers. C^était leur bon tems ; ils étaient sûrs alors d'être respectes. Tout a change pour eux. Je ne sais quelle philosophie les a discrédités dans Topinion publique , et a jeté du ridicule sur leur puissance et leurs évocations. Les esprits forts^

DU FAUB. SAINT-GERMAIK. J^t

cherchent à expliquer par les lois de la physique ce qu^il était si simple et bien plus commode d'attribuer à un pouvoir surnaturel, qui explique tont ce qu'on vent. C'est de leur part pure obstination ; que lenr en coûterait-il de croire aux revenans? Mais ces gens-là ne veulent pas se payer de mauvaises raisons , et n'admettent que ce qui leur parait rigoureusement démontré. En vain don Calmetleur dit et s'égosille à leur répéter que les spectres et les fantômes sont fort communs, et qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour en voir; ils rejettent avec mépris une autorité si respectable ; et lorsque ce savant homme , qui est aussi un esprit fort à sa manière, ajoute très-judicieusement que les magiciens ne sont que des fondés de pouvoirs , et n'agissent qu'en vertu d'une procuration que le diable leur a donnée , ils ne se tiennent pas encore pour battus, et prétendent que le diable ne fvouve rien* Le moyen de convaincre des entêtés qui ne croient ni au diable ni à don Calmet?

Heureusement , malgré la cmmption du siè* de i il se trouve encore beaucoup d'honnêtes gens qui ne se soucient guère d'être plus fins

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que leurs pères , et qui ne badinent point du tout avec les revenant Les uns en ont vu, les autres ont cru en voir, ce qui revient au même. Je serais donc bien malbeureux , si ces bonnes tètes allaient regarder comme des fables les faits qne je veux leur raconter , ou me chicanaient sur les conséquences que je crois devoir en dédnnre^ Les personnes dont je parie savent d'aiHeurs aussi bien que moi que raisonner est une grande fatigue, et que, dans cette matière, la foi est bien douce lorsqu^on s'y abandonne sans examen.

N'était-ce donc pas un magicictt que cet aveugle qui, dans F Odyssée^ évoque les héros morts en combattant sous les murs d^une bicoque , appelée Troie , et sur les bords du Scamandre, fleuve célèbre, qui pourtant, avec sa permission, ne serait qu'un ruisseau s'il n'avait pas un nom grec? N'était-ce pas encore une vieiUe sorcière que cette sibylle qui , dans le sixième livre de F Enéide^ fait voir à £née tous les grands hommes de sa race ? et, sans remonter si haut, ce Ca^ostro qui n'a pas fait assez de bruit, n'^y avait- il pas quelque diablerie dans

DU FAIJB. SAÎNT-G£RMAIN. 4^

«m fait? anrait'il , sans cela , compté parmi ses dupes un persomiage de la phis haute distinetiou, homme d'esprit , et membre d'une académie qui ue se piquait certainement pas d'une trop grande crédulité?

Mais comment douterai-je, moi, de Texistence des sorciers ? J'en ai vu un dimanche dernier. Je voulais voir autre chose ; maisimagjnezvous que tout'ce qui n'avait pu trouver place au Cirque-Olympique ou aux Variétés s'était jeté de désespoir smHiraclius. Corneille vivait ce jour-là des rebuts de Franconi et de Brunet, des restes de l'éléphant et de M. Croqmmitaine. Il y a encore du goût en France , et beaucoup plus qu'on ne le croit communément. « Un sorcier vaut bien un éléphant , me dit un de mes amis qui m'accompagnait; suivez -moi. » Il me conduisit à r»icienne abbaye de Saint-Gennain-des-Çob ; c'est là que le magicien, qui, m'a-t-on dit, se nomme M. Lebreton , a élu domicSe. On sait que les revenans afiEectionnent beaucoup les vieilles abbayes et les vieux châteaux , vérité que certains romanciers bien gais , bien bout* fous , ont mise dans sou plus grand jour.

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NoQS arriyâmes. En lisant rinscriptidn tracée en gros caractères sur la porte du souterrain ,

Animas iUe eçocat Orco Palkntes ,

et cette autre, mille fois plus terrible, parce qu'elle est en français : Cest ici le séjour des ombres errantes, je me crus au sabbat, et me signai, à toute aventure. Cependant le magicien cbucbotait quelques mots du grimoire. La plus profonde obscurité favorisait ses diaboliques évocations. Une ombre apparut. J'avoue qu'elle n^avait rien de très-effrayant. C'était Tombre d'une femme charmante que la mort a ravie trop t6t à l'admiration de ceux qui avaient le bonbeur de la voir de près. La beauté d'Olinde lui attirait cependant moins d'hommages que sa çonst^ce en amour. Son nom sera inscrit en lettres d'or dans les fastes de la fidélité. Chacun de &es amans était sûr de lui plaire un mois entier, et ce n'était qu'au commencement du mois suivant que son cœur sensible, ah! bien sensible ! éprouvait le besoin d'un nouvel attachement. EUe n'est plus. Le ciel a envié à la

terre son plus bel omement. Elle n'est plus : f ai lia moins revu son ombre ; j'ai reconnu tous ses traits, et ces yeux où se peignait une douce mélancolie, et cette bouche où, pour paraître plus séduisante , la volupté aimait à se placer , et cette taille que la ceinture de Vénus n'aurait pu embellir. Une seule chose m'a surpris : l'ombre d'Olinde n'était point habillée dans le dernier goût ; la garniture de sa robe était surannée ; la couleur de ses plumes est proscrite depuis huit jours. Le Journal des Dames arrive beaucoup trop tard en province et chez les ombres.

A l'ombre d'Olinde succéda l'ombre d'un vénérable chartreui qui disait son bréviaire avec beaucoup de recueillement, et avait l'air fort taciturne. Cela se conçoit sans peine : puisque en général les ombres sont silencieuses , on sent bien que l'ombre d'un chartreux ne doit pas être très'babillarde.

Le chartreux fut remplacé par des diables d'une assez mauvabe mine. Mais, le croiriezvousP ils ne firent peur à personne. Les en£uis s'amusai^t de leurs griffes , et lorsqu'ils approchaient de trop près , les. dames , en riant , badi-

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Baient avec leurs cornes. Au reste , il est bon de savoir que si quelqu'un de ces diables voulait faire des sieniies , M. Lebreton le chasserait bien vite , car il a tous les pouvoirs nécessaires pour exorciser les malins esprits.

Quelle est cette ombre nouvelle qu^on apet* çoit dans Téloignement , et dont la ferme , point encore dessinée , exerce la curiosité des spectateurs? « C'est un diable, dit Tun; c^est uat femme, » dit Tautre : tous deux devinaient juste. C'était une prude, vrai pendant de PArsinoé du Misanthrope, Elle s'avançait et semblait se diriger de mon côté. « Je suis perdu , me dit bas à l'oreille un de mes voisins ; c'est ma femme qui ressuscite pour me tourmenter encore. » Je cherchai à le rassurer. Je lui dis que , puisque Dieu lui avait fait la grâce de le rendre veuf, il ne serait point assez cruel pour lui renvoyer sa femme ; que cela passerait les bornes d'une honnête plaisanterie. Le voisin n'en tremblait pas moins de tous ses membres, et ses craintes ne commencèrent à se dissiper que lorsque le magicien eut fait enlever la prude par deux diables , les plus noirs que j'aie vus de ma vie. Ainsi

soient enkvées toutes les prudes ! quant aux coquettes , on peut encore les corriger au

théâtre.

Qu^entendéhje? tous les signes précurseurs de Torage se manifestent : déjà F éclair sillonne la nue ; le tonnerre gronde au loin ; il s'approche ; il est sur nos tôtes; il tombe à nos pieds. Ainsi , nouveau Salmonée , notre sorcier lance la foudre à la barbe de Jupiter , qui craint lui-même d'en être frappé. Voilà comme il faïut tonner quand on veut s'en mêler. Le toaneme de TOpéra n'est qu'un nuMrveux auprès de celui de l'abbaye Saint-Germain,

Qu'on ne s'attende pas à me voir retracer ici tous les prodiges dont je ius le témoin. Ib sont tels 9 qu'un poète du Midi ne saurait les. exagérer. Que les esprits forts les regardent comme des iUiisions d'o^ique., moi je prétends que c'est de la belle et baane sorcellerie.' On ne m'attrape pas aisément : ce que j'ai vu v je l'ai bi^ft tu; j'avais 'mes lunettes.

J'ai vu une douaaiiie d'ombres de poètes se difiij^ter une place vacante dans une ombre d'académie, et présenter à leurs juges des ombres

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