‹ L'hermite du Faubourg Saint-GermainChapitre 21 sur 54 · IL A REVE CELA · texte numérisé non relu

IL A REVE CELA

feuilles m^ont passe successivement par les mains. Il n'est pas enfin un seul grand emploi auquel je n^aie été appelé ; et il est bon qu^on sache que je les ai tous exercés avec intégrité. Quand je pense que j'étais, la semaine dernière, contrôleur des finances d'un monarque plus riche que Salomon, je suis tout étonné de me trouver aussi gueux qu'auparavant , et votre surprise doit égaler la mienne ; mais , excusez , si je dis de moi le peu de bien que j'en pense ; il faut bien que je fasse mes affaires moi-même, puisque tous ceux qui me flattaient le plus quand j'étais puissant , passent aujourd'hui à côté de moi sans me rendre mon salut , et que l'honnête homme qui voulait malgré moi être mon historiographe , et qui, en cette qualité, avait déjà commencé mon panégyrique, assure, même en présence de mon caissier, qu'il ne m'a jamais vu. Est-ce là de l'impudence? Il n'y a, heureusement, que les amis du ministre qui aient disparu ; tous les miens me restent ; et cette bonne fortune, que je souhaite à mes successeurs, je la dois, qu'ils s'en souviennent, à la simplicité de mes mœurs, que les plus hautes dignités n'ont jamais pu changer. Tous ceux qui s'adressaient à moi disaient, en

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sortant : « Son excellence a Tabord {acile et l'accueil agréable ; » ils difraient yrai , le ministre était moins fier que ses commis.

Le sage profite de tout. A Tillusion substituez la réalité : combien n'aurais- }e pas souffert, si j'avais, en effet , perdu tout ce que j'ai cru un instant posséder? Me voilà donc averti de Tinstabilité des choses humaines, et j'ai fait, en rêvant , un excellent cours de philosophie pratique. Une couronne n'a plus d'attrait pour moi ; mon règne a été si court! je ne me mets même plus sur les rangs pour être ministre, puisque je ne pourrais pas l'être long-tems, et que, d'ailleurs^ il me souvient de mes flatteurs et de mon historiographe, it remonce enfin à des grandeurs trop passagères, auxquelles il n'est pas sage de prétendre. Tous mes voeux , tous mes rêves sont raisonnables. Je rêve maintenant... Mais quelle chute ! Je rêve. . . Allons , point de fausse honte ! lorsqu'un roi de Syracuse s'est fait maître d'école et a donné, des férules aux polissons de Corinthe, je puis bien me £aire commissaire de quartier à Paris. Je le suis. Voyez mon écharpe, et suivez-! moi dans ma tournée.

Fhaétons téméraires, à trente sous par heure,

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redoutez mon active surveillance ; modërez , croyez-moi, Fardeur de vos coursiers fougueux , quoique souvent à jeun ; enfin écrasez les gens un peu plus doucement ; que le son aigu du ^elot retentisse aux extrëmitës de la rue : je veux que les sourds eux-mêmes en soient étourdis. La nuit va tomber ; vite , allumez vos lanternes, et surtout criez gare! criez-le sans cesse ; criez-le à tue-tête. Me dirait-on pas que ces mes^ sieurs craignent de s^enrouer et de gâter leur voix ? certes il leur airivera pis^ si je les trouve en dé&ut. Commissaire inexorable, je ne reçois ^---^. auGiine excuse ; je ne cède à aucune considéra- /y^ '\^ tion : cocher^ cheval et cabriolet, j^arrête toat,f * \

j'envoie tout en lieu sûr : le salut des passans, -^Ucelui du comoûssaire lui-mêmç exige cette ri- "^^l ;^. gueur. Respect aux piétons, je n^ai point encore d'équipage.

Bon Dieu ! que la nouvelle Athènes est sale ! on n'y peut faire un pas sans se couvrir de boue ; et le peuple , qu W dit être le plus spirituel de FEurope, en est très-certainement leplus^crotté. Patience! cet abus va cesser, on j'y perdrai mon écharpe« Çà , qu^on lave et qu'on balaie : non

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