LE CIMETIERE DU P. LACHAISE
Vous, ne demanderez pas qui a compose cette inscription; vous sentez que c'est une mère. Oui, c^est d'un cœur maternel qu'est sorti ce cri de la douleur ; une voix étrangère n'aurait pu imi-^ ter ces accens qui pénètrent l'ame ; l'art les aurait aiïaihlb. Je trouve dans l'ouvrage de M. Marchand plusieurs inscriptions sur le même sujet ; mais elles me touchent moins ; ce ne sont pas des mères qui les ont faites.
Celle qui a adressé des adieux si touchans i l'objet de ses plus chères affections n'aurait pu survivre à une séparation si cruelle ; mais vous voyez quelle idée consolante est venue se placer entre la douleur et le désespoir. // Vattend, Le dogme de l'immortalité de l'ame ne trouve point d'objections dans les cœurs qui savent aimer. La mère et l'enfant ne sont pas séparés pour toujoiiîrs ; ils se reverronL.. IlTatiend. Ne serait-ce, s'il est permis de le supposer , ne serait - ce qu'une illusion , il y aurait de la barb,ariç à la combattre et à détruire l'umque cooisoiation d'une mère affligée qui suivrait son enCaint au tombeau , si elle ne pouvait le suivre en esprit vers un autre séjour où ^s se reyerront , où il l'attend.
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Apprenez mamtenant , et tâchez de lire sans indignation l'inscription gravée snr la tombe de... (( Ici repose Vante de... » Un poète qui virait cent ans avant Socrate a dit : « Affligez-vous » moins pour la perte de vos amis; ils ne s(»t » pas morts tout entiers ; » et nous lisom aujonrdliuî dans nn de nos cimetières : « Ici repose M Tame ! » Qne faut-il de plus pour faire sentir la nécessité de réprimer la licence des inscriptions funèbres?
Quand on visite avec routeur , qui en a tracé un plan très-exact , tous les monumens dont le cimetière du Père Lachaise est couvert , on ne peut s'empécber de faire une remarque affligeante. Que de takns la mort a moissonnés dans ces derniers tems! Qui réparera les pertes que les sciences et les lettres ont faites depuis quinze à vingt ans ? Ce ne sera pas , assurément , nos facteurs de brochures politiques ; et voilà cependant à peu près tout ce qui nous reste. Triste dédommagement i.
Je m'arrête ici un instant près du monument de Delille : c'est une heureuse idée de n'y avoir gravé que son nom ; il dit assez. Mais déjà "des mains téméraires ont noirci le marbre de ce
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moDttiiieiit ; et , isi Toii n^y^pr^nd gàtdt , latombe du poèiiî $era bieAtàt s#ttiUëe,de mauyais vers , le pbl$^Mg^^I|t <Hktr%ge qu'elle pubse leceYoir. A^mûç^tm^s ii^iH^r^t^ , Qe MOt d'autBefi dons qul^Ue Mte^é de vous ; oQi:^» au cbantre de la nature les plantes qu'il aina, les fleurs que sa muse a chantées.
Donnez des fleurs, donnez. Que le lis, que la rose , Ti*op stérile tribut dhin inutile deuil , Plcii5eiii à ploMs nainsuir son triite c«r€ii«ir, ^i qi|*il reçoiviç au aïoios ce« offrandes le^èrei^ Brillantes comme lui
C'était naguère k fête des tombeaux ; et on ^ime aujourd'hiii à voir ces couronnes , ces f uir^ laudes qui 1q$ décorent et que des mains pieuse yijennizat 4' y. déposer; on aime i voir de jeunes arbustes croître et s'élever autour des* raonumensî. C'est un parent ou un ami qui les a plan* tés» .et il les eutretien^dra avec un soin religieux. Ainsi l'image riante de la vie embellit le $é}our même de la mort. Tout coaunercr n'est donc pas rompu avec ceux que nous avcms aimés. Ils vivent dans notre pensée... Fuis Tëspoii de ks retrouver im jour... Ils nous attendent. Qu'on fasse douQ disparaître , au plus vite , cette dé-
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solante profession de matérialisme : «< lei repose » l'ame. » Elle contriite , elle glace tous les cœurs ; et on ne s'attqnd guère à trouver dans un lien où-tout doit annoncer (pie^ ram^* €st immorteHe, où un seul néant peut être proclamé, celui des grandeurs et des distinctions sociales.
Ce qui , dans Touvrage de M. Marchand de Beaumont , ne peut manquer de frapper encore les esprits qui aiment à réfléchir, c'est le rapprochement des conditions les plus opposées. Il faudrait placer ici la chaire de Bossuet. Le génie de cet orateur, déjà'si grand près d'un tombeau, s'élèverait encore à la vue de tant de générations confondues. Avec quelle forcie , traversant les âges comme des instaus, et paiSSBJiV^dù'tvpos'au réveil * , , il peindrait d'abord le jour qui doit rendre contemporains les hommes de tous les siècles I et ensuite avec quelle facilité il terrasserait tontes les vanités humaines , en les montrant telles quëila mort les a faites ! .
Là, le riche est couché près du pauvre, le jardinier près de son seigneur. Là encore , par un caprice du hasard , qui dans ce Keu est sou-
LE CIMETIÈKE DU P. LACHAISE. 233 vent le seul maître des cérémonies , là gisent cAte-à-câte deux emiemb fong-tems acliantës k se nuire ; et un pea plus loin , je tes ai vus , deux journalistes qui, de leur vivant, n'ont cessé de "ie quereller tous les matins. Qui donc sait si l'on se m'y trouvera pas un jour à câté d'un des rédacteurs du Coflj/fïu/ibnne/? Peut-être alors viendrons-nous à bout de nous entendre : ce sera au moins le moment ou jamais de nous réconcilier; mais , en attendant , mes bons amis , disputons , disputons toujours ; cela fait du bien à la santé.