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tations modernes très-mesquines, qui font un contraste désagréable avec ces tourelles noircies par le temps.
Nous avons vu que les Espagnols au temps de l'Inquisition brûlaient et pendaient sur le marché du Vendredi les Gueux, les hérétiques, les sorciers, et très-souvent les gens riches ; les jours où le nombre des victimes était trop grand, le marché au Grain partageait le triste honneur de servir de théâtre à la mort de ces malheureux.
En traversant le pont de S1 -Michel, je salue r hôtel de l'infortuné comte d'Egmont , situé sur le Quai, au coin de la rue auxTrippes, n° i4- Cet hôtel fut aussi habité à deux reprises par Philippe II, de qui la gaîté franche des Flamands ne put jamais , pendant les jours de fêtes qui lui furent données, dérider le front soucieux et sévère. On s'est universellement trompé jusqu'à présent sur le compte du vainqueur de Saint-Quentin et de Gravelines. On croit généralement qu'il n'embrassa jamais avec vigueur la cause de l'émancipation des Pays-Bas, et qu'il fut condamné plutôt d'après des conjectures que des preuves; l'histoire reviendra bientôt de ce jugement. Il existe aux archives de la ville de Gand et surtout à celle d'Audenarde des pièces précieuses qui attes-
teront que d'Egmont eut une part active à notre révolution , et qu'il est très-digne de partager avec le grand Guillaume le nom de Père de notre liberté.
J'entre dans V église de Saint-Michel qui servit de Temple de la Raison pendant la révolution. Cette belle église est d'une architecture légère; n'étant point encore surchargée d'ornemens comme celle de Sl-Bavon , elle conserve un air de simplicité et de majesté sévère qui élève l'âme, et me semble bien préférable à ce luxe pompeux , inventé plutôt pour frapper les yeux et nous rabaisser aux petites vanités du monde, que pour toucher le cœur et le rapprocher de l'Eternel.
J'arrive à la Coupure sur les rives de laquelle une triple rangée d'arbres à droite et à gauche forme une promenade charmante et bien préférable à V Allée- Ferte de Bruxelles. Au milieu s'élèvent les hautes murailles de la Maison de correction. Cet immense bâtiment octogone fut commencé en 1773, sous le règne de Marie-Thérèse; c'était à Guillaume qu'appartenait la gloire de l'achever. Je ne ferai point l'éloge de cette maison où le sort des prisonniers est tellement adouci qu'on en voit souvent préférer cette vie à leur liberté. Je dirai seulement qu'elle a servi de modèle
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à plusieurs autres établissemens semblables formés aux Etats-Unis, en Prusse et à Londres. Dans cette ville on a voulu faire au plan primitif quelques changemens qui sont peu heureux.
Tout en respirant les parfums délicieux qui s'échappent de ces tilleuls en fleurs , dont la douceur, à ce que l'on assure, est très-propre à calmer les migraines et l'irritation de nerfs, j'arrive vis-à-vis Y Entrepôt dont les bâtimens d'une architecture simple, sont vastes et commodes. Pourquoi ces quais, que dans un seul jour je voyais couverts il y a quinze ans de 1200 pièces de vin et de nombreux ouvriers , sont-ils aujourd'hui si tristes et si déserts ?
D'ici j'aperçois se dessinant sur le haut de la montagne de S'-Pierre la belle église de ce nom, qu'on dit rappeler, par ses proportions, celle de Rome, que je n'ai pas vue et que je ne verrai probablement jamais. C'est dans cette église qu'autrefois nos bons comtes de Flandre , avec une simplicité qui n'est excusable que dans ces temps d'ignorance, reconnaissaient publiquement tenir leur puissance du clergé. Ils recevaient leur épée de la main de l'abbé de S^Pierre, et juraient ensuite de maintenir les privilèges de cette abbaye , la plus riche de tout le pays.
Je terminerai ma promenade, non pas que la matière manque à mes observations , mais parce que je suis obligé de me resserrer dans un cadre étroit , et que celui qui écrit tout ce qu'il sait est un fou. Les esprits ne sont point encore parvenus a leur maturité ; soit préjugés, soit pusillanimité, les hommes en sont encore au point de trouver mauvais que vous disiez des vérités qu'ils reconnaissent quelquefois dans le fond de leur cœur.