‹ L'hermite en BelgiqueChapitre 3 sur 14 · L0ST · texte numérisé non relu

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parut grandi de six pouces; mais le prestige s'évanouit promptement , lorsque j'appris que l'on désignait sous le titre de la. jeune et de la vieille garde deux sociétés de musique.

M. Lerond m'informa de son côté, qu'il y avait aussi deux sociétés gastronomiques, l'une sous l'invocation de Sainte-Barbe, et l'autre sous la bannière de Sainte-Catherine. Autrefois, me dit M. Lerond, l'émulation qui existait entre ces deux sociétés dége'nérait presque en haine ; les membres de l'une et de l'autre formaient comme deux nations rivales au sein d'une même ville , et il était sans exemple qu'il se formât des alliances entre elles. On attachait une si grande importance à ces institutions , que nul étranger , fût-il domicilié à Alost depuis vingt ans, ne pouvait y parvenir à la moindre dignité; mais les choses ont bien changé depuis , et ce sont actuellement des étrangers qui sont à la tète de l'une et l'autre.

Je vous ferai observer à cette occasion, continua-t-il, que soit indépendance de caractère, soit incapacité, soit accident, mes compatriotes occupent peu de places dans l'ordre administratif ou judiciaire de leur propre ville, le bourguemaitre , l'un des échevins , plusieurs membres de la régence, le receveur de la ville

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et celui de l'octroi municipal, le juge de paix, ses suppléans, leur secrétaire, leur huissier, le commissaire de police, et jusqu'au concierge de l'hôtel de la régence, aux gardes -champêtres et au fossoyeur, tous nous sont venus du dehors et quelques-uns de bien loin. Il est vrai que le commissaire du district est Àlostois, mais la ville de Gand a dû lui donner son secrétaire.

Je demandai à mon frondeur si la haine bizarre entre les deux sectes gastronomiques, n'avait pas cédé un peu aux lumières et à l'esprit de civilisation et de tolérance qui distingue si avantageusement notre siècle. Effectivement, me dit-il, cela va beaucoup mieux: maintenant il règne entre les compagnons de Ste- Catherine et ceux de Ste- Barbe une assez bonne intelligence pendant onze mois de l'année; mais quinze jours avant les fêtes de leurs patrones respectives, qui se succèdent presqu'immédiatement , on voit percer quelques symptômes de jalousie qui vont toujours en croissant jusqu'au moment de la fête, et se développent quelquefois d'une manière effrayante. Les membres des deux sociétés cessent de se fréquenter ; ils se saluent à peine ,* ils se lancent des regards courroucés , souvent même ils se décochent des épigrammes (pour me

servir du mof le plus doux) ; il ne faudrait qu'une étincelle alors pour mettre en feu toute la ville, mais cette effervescence ne dure qu'un moment; elle décroît progressivement, une fois la fête passée, et après une quinzaine, les regards s'adoucissent, les saluts se multiplient, les visites recommencent , et la bonne amitié

renait jusqu'à l'année suivante.

Il était midi : selon l'antique habitude cette heure devait être consacrée au repas. M. Ouder" wets nous conduisit dans sa maison spacieuse; bien aérée , et d'une propreté remarquable ; il me présenta à sa femme, excellente ménagère dont j'eus bientôt l'occasion d'apprécier le mérite. Il me montra ses enfans, qui n'étaient pas de petits phénomènes , persuadés de leur génie précoce et gonflés d'ignorance et de vanité; mais de beaux garçons, frais, rosés, vigoureux , ayant une fort bonne tenue , un air modeste et obéissant au moindre signe de leurs'parens ; ce que je trouvai infiniment plus admirable que s'ils eussent répété vingt fables de La Fontaine, un livre de Télémaque, voire même une ode d'Horace. Les mets qui nous furent servis, unissant la saveur à la salubrité, me donnèrent la meilleure opinion du bon sens et du goût de mon hôte qui préférait le bon et l'agréable au rare et au recherché.

L'excellente qualité de ses vins acheva de le relever dans mon jugement, et j'aurais volontiers soutenu en sortant de table que les Alostois étaient le peuple le plus sage de tous les Pays-Bas, et M. Ouderwets le génie le plus transcendant que j'eusse encore rencontré.

Nous restâmes encore quelques heures ensemble , et quand je fus remonté en diligence pour retourner à Bruxelles , réfléchissant à ce que j'avais vu et aux assertions contradictoires de MM. Ouderwets et Lerond , je conclus que si Alost, comme toutes les petites villes de Flandre était un peu en arrière de son siècle pour le progrès des lumières ; si l'on pouvait blâmer cette résistance d'inertie que la masse des habitans oppose encore aux efforts d'un gouvernement aussi généreux que sage ; en revanche il y régnait une bonhomie et un esprit de modération qu'on ne saurait assez louer; et que quand les Alostois appliqueront plus généralement le bon sens et le génie naturel qu'ils ont prouvé en améliorant tout ce qui tient aux premières nécessités de la vie , quand l'administration moins susceptible et moins méticuleuse , suivra un peu plus hardiment la carrière qui lui est tracée ,* quand des hommes comme M. Lerond, s'élevant audessus de tous les préjugés pour défendre la

justice et la vérité, emploieront au bien commun l'influence que leur donne un si noble caractère, aucune ville n'offrira un séjour plus agréable et ne renfermera plus d'élémens de prospérité.

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