L ETUDIANT EN MEDECINE
Tëtemens , par un habit bleu , et ressemblaient à une troupe de petits-maîtres étourdis. Us riaient immodérément du succès qu'ils venaient d^obtenir.
« Pat Lanigan a pourtant passé , >» dit un Irlandais.
« Tant pis pour les malades qu'il aura !» ré* pondit son compagnon.
« J'ai bien manqué d'être refusé, » s'écria un jeune colon de la Jamaïque.
« Le vieux professeur nous a tenus quittes k bon marché , » ajouta un naturel de Philadelphië.
<c Mon répétiteur a fait des merveilles pour moi , » dit un jeune Anglais.
« Ma thèse, dont je n'ai pas composé une seule ligne , engagera mon vieil oncle à payer mes dettes , » dit un fat d'Edimbourg , qui n'avait pris le degré de docteur que dans cette intention.
Us marchaient plus vite que moi, et je perdis
le reste de cette conversation édifiante.
M Comment peuvent vivre tous ces jeunes docteurs? » pensai-je ; mais cette réflexion fut lur-le-champ suivie d'une autre : « Comment
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peuvent vivre les malheureux sur qui ils exercent leurs talens ? »
Je logeais dans la même maison qu'un de ces nouveaux gradués , et il eut la honte de m^inviter à un dtner qu'un docteur de vingt et un ans devait donner à ses confrères. « J'espère , me dit-il , que vous m'avez vu dans toute la pompe doctorale, le vieux bonnet euitéte, etc. L'extérieur fait beaucoup. »
Je lui répondis affirmativement, et lui dis qu'il avait fort bonne mine sous ce costume; <c mais, ajoutai- je, comment avez-vous pu trouver le tems d'étudier, vous qui passez toutes les nuits au bal ou au jeu ? Une pareille vie ne s'accorde guère avec l'étude sèche de la médecine ; avec la nécessité de méditer à la lueur de la lampe sur les leçons que vous avez reçues dans la matinée ^ de réfléchir sur les notes que vous y avez prises. »
« Oh! mon cher monsieur, me répondit-il d'un ton enjoué , il y a moyen de tout faire. Je paie quelqu'un pour prendre des notes pendant la leçon du matin, et j'y jette un coup d'œil le soir pour m' endormir , lorsque je reviens d'un bal ou d'une assemblée. Le souvenir du ton nasal
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èe Botre grave professeur suffit pour me servir de narcotique. J^ai soin d'arriver vers la fin de chaque classe, uniquement pour me montrer, et cela suffit. Par ce moyen, l'étude tue m'offire aucune sécheresse , et je vous assure d^ailleurs que le docteur Greenpiant , le docteur O^Marall et moi , nous av(ms toujours soin d'étudier autour d'un bol de ptmch. Mais, je vous en prie, venez diner avec nous. »
J'avais remarqué que mon jeune ami voyait j^us de monde que ne le font en général les étudians , parce qu'on les regarde , en général , surtout les Irlandais et ceux qui viemient d'outremer , comme des écervelés et des tapageurs , et que , pour cette raison, on ne se soucie guère de les recevoir dans une société tranquille et décente. Mais quand une fois ils ont acquis le droit d'ajouter à leur nom lé titre de docteur en mide-cine , ces mots sont un j[>asse-partout qui leur on* vre la porte de toutes les maisons et même de toutes les chambres ; ils semblent donner de la discrétion au plus étourdi, de la science au plus ignorant. Cependant il est prudent, quand on se rend justice , de ne pas exercer ses talens dans un endroit où Ton est trop connu, car un vieux
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proverbe n'a pas tort de dire qu'on n'est jamais propbète dans soA pays.
Pour terminer cette digression,^ je dirai que j'acceptai l'invitation et que j'assistai au dkier des nouyes^nx ^aduës. Le repas était splendide ; fien n'y sentait la morgue doctorale ; on ne songeait qu'à rire et à plaisanter, et le badinage que l'iw se permettait sur l'autre ëtait pris en bonne part y et rendu avec usure. En se portant mutuellement des toasts , ib se souhaitèrent beaucoup de succès, une pratique étendue, dei malades hypocondriaques, etforce'malades ima* ginaires. L'un ^ira trouver des maladies lentes, I^autre des affections nerveuses; celui-ci des vieillards attaqués de fréquentes indigestions, celui-là de jeimes veuves ayant des vapeurs; presque tous de riches goutteux et des sujets énervés par les excès. Un jeune docteur pria la ciel de lui envoyer quelque jeune homme de qualité d'une santé faible , qui voulût avoir un médecin pour compagnon de ses voyages ; il y trouverait en même tems plaisir et profit ; un ^utre se flattait de s'assurer la main d'une riche héritière en lui tâtant le pouls.
Le docteur O'Botheram nous dit qu'il ne se
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^uciait pas pins de sa profession que d^une prise de tabac , et qu'il ne Tavait embrass4;e que par complaisance pour son père , à qui il avait I Élit joliment payer des livres qui n^étaient ja- I mais entrés chez lui, et des cours qu'il n'avait jamais pensé à suivre. « Si je puis obtenir de lui, ajouta-t-il, qu^il m'établisse dansiihe bonne maison ; qn^il me donne une voiture et deux chevaux , et quMl m^ouvre un crédit chez son banquier , la médecine sera la dernière chose à quoi je songerai. »
« Et comment va notre cerveau brûlé de docteur créole? * demanda un des convives.
« Ah! répondit un autre, il n'a encore eu que des pratiques gratis depuis qu'il a ouvert boutique, et il a joué de malheur dans ses épreuves sur le sujet vivant. Il a complètement * endormi une vieille femme à force d'opium , et il a mis au cercueil un jeune nègre , auquel il n'avait pas laissé une goutte de sang dans les veines; sans compter deux ou trois autres méprises qui ont eu le même résultat. Mais il acquerra de Texpérience avec le tems ; et comme il vient de s'établir dans une charmante petite