‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 20 sur 56 · RESTES DES MGEUAS FRANÇAISES · texte numérisé non relu

RESTES DES MGEUAS FRANÇAISES

productions du règne végétal , mais &es poumons sont incapables d'en soutenir la fatigne ; une course à cheval jusqu'à la source de Saint-Bernard lui donnerait des vapeurs ; se foire traîner en voiture sur les sables de Leith ou de Porto- BellOy ce serait une peine sans plaisir; qui y rencontrerait-il ? Quant au tumulte et au bourdonnement des mes des deux capitales dont je viens de parler, source abondante de dis&acti<ms, et moyen efficace pour chasser Tennui, il n'y a rien qui y ressemble dans la métropole de TEcosse : il s'y trouve même si peu d'oisifs , qu'il ne faut pas quinze jours pour que chacun connaisse la personne , le costume et les habitudes de quiconque fait métier de se promener, tout aussi bien que dans la plus petite ville d'Angleterre.

C'est pour ces raisons que les gens du suprême bon ton prétendent que la capitale de l'antique Calédonie est en arrière d'un siècle de Londres ; mais beaucoup des reproches qu'on fait à la vieille Edina peuvent s'adresser également , et même à plus juste titre , à l'élégant , au policé, au soi-disant incomparable Paris. Des rues étroites , le nombre n'en est pas considérable à

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Edimbourg, des maisons s'élevant jusqa^avx nues , et divisées en appartemens, dans lesquels difTérentes familles sont renfermées sous le même toit, comme Jes animaux dans Tarche; des es-caliers escarpés et malpropres; des murailles sales ; des rues couvertes d'ordures de toute espèce; tout cela est commun à ces deux capitales. A cet égard , comme pour ses hamois en cordes et ses caricatures de postillons , Paris n'a pas fait un pas en avant depuis un demi-siècle ; tandis qu'Edimbourg fait des progrès tous les ans. Les habitams d'Âuld Heekie commencent à abandonner leurs vieilles habitudes, à quitter leurs cours , leurs culs-de>sac et leurs chambres aériennes, pour aller se loger proprement et à l'anglaise dans la nouvelle ville , avec l'avantage additionnel que' cette nouvelle ville surpasse la plupart des cités les plus policées de TEurope par sa situation, sa propreté, sa salubrité et son architecture.

« La justice est un joyau, » comme le dit Pat; c'est donc justice de dire que les restes des mœurs françaises sont du nombre des plus grandes antiquités d'Edimbourg, et ce ne sont pas celles dont cette ville a le plus à se vanter , car

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c'-esf en quoi consiste la rouille de l'ancienne Ecosse; par exemple, les grandes et formelles révérences que se font dans Féglise des vieilles douairières et des tantes surannées, rangées de chaque câté comme des figures de porcelaine sur une cheminée; les maisons de sept à dix étages ; Tusage général de commencer tous les dîners par une mauvaise soupe ; les cérémonies fastidieuses et affectées , sont autant de traces , sjois parler de beaucoup d^autres , qui marquent les rapports qui ont existé entre les deux nations. On en peut dire autant d'un grand nombre de mots usités en Ecosse , et dont l'origine est évidemment française, comme ashef j pour assiette^ sefvette , pour servieile , etc. ; et le nom de caddies^ qu'on donne aux commissionnaires, est' certainement une corruption de celui de cadet. Cependant la plupart de ces vieilles coutumes, jadis religieusement observées en Ecosse , commencent à tomber en désuétude , et l'on voit ainsi disparaître insensiblement lafoy et la drage. Foi est un mot français , et tout étymologiste reconnaîtra facilement le mot trajet dans celui

de drage.

Ia foi estimcféte donnée en quelque occasion

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mémorable , comme Tarrivée à la majorité , une promotion 9 une convalescence, etc. ; mais plus particulièrement, et c'en est probablement Torigine , à la veille d'un voyage. Celui qui va partir engage sa foi à ses compagncms , à ses amis , à ses parens, à ceux qui lui sont le plus chers. C'est un gage d'amitié constante, une promesse de souvenir duraUe, un espoir de retour, une garantie que le nœud qui Tunit à eux se resser*lera de nouveau quand il les reverra 1 C'est im^ moment donné à TafTection ; un jour sur lequel on reportera souvent sa pensée.

Cette coutume n'offrait aucun inconvénient ; mais on ne peut en dire tout-à-fait autant de la drage , et on la verra disparaître avec moins de regret. Elle :ne se retrouve guère , même à présent , que chez les montagnards et dans les ties , et elle est presque entièrement bannie des villes et des plaines. Boire la drage , comme on le dit , c'est consacrer une coupe à la mémoire du défunt ; ceux qui sont assemblés pour ses funérailles fcnrmant des vœux, le verre à la main, pour le bonbeur étemel dé celui ou de celle pour qui le tems n^existe plus , pour qui les liens terrestres ne sont plus rien. Les rafraichissemens

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qtt'oa dffre i caix qui viennent pour assister à un convoi sont nn reste de cet ancien usage ; mais che:& les montagnards et dans les lies d'Ecosse , ces rafralchissemens sont un banquet ; réloge du défunt se trouve au fond de chaque bouteille, et les larmes coulent dans la coupe où Ton vient de faire wie libation. Des hymnes et des chansons accom^pagnent cette fête Ingubre; il n'est pas rare de voir la discorde s'y introduire, et elle amène souvent le renouvellement d'anciennes dissensions.

Dans la verte Brin *, on veille les morts jusqu'au moment de l'enterrement, les cloches sonnent , les cierges sont jdlnmés , le missel est ouvert ; les soupirs , les lamentations et l'ivresse marchent du même pas ; on pousse des cris, ou, ponr^mieux dire, des huriemens, dont l'objet est d'expimer du regret pour le dé6mt , et de rappeler ses bonnes qualités; après quoi, l'on se sépare , le cœur attendri par le whisky , et souvent les os brisés par suite des querelles qui naissent presque toujours dans ces assemblées.

Cette coutume iriandaise ofirc donc à peu près les mêmes traits que la drage d'Ecosse.

* L'Irlande;

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