A LA MEMOIRE DE BURNS
qu*il fut traite de démocrate , malgré les vers pleins de loyauté qu'il avait composés ; et'qu'il fut condamné à vivre négligé et oublié , et à ne recevoir des applaudissemens et des honneurs qu^après sa mort. La caractère du tems dans le- , quel il vécut, la fureur des partis, Tesprit infernal de révolution qui faisait alors des progrès, la servilité qui régnait dans certains cercles, les calomnies qu'on faisait courir contre lui , tout contribua à abréger sa courte carrière.
La misérable place qu'il occupait était , sous tous les rapports , indigne de Tame élevée de Bnms : elle aurait mieux convenu à un ancien laquais ou à un sycopbante en retraite. Les emplois subalternes des douanes et de Texcise, toutes les places oii il s'agit de saisir les personnes et les propriétés , où il faut vivre de délations et d'espionnage , ne peuvent convenir à des hommes animés par le génie de la liberté, ni se concilier avec les sentimens de celui qui avait composé ces vers immortels :
« Ecossab dont le sang a coulé sous Wallace , etc. »
Si Robert Bums avait imité les flatteries
adroites d'Horace , qui appelait son patron Mécène,
A tapis édite regibus ;
si, comme Virgile , il avait déifié un prince
Deus nobis htsc otiafecit ,
il aurait pu trouver un protecteur , acquérir de la fortune , jouir de la prospérité; s^il avait fouillé dans les archives des ancêtres d'un duc , ou tiré de Thistoire de la famille d'un lord le sujet d'un poëme , ses vers auraient été dorés , et ses talens lui auraient valu des talens d'argent. Mais la raison du monde et de l'intérêt n'était pas chez lui d'accord avec la rime; et quand son^gélde déployait ^es ailes , c'était pour s'élever au dessus de toutes considérations basses et vulgaires.
Tel-, ou là peu près , a été le destin d^un autre poète du nord , dont les vers harmomeux et la ipoésie châtiée annoncent la main d'un maître. Mais comme lé tombeau de Bums est l'objet qui nous occupe en ce moment, nous ne parlerons du poète vivant que pour espérer qu'il ii'^st pas destiné à ne reé^yoir que dés bon-
A LA MEMOIRE DE BURNS. Il l
neurs posthumes , des regrets et des éloges mutiles *.
Le mon^ument élevé à la mémoire de Biims ^t un cooRument de justice nationale ; on pourrait dire de juste ré tribution* Il prouve un sentiment des convenances f et c'est un tribut de gratitude qui était dâ au défunt par les vivans. Son nom, sera just^ement inscrit sur la liste de nos pins grands poètes, ^t ses concitoyens citeront ses vers avec un orgueil national vraiment honorable; car l'orgueil jse montre, sou&difl^rentes faces, et.il esï plus souvent digne de hjâmeque d'éloges. Ce sera une. douce, quoique triste, consolation pour sa veuve et pour son fils ; et quoique
* L*auteur ne prétend pas dire que les talens du poète vivant dont il parle ici restent tout à-fait sans admiration et sans récompense. On le place généralement à un rang, élevé sur )e. Parnasse , et le petit nombre des gens de goût font leurs délices de ses poésies. Ses travaux lui procurent une honorable existence , quoiqu'elle soit accompagnée de privations qui sont un sacrifice pour sa pbilantropîe et sa sensibilité. Mais de celte exiitqnce à un titjie et à |a fortuite ,1^ distance .est incofnmensurab^e, et pourtant une adresse adroitement rédigée , et cfuelques romans qui réussissent , peuvent procurer l*un et Tautre.
celui-ci n ait pas hérite des taletas poétiques de son père , il n'en sera pas moins sensible à cette chronique durable , quoique muette , de la renommée du poète écossais qui a donné de l'éclat à un nom qui , sans lui , serait demeuré obscur et inconnu jusqu'à la fin des tems.
Mais pourquoi l'appeler une chronique muette? Le marbre , la pierre , l'airain, l'ivoire , la toile, le papier, tout parle, tout étincelle de la flamme que le génie dérobe au ciel; tout respire l'énergie puissante et les doux sentimens de l'ame ; tout proclame la perfection de l'esprit et du cœur , la main savante , Tceil pénétrant , la touche gracieuse, et Pimagination créatrice des enfans des arts et des sciences. L'auteur mélancolique et le poète fabuliste feront un pèlerinage à ce monument si bien mérité , si bien gagné , pour y puiser des inspirations dans les pensées que ce lieu doit inspirer aux esprits doués d'une riche veine de génie, aux imaginations vives disposées à prêter un corps aux idées les plus nobles et les plus élevées ; en un mot , à tout être dans le cœur duquel une étincelle céleste a al^ lumé le feu de la sensibilité*
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Le peu d'amis qu'a laisses Bnrns s'y rendront aussi avec autant de regret que de vénération. Là ils se rappelleront la MarguerUe des montagnes ; et la Souris miime du fer de la charrue * ne leur paraîtra pas indigne de souvenir, car il règne dans la pièce consacrée à cet humble incident une douceur sentimentale faite pour être appréciée par tous les cœurs sensibles , o&ant une leçon morale aussi simple que sublime , et présentant l'image parfaite en miniature de l'am* et du style du pofcte.
* Tilres di deui piËces fugitires de Burus.
Il4 JARGON DOCTORAL.
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