‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 26 sur 56 · JARGON DOCTORAL · texte numérisé non relu

JARGON DOCTORAL

Une servante était indisposée dans la'iiiaisoR où je logeais. La inaitresse du logis aimait la médecine ; elle avait pour parent ( la ligne de parentée s'étend très-loin en Irlande ) un jeune praticien dans Tart de gnérir, tout nouvellement forgé docteur , et elle l'envoya chercher sur-lechamp. II ne se fit pas attendre , car il ne demanda pas mieux que de faire Tépreuve de ses talens sur la pauvre Barbara , et j'entendis la conversation suivante.

« Eh bien , Barbara , dit le docteur, qu'avezvous à me dire ?

» — Hé ! hé ! je n'en sais trop rien.

» — De quoi vous plaignez-vous ?

» — Je ne me plains de rien ; mais je ne suis pas en bon train.

„ — Nous vous y remettrons. Que je vous

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iâte le poulsi. » U prit en main sa -montre marquant les secpndes. « Ah! il çst plein , irrégulier. Quels sèymptèmes éprouvez-vous ?

>» — Quel quoi , Monsieur?

» — Avez-vous lies trerablemens 9 de la rigidité ? éprouvez-^vous une tension dans les organes digestifs , une tnméiaction dans les parties abdominales ? avez-vous imt irritation pulmonaire , nn catharre ?

» — Et pourquoi tremblerais-je,> Monsieur?

je n'ai jamais rien fait d'abominable , quoi que vous puissiez dire ; et je n'ai de ma vie touché à la guitare. » U y en avait une dans la chambre.

« Pauvre ignorante ! Étes-voui attaquée de nausées, de bile , d'éructation? souffrez^^ous de flatuosités, de dyspepsie?

» — Dix pépies! ce serait bien assez d'une.

Est-ce qu'il serait possible qne les^poules m'eussent fait gagner cette maladie? Au surplUs^^oyez, Monsieur , regardez ma langue.

i» -^ Je vois, je vois; sèche et aride.' Vous devez être sujette^ aux insomnies v éprouver une sorte de prostration, de dépression d'esprit.

» — Je sais bien que je n'ai pas grand esprit , Monsieur , mais il me semble que j'en ai assez pour être servante.

Il6 JARGON DOCTORAL^.

» — Vous avez les yeux battiïs

*» — Battus ! je ne testerais pas dans ma place , si on me battait , Monsieur.

>» — La peau sèche et dure

» — Dame ! aux ouvrages que je fais !

» — D faudra que je vous phlëbotomise.

» — Que vous me Qu'est-ce que vous

voulez dire , M<>nsieur ?

» — Quelle simplicité! Je veux dire que vous avez besoin d'être saignée. Vous avez une constitution plétorique , un tempérament. sanguin; il est indispensable de vous réduire

» — De me réduire , Monsieur ! et à quoi voulez-vous me réduire P quel mal est- ce que j'ai fait?

» — Je vous dis, qu'il vous faut des catbartiques , beaucoup de tranquillité , une cessation totale de labeur corporel.

» — Le caporal ! pour qui me prenez-vous , Monsieur? Le caporal n'est pas cause de ma maladie ! Apprenez que \e suis une honnête fille.

». — Ne vous fâchez pas , Barbara ; votre ignorance-des termes techniques vous occasione une irascibilité qui peut augmenter votre mal. Les signes diagnostiques me paraissent favorables; et.... vous n'avez aucune irrégularité.*..?

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