‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 3 sur 56 · TITE NEW YORK · texte numérisé non relu

TITE NEW YORK

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m, UMOK Al TILDSII FOUHDATIOM6

La ville d*Edïfflbourg, ou plufdf son ehâtean, était autrefois connu sons le nom celtique de Maydin , que les Romains traduisirent par casirum puellarum ( camp des jeunes fiiles ). L^étymologie la plus probable de son nom moderne lui vient du roi saxon Edwin , qui répara sa forteresse, c^t lui donna un nouveau nom. Elle serait tombée entre les mains des Saxons après la bataille de Cattraetb ( devenue célèbre par les chants bretons d'Âneurin et ceux de TAnglais Gray ) , dont le résultat fut de réunir le Lotbian du milieu et de Te^t au royaume de Northum-

terland , bataille qui eut lieu vers le milieu du sixième siècle. Edwin ne vécut qu'au commencement du septième.

Dans r intervalle , les Ecossais proprement dits, qui n'étaient d'abord qu'une colonie d'Irlandais peu considérable , ayant soumis les Picts , devinrent un peuple puissant ^t formidable , et poussèrent par degrés leurs excursions jusqu'aux rivages de Fife. Durant les convulsions de l'beptarchie, vers Tan 1020 , Malcolm II obtint du comte saxon Eadulf la cession du Lothian , qui fit , depuis ce tems , partie du royaume d'Ecosse. les rois écossais continuèrent , pendant plusieurs règnes, à « demeurer dans la ville de Dumferline », ou à résider à Scone ; mais, petit à petit, Edimbourg , devenue une ville forte , leur offrit plus de sécurité. Us se déterminèrent à fixer leur c^apitale dans la partie méridionale du Fortli. Edimbourg obtint à la longue le titre de capitale, que sa supériorité lui méritait. On trouve encore dans les places qui environnent le palais royal des traces de la langue celtique des anciens rois écossais. Depuis cette époque , et pendant des tems orageux , Edimbourg a toujours conservé sa position de capitale de l'Ecosse , et es(

demeurée plusieurs siècles sans être agrandie ni diminuée.

La ville d'Edimbourg a , pendant des siècles , porté le nom de Auld Reekie ^ ; mais diaprés les immenses changemens qui y ont eu lieu depuis trente ans, cette désignation ne pourra bientôt plus lui être justement appliquée. Il fut un tems où Todorat suffisait pour avertir de bien loin le voyageur qu^il s^approcbait A^Edina *^ ; mais ce n^ était pas par la même raison qui annonce au marin le voisinage des îles aux épices : la cause en était toute différente ; les vents, bien lom de se cbarger de riclies parfums , portaient au loin une odeur fétide , et la mitraille , qui tombait depuis minuit jusqu'après le lever du soleil , des fenêtres de Canongate et de la plupart des autres quartiers d'Edimbourg, n'était guère moins dangereuse que les boulets lancés au hasard sur le cliarop de bataille.

La noblesse, à celte époque, se contentait d'habiter des édifices solidement construits en pierres dans des cours , des allées^et des rues étroites dont l'accès était difficile ^ et dont la

* Nom qui signifie littéralement /a fUille en fumée, ** Nom latin d'Edimbourg.

saleté était inexprimable. Des bàtimens situés dans des passages étroits et obscurs ofîraient des salles de bal dans leurs profondeurs souterraines, et s'élevaient ayçc orgueil jusqu'à un seizième étage. La bibliothèque de ce corps In-^ mineux , les avocats , ressemblait à une lanterne sourde , et la justice se rendait au milieu des ténèbres. Le cothurne et le brodequin figuraient sur de misérables tréteaux , et le nom d'un barde immortel, de Shakespeare^ décorait une place où se tenait un marché de bestiaux , et dont la malpropreté excédait encore , s'il est possible, celle àes autres quartiers de la ville.

Aujoiurd'hui, une salle de spectacle élégante et spacieuse s'élève dans un quartier bien aéré , et l'entrée de la métropole de la Calédonie annonce un peuple éclairé , industrieux , et dans une situation prospère. La nouvelle ville étend ses bras avec grâce de cp cAté , de manière à y faire un vrai rus in urbe , et à éclipser l'ancienne , qu'elle laisse dans l'ombre et les brouillards. Les vapeurs qu'exhalait Âuld Reekie se sont ainsi évanouies , comme dissipées par les rayons d'un soleil bienfaisant , et il ne reste que les quartiers

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de CaBongate, de TAbbaye et de Nor-.Lock pour en célébrer Taiitiqttité et en propager la durée. Les boutiques qu^on voit sur les ponts et daus la nouvelle ville le disputent k celles de Londres , et, sans la sonnette qu'agite le marchand de pâtés à un sou , à la grande terreur des chiens et à la honte des hommes * , un passant pourrait se croire dans Pall-Mall ou dans Boad*^ Street. Le collège d'Edimbourg élève aussi sa tête majestueuse , et réfute victmeusement le reproche qu'on lui a fait si long-tems de ne contenir qu^orgueil , vide et pauvreté ; les professeurs y demeurent actuellement, et en remplissent le vide avec dignité et d'une manière utile , non-seulement pour la nation , mais pour le monde oitier.

L'honnête vieille ville n'est pourtant pas encore arrivée au même point de civilisation que Londres. Elle n'offre pas une élégante retraité à ces gens trop libéraux qui , ayant vu le fond de leur bourse et usé leur crédit, sont obligés de chercher nn refage temporaire dan^^ ce qu'on

* On prétend qu^ils sont faits de chair de chien , ou du moins de cheval.

appelle les règles d*une prison ♦. Ils n'ont pas la faculté de se choisir un logement dans un certain nombre de rues voisines remplies de tavernes , de salles de billard , de cabinets de lecture , de boutiques et d'appartemens garnis , oà les dissipateurs et les escrocs trouvent tout ce qui peut leur être utile et agréable. Ils ne peuvent ni parcourir toute la ville , montés sur un beau cheval et suivis par un domestique , avec un sauf-cou^ duit pour toute la journée dans leur poche , ni se rendre à une course de chevaux ou à un combat de boxeurs , à la charge de revenir le soir dans les règles de la prison. Lorsque Sandy** a fait des dettes , et quMî est forcé à habiter les environs de Pancicn palais. d'Holyrood , il faut qu'il se contente d'une humble habitation et d'une promenade dans ce qu'on appelle le Parc

* Un homme emprisonné pour dettes à Londres , en donnant au concierge de la prison une garantie quMI se représentera, obtient la liberté de loger dans certaines rues adjacentes, qui forment ce qu'on appelle ies règles de la prison , mais dont W ne lui est pas permis.de sortir , à moins qu*il n^obtienne un sauf -conduit pour une journée.

** Nom sous lequel on désigne en général les Ecossais.

du roi , dont la solitude peut serrir d^emblème à celle qui règne dans sa bourse. Mais ce quartier même ^ubit d'heureux changemens , et Ton ne saurait dire jusqu'où ils ircmt.

Cependant , sous un autre point dé yue , les lois d'Ecosse sont plus favorables au débiteur que celles d'Angleterre ; car il peut , après trente jours d'emprisonnement , ou après soixante , s'il s'agit d'affaires commerciales , obtenir sa mise 'en liberté au moyen d'une cessio bonorum au profit de ses créanciers , ce qui est un reste des anciennes lois romaines.

On a si souvent parlé de la ressemblance qu'on a découverte entre Athènes et la métro-* pôle de l'Ecosse 9 qu'il est inutile d'appuyer sur ce sujet. Elle a pourtant un grand avantage sur cette fière cité, ce Londres bien plus moderne, en ce qu'il se trouve , soit entre les habitans , soit parmi ces étrangers qu'elle attire , un nombre de Grecs beaucoup moins considérable. Ces messieurs trouvent le climat trop froid pour leurs opérations ; la main de Sandy ne s'ouvre pas si facilement en faveur de ces déprédateurs tolérés que celle plus flexible des habitans des villes si-^ tuées sous un climat plus chaud. Cependant la

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concentration des talens et des sciences sur ce point septentrional donne une apparence de ja$> tesse au parallèle dont je viens de parier ; ejfc quand une comparaison semble boiter, le génie et rimagination font des efforts pour la faire inarc)ier droit

Les progrès qu^ont faits en Ecosse les Grâces et les Muses , aidées par les arts et les sciences i

puissamment secondées par la douce voix des bardes, et notamment du chantre des Plaisirs de l'Espérance , et fortifiées par la plume de la satire et le mordant de la critique , ne pouvaient manquer de mettre à la mode TËcosse et sa capitale ; aussi la rage d^imitation a été si rapide en général , que rien sur le théâtre , dans les romans , et dans le cojstume ne peut plaire en Angleterre s'il nVst revêtu d'un coloris écossais. Ce coloris sied surtout au monde créé par Pimagination, car Taigle, le rocher, la cataracte, la bruyère , la cornemuse , le guerrier gravissant les montagnes , Thumble berger portant encore le costume des Celtes, forment les principaux élëmens du rcfftantique et du pittoresque.

Vers la fin de la dernière guerre , lorsque le continent était fermé k la Grande-Bretagne, la

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capitale de T Ecosse était un aimant qui attirait les jeunes nobles d'Angleterre, et l'intérêt qu'elle leur offrait, Tinstruction qu'ils y recueillaient, les ptaisirs qu'ils y trouvaient , la santé que leur procurait une courte excursion sur les bords des lacs et dans les lies, faisaient qu'ils n'avaient pas à se repentir de leur voyage. En hiver , ils pouvaient y jouir d'un degré modéré de dissipation , et si le voyageur aimait le vin et la danse , il pouvait boire et sauter jusqu'à se donner la fièvre ; car tout porteur d'une lettre de recommandation était reçu avec la plus grande hospitalité , et il ne manquait ni d'amis de la bouteille , ni de belles instruites dans l'art de Terpsichore.

On accuse Sandy d'aimer trop à voyager, et l'on fait le même reproche à son voism Pat *. Leurs vues sont les mêmes quand ils quittent leur patrie : c'est d'améliorer leur condition ; aussi trouve-t-on des émigrés d'Ecosse et d'Irlande dans les quatre parties du monde. Mais Sandy cherche à s'assurer une fortune pour retourner en jouir chês lui , tandis que Pat semble

* Nom sous lequel on désigne ge'néralement les Irlandais.

lO EDIMBOURG.

enchaîné où il Ta acquise , et trouve de la difirculte à revocare graduai.

Dans ses voyages en France , Sandy est conduit par rintérêt plutôt que par la curiosité. H veut donner à ses filles un certain vernis , réparer ses finances , importer chez lui des imitations étrangères, et pouvoir raconter à ses voisins rhistoire de ses voyages. Là , ses enfans apprennent à danser des contredanses et des valses, qui font ensuite rougir leurs tantes et leurs aïeules ; ils apprennent à bégayer le français, et prennent une tournure française qu^ils greffent assez maladroitement sur leur modestie naturelle. Les miss Muckleman et Macdash en reviennent avec une parure plus élégante ; mais il n^est pas clair qu^elles en soient plus séduisantes. Mistress Macgregor en ramène sa cuisinière Jessy plus habile dans Tart de déguiser, sous différentes formes, la volaille et la viande de boucherie. Le banquier Moneytrap, TavocatLangclack et le poète Y. S. , ^ leur retour, ne traitent plus leurs amis avec force Madère et Porto; mais ils leur font goûter des vins de Bourgogne et de Champagne , de Lafitte et de THermitage , substituant ainsi la qualité à la quantité , et couvrant

EDIMBOURG. Il

ce déficit en faisant pincer de la harpe à leurs filles y ou en leur faisant chanter un air du Chaperon AoEf^i^. Quiconque a mis les pieds à Calais ou à Boulogne , s'érige en arbitre du goût. La discrétion nationale est hors de sa latitude, dans le pas de Zéphyr, et elle sort de sa sphère, et risque de se compromettre dans la collision de la valse. Sandy est un vis-à-vis un peu lourd dans une figure firançaise , et il le paratt encore davantage quand il est en face d'une figurante de la même nation. Peut- être donc a-t-il tort d'abandonner le strathspey ^ pour la contredanse. Mais cela nous conduit à la comparaison de l'ancien et du nouveau style, ce dont nous nous occuperons dans l'article suivant.

* Danse écossaise.

1 2 l'ancien et le nouyeâu style.

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