‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 4 sur 56 · L'ANCIEN · texte numérisé non relu

L'ANCIEN

et. LE NOUVEAU STYLE.

LAjprudesce, la précaution, la prévoyance et récoBoniîe smt des qualité» qui appartiernieat décidément ans; Ecossais qni habitent les plaines. Le caractère et les habiliides des moiitagntfds les y rendaient autrefois étrangers; mais ils les ont acqubes tant par les relatbns fréquentes quMb ont avec les premiers que par suite de la méfiance que ceux-ci leur inspirent. D'une autre part , ceux qui habitent ce qu'on appelle les bassis ferres nourrissent un sentiment d'inimitié contre ceux de leurs concitoyens qui yivent sur les rochers et les montagnes , et ils les placent très-bas sur l'échelle de leur estime.

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Ce sont les qualités dont je viens de parier qui font donner à Sandy Tëpithète de bon bouleux j tandis qn^rni devrait reconnaître en lui une patience persévérante, une diligence fidèle , une fierté honorable qui porte les bommes nés sans fortune à chercber à en acquérir par une honorable industrie. On remarque pourtant en TEcossais une lenteur qui est cbez lui un caractère national , et qui , en le mettant en garde contre les méprises, la témérité et Tinconsidération i l'empêche aussi dese livrer à ses premières impressions.

Cette lenteur était p\us remarquable antrefois qu*aujourd'hui ; mais on en trouve encore des restes dans toute TEcosse, et même dans la capitale , malgré les progrès rapides qu'elle a faits vers de nouvelles moeurs ; et je ne puis y songer sans un respect qui tient presque à la superstition. On n'y adopte pas même une nouvelle mode sans réflexion. On y a conservé long-tems la queue et la poudre , et il y avait entre les têtes poudrées et celles à la Brutus presque le même esprit de parti qui divisait autrefois les têtes rondes des cavaliers. Le chapeau à cornes

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triomphait encore à Edimbourg après avoir été abandonné partout ailleurs ; inhumain et charitable docteur Hamilton le conserva jusqu'au dernier jour de sa vie , et je crois encore voir le digne M. Wood , le dos plié comme im arc , avec son chapeau à trois cornes et son costume antique ; et le respectable sir William Forber avec son habit carré , ses cheveux gris noués en catogan, et couverts de tant de poudre qu'au moindre coup de vent il se trouvait comme au milieu d'un brouillard. Il y a long-tems qu'ils ont disparu de nos cercles , et le pauvre s'en aperçoit ; ils passeraient maintenant pour des originaux ; mais il serait à désirer qu'on rencontrât plus de copies , sinon de leur, mise aatique , du moins de leurs qualités morales.

L'oracle d'High-Street, dont la personne était aussi remarquable que la boutique , était un exr cellent échantillon de l'ancienne école. Mais, au^ lieu du bibliopole en perruque poudrée, enveate à pans et en habit carré, on voit aujourd'hui des petits-maitres libraires et des merveilleux bouquinistes.

Le spencer, heureusement passé de mode de^

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puis plusieurs aimées, n a été adopté à Edimbourg que loug-tems après qu'il était en usage général à Londres, et je me rappelle que Tépouse vénérable d'un lord des sessions * appelait ce vêtement un habit de singe. C'était un costume absurde, et qu'on n'aurait jamais dû adopter que pour mcmter à cheval , les pans d'une redingote étant alors un grand inconvénient. Il devenait moins ridicule quand il était pareil à l'habit ; mais le sot imitateur avait toujours soin de choisir une couleur différente , de crainte que sa folie ne fût pas assez manifeste.

Tel était Vancien style. Le nouveau n'a ni plus de dignité, ni plus de noblesse ; car on a adopté le costume et les manières dû cocher.

Cependant le nombre de ceux qui suivent cette mode n'est pas très-considérable à Edimbourg, d'abord parce que l'extravagance est une plante dont la croissance est arrêtée en Ecosse par la prudence , et ensuite parce que Sandy consulte deux fois la balance des registres de son banquier avant de les charger du prix d'un compte de chevaux fringans ou d'une voiture élégante ,

* Un juge.

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et même de celai d'une redingole de cocher et d'une caricature de chapeau*

Autrefois on se faisait généralement un mérite de boire beaucoup , et Ton déguisait ce défaut sous le nom à'hospitaUlé et de ginérosiié. Les convives, assis autour d'une table au coucher du soleil, s'y retrouvaient fréquenunent encore à son lever ; et tandis que les jeunes gens dansaient un ri0^^/* dans le salon, leshommesmûrs sacrifiaient à Bacchus dans ta salle à manger.

Aujourd'hui la société commence à avoir la vogue ; mais d'autres abus ont succédé aux anciens. On entend des jeunes gens imberbes parler de leurs intrigues et de leurs ccfnquétes; on les voit afficher des manières étrangères et vouloir se donner un air de dissipation. Au lien de vider quelques bouteilles après le dtner, on se vide la poche à la bouillotte ou à l'écarté, tandis que les sons attrayans de la harpe captivent l'oreille , et que les attitudes séduisantes de la valse amollissent les cœurs et disposent les esprits faibles à donner dans toutes les erreurs des climats plus chauds. Quelques demoiselles ma-^

* Danse écossaise.

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nient même les castagnettes avec beaucoup de dextérité , et celles dont la voix faisait entendre si ^gréableipent Iqs chansons {écossaises de Burns ont rimpmdence de cbantcr les douces mélodies de Moore , et massacrent des airs de bravoure italiens , quoique la natufe lenr ait refusé les moyens d'exécutiou.

(l'honnête maître Dundas, et un certain lord d^s sessions, mort depuis peu , étaient du nom^ bre de nos derniers buveurs déterminés. On trouve maintenant fort peu de personnes qui passent la nuit à table

« Tout en TÎdant leurs Terres , » Comme faisaient Q05 pères ; »

et Ton ne voit plus , comme il y a beaucoupmoins de cinquante aiB , un digne duc s Wivrer avec les baillis , donner un stimulant à sa Joyauté par le jus de la grap^^. On ne trouve plus qu'ennui danS' les dînera publics , et Ton n^y va que par rontine , c^mme un enfant fait ses prières , on par crainte de s'eitposer à la censure du gonvemenent. Les toasts et les airs qui les accompagnaieni commencent à passer de mode ; et un

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jeuBe clerc aime mieux entendre « Portrait charmant, » ou « C'estramour, Tamour, Famour, »

que de répéter le refrain d'un air national. Espérons pourtant que « God saçe the King » et » Rule Britannia » conserveront long-tems leur place dans la société.

La danse a éprouvé une révolution comme le ebant. Combien de tems n'avons-nous pas vu le grotesque M. Strange faire voltiger ses légions dans le menuet et dans la danse montagnarde , qui demandait de l'agilité , et qui n'était pas sans grâce ! Combien de cœurs maternels battaient vivement quand Bell ou EUen étaient sur le point d'y figurer ! Comme on faisait foule autour des danseuses pour les admirer! Aujourd'hui, si elles osaient paraître dans de semblables danses , elles resteraient dans un désert.

Jadis , la délicatesse des mères faisait qu^au lieu.de donner à leurs filles un maître de ballets étrangers, elles choisissaient pour leur apprendre à danser une personne de leur sexe , des mains de laquelle on voyait quelquefois sortir de trèsbonnes écolières. Comment les jeunes pers(Mmes qui prennent les leçons de l'école italienne et

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française sortiront-elles des mains de leurs maîtres? C'est ce que le tems seul pourra dëcidet.

On a vu dans l'ancien tems des épouses et des mères qui n'avaient jamais quitté leur patrie, et dont les vertus vivent encore dans le souvenir de leur postérité. Jamais leurs noms ne s^étaient lus dans la chronique scandaleuse ; jamais elles n'avaient donné lieu au moindre bruit qui pût souiller l'honneur de leur famille. Celles qui vont maintenant "passer des mois et des aimées .sur le continent, en reviendront -elles avec la modestie , la retenue et toutes les vertus domestiques qu'elles y portent? c'est ce que je désire de tout mon cœur, mais ce désir n'est pas sans mélange de crainte.

Autrefois la facilité était en Ecosse une plante dont la croissance était forcée, et elle y est encore exotique aujourd'hui. Nos petits-maîtres n'avaient qu'une demi -éducation, et tout au plus un tiers de poli ; ils criaient en parlant , étaient pleins de présomption , et ne doutaient de rien ; enfin ils n'avaient pour les recommander que leur confiance en eux-mêmes , si cette qualité peut passer pour un avantage. Que cette

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classe de peHts-maltres ait ét^ reii^>lacëe par une antre , c'est ce qui ne peut être un sujet de regrets.

Les dames ëcossaises , à ]a même époque , avaient l'étrange habitude d'appeler leurs maris • mon homme •> , comme s'ils étaient pins hommes que ceux d'à présent , ou comme si le pronom possessif leur donnait sur eux nn droit exclusif. Celte manière de parler est hors d'nsage aujourd'hui ; mais quelle en est la raison ? c'est ce que je laisse à mes lecteurs le soin de chercher.

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