I^ES PROFESSIONS SAVANTES
nous y vtnies deux plaideurs en guenilles , dont Tun semblait rongé par la famine, et l'autre à demi mort d'inanition. Les juges étaient aux opinions, et tous deux semblaient attendre avec la plus vive impatience la décision à intervenir; elle fut enfin prononcée : et la joie brilla dans les regards de Tun , tandis que l'autre semblait ail désespoir. Son procureur lui dît quelques mots à l'oreille , et Fespérance reparut dans &es yeux; il venait d'apprendre que la voie d'appel lui était encore ouverte , qu'il pouvait recommencer une guerre civile qui avait déjà duré plusieurs années. C'était ce qu'on pouvait appeler un excellent procès ; les deux parties l'avaient soutenu avec une ardeur qui devait le leur rendre cher dans tous les sens , et c'était une espèce de rente pour les conseils du demandeur et du défendeur.
La cour leva sa séance , et Tavocat Moneygain sortit en tenant sous le bras M. A d journer, son antagoniste.
ce Vous seriez-vous attendu un instant , dit celui-ci à son confrère, à gagner la cause que vous venez de plaider si éloquemment?
n — Certainement non , répondit l'honnête
LES PROFESSIONS SATAKTES. 25
Moneygain; mais je me suis arrangé de manière qnc les juges auraient été bien embarrassés pour décider de quel c6té était le bon droit. »
11^ se donuèr^iit la main , et se séparèrent. « Que le ciel me préserve de me trouver ja> mais en contact avec les lois et leurs ministres ! • m^éciiai-'je ; et cependant je dinai le même jour avec une douzaine de suppôts de Thémis, et de ma vie je ne me suis trouvé en compagnie plus agréable. Dans le fait /ils composent les trois quarts de la société à Edimbourg, depuis le lord des sessions jusqu^au greffier au sceau, et si Ton distingue Tindividu de Thomme de loi , on ne peut voir des êtres plus estimables. Je me rappelle qu^un avocat qui me faisait voir sa maison de campagne , qu'il appelait sa maison de plaisance, et.un cbamp auquel il donnait le nom de parc, me dit francbement et loyalement que, pour de Targent , il plaidait telle cause qu'on voulût lui confier; et cependant, dans toute sa vie privée , comme époux , comme père , comme ami , comme voisin , comme maître , comme homme , il était tout ce qu'on pouvait désirer \ mais , comme avocat , il aurait disputé sur la ]pointe d'une aiguille; et, comme il le disait lui- 1. a
«6 LES PROFESSIONS SAYÀKTES.
même Y quand il plaidait, il ne sUnquiëtait de rien , ne connaissait personne ^ ne songeait qu'à tirer parti de l'affaire dont il était chargé , et ^la hérissait de tontes les difficultés que Fesprit de chicane pouvait lui suggérer. Telle est la ^pratiqup du barreau. Il en est des procès comme des jeunes filles le jour de leur mariage ; ils prometteut merveille, mais il faut attendre pour en juger.
L'art de guérir n'offre pas moins d'intérêt personnel , de charlatanisme , de corruption, de duplicité et d'effet théâtral, car tous les hommes sont acteurs. Mais la médecine aura son article séparé, comme la théologie. Ces trois professions jpcçûpent un rang éminent dans ]a société , et exigent de ceux qui s'occupent de nos intérêts civils , de uotre santé et du salut de notre ame , de plus grands talcns , et des principes plus sûrs que n'en a ordinairemient le commun des hommes , et surtout une incorruptibilité à toute épreuve. C'est donc la pratique.de ces trois professions qui fournit un sujet à jnes observations, car la théorie de chacune d'elles est sublime.
Les fonctions de l'homme de loi et du mëdeçifï doivent avoir pour base la justice et la vë-