N** IV
Bu entrant dam k ntonfla y.on en est eBÎft^« Au pins frÎTole accaril on se croit.aHor^; On prend pour des amis de simples connnissniioes f ,Eh! que de repentirs suivent ces imprudences ! GA«ssBT»'/«Jf/cA<in/^ act.IV, se. 4.
SouTBKT , au Théâtre-Français, le jour d^une première représentation, on voit s^insinuer moet leusement dans les banquettes un retardataire qin cherche une moitié de place, où, s^il le pent , il s'asseoiera tout entier. Chacun redoute ce nouveau venu ; on affecte dMlargir les rangs pour lui ôter tout espoir; le pauvre diable >, afnrès miQe efforts inutiles , se décourage et régale tristemeni la porte au bruit des éclats de rire et des huées du parterre : tant il est vrai
que les heureux sont sans pitié pour les délaissés de la fortune.
Le parterre , c'est une colonie française dans Tétranger; celui qui ch/îrche un bout de banquette, c'est un Français nouveau débarqué ; chacun, voit en lui un rival , un concurrent , un usurpateur. On s'entend comme aii théâtre ; on fait tout au monde pour lui donner du découra^ «gement et des préventions contre le pays; on veut deviner le but de son voyage , et rien n^cst plus comique que toutes ces curiosités s'agjtant autour de lui. . .
J'ai suivi rigoureusement mon ^lan de campagne ; ma sauvagerie a duré trente ).ours ; ce n'est pas trop. Maïs après avoir beaucoup vu , j'éprouvai enfn le besoin de questionner, de lire les journaux , de louer des livres, enfin, de rentrer dans les rapports habituels : je secouai légèrement l'incognito. En. attendant les relations avec le grand monde, fallait-il bien préluder à la connaissance du pays.
Mes premières galeries furent les cafés , les magasins de librairie et les restaurateurs: Chez nous , rarement on aborde un visage inconnu ; mais dans une colonie placée à4iuit cents lieues
DÉBUTS ET RENGONTEE. 89
de France , il règne une sorte de fausse fratefmtë qui autorise le ton familier et les questions indiscrètes. Si le compatriote qu on place sur la; sellette ne dit pas franchement : « Je fuis dans ks rins^ dans les objets de fantaisie ou autres , » tous les colons sont en rumeur. Chacun se demande avec in^iétude quel est ce fantôme enveloppé de mystère? que fera-t-il? que demande-t-il ? Notre nation est encore si peu . voyageuse , qu'on ne suppose jamais qu'un Français vienne ici uniquement pour admirer Pëtersbourg. Très-contrarié d'être à mon tour le but de tant de commérages^ je résolus de tirer parti de cette position pour égayer mon début; Je me prêtai avec bonhomie à toutes le$ insimiations qui ' provoquaient une confidence;, î^avàis peu de mérite à garder mon secret , sachant moins que personne ce que je venais faire dans celte ville. - : ~ '
« £h bien! vous voilà donc des nôtres? me dit très-cavalièrement un tailleur assez renommé. — Oui', Monsieur, je suis à Pétersbourg. -^ Il fait encore assez doux; mais patience, vous en verrez de grises; trente degrés au dessous de glace ! pas davantage. Ah ! éP^fiit un diable de
4o DEBUTS ET RENCOVTB?:.
pays pour le froid et pour bien d'autres choses. Dans six semaines les foiurares ; mak avec trois mille roubles vous en serez quitte; c'est une bagatelle. -^ A propos. 9 répHqua un lourd marchand de nouveautés , si vous ayez la poitrine djélicate, pascari^\ décampez ; c'est un conseil d'ami. Nous enterrâmes j;Jus de quinze Français rhiver dernier ; ici on est expédié en vingt- . quatre heures : la mort ne fait pas de façons dans cet impitoyable climart. — ^Monsieur, vous êtes bien honnête , je prendrai mes précautions* — Monsieur, me dit un parfumeur très-bavard^ vous vous donnerez sans doute la voiture à quatre chevaux? — Moi! je me propose d^aller à pied. -7- Â pied ! tiens , il est bon là ; on voit bien que vous ne connaissez pas le terrain ; les quatre chevaux sont de rigueur pour être bien reçu chez les excellences du Nord.. — Vous m' étonnez; estrrce qu'on monte dans les salons avec sa voiture ?- L'égalité ne commence t-elle pas au pied de l'escalier? — Boi|! Tégalité l vous parlez comme un hçmme revenant d'un pajrs à Charte, Vous ignorez donc qu^ici ils
* Mot russe qii»tftit dire i^iU,
ont Une constitution absolue absùtunUnt ? -^ Raison de plus pour ne pas redouter les grands. -^'Monsieur ne sait peut-être pas, répliqua* d^un ton fo^t doux un jeune commis de bureau , qu'en Russie les rangs se composent de quatorze classes? Je pub en parler avec certitude^ pubque j'ai Thonheur d'appartenir à la treizième. — Eli bien! moi , Monsieur, je ne serai d'aucune , et voilà justement pourquoi les pn-' mières me rechercheront. — Monsieur, repiif un pédant qui avalait sa tasse de café , )e ne cherche point à pénétrer vos projets; Dieu me garde de cette indiscrétion ; nuais je dms vou$ ap-^ prendre que les places de gouverneurs ne aont pas^ si brillantes ni si lucratives qu'autrefois ; d'ail-' l^rs , 09 ne veut plus que des Subses , et vous n'avez pas rair4'un Subse. Il y a trente ans qu'en! donnait trob mille roubles d'appointement (ce. qni faisait douze mille francs, de notre monnaie ) ;• on pouvait vivre , et encore n'exigejait-on pas le latin , science inuiik , puisque c'est une langue morte. — Monsieur, j'ai Tfaonneur de vous assurer qu'ici je ne veux gouverner que moimême. — Ah! tous êtes peut-être un maitre d'arm6$? ma foi je vonsfilaina ; le dernier venu
4^ DIÉBUTS El» RENCONTRE*
a beau s'escrimer, il ne fait rien/ » Mon discret gouverneur devenant trop pressant , je le tirai à part, et affectant im ton mystérieux : « On ne peut rien vous cacher, Blonsienr ; isachez âdnc que je vais ouvrir une chaire de langue iroquoise. Quoique très -vivante, cette langue, peu Connue, me met à Tabrides concurrens. » A ces mots, je payai le garçon, et je fus chez un libraire. Là, je m'informai de Tétat actuel de la librairie ; j'ouvris quelques volumes^ et fis des ob^ setvations sur les caractères, le papier, etc., etc. Mon homme pâlit de crainte en m'écoutant. « Ah! Monsieur, dit-il, d'un ton pénétré, od Ae lit plus en Russie depuis cette maudite année 1812. Je ne fais venir les nouveaux ouvrages que par cinq exemplaires, et encore!.... L^ croiriez -vous? depuis' trois jours je n'ai rien *vendu, et la boutique de mon voisin , qui fait des pâtés et des brioches , ne désemplit point. » Pendant que nous causions, un ^ Monsieur, que je connaissais pour dentiste , m'examinait avec anxiété ; tant mieux, me dis-je', le charme opère. Je-l'aborde avec le ton familier ^d'un con-. frère : « Monsieur, dis-je à demi* voix , l'état va-t-il rondement sur les bords de la Neva? le
OBBIITS ET RS!SGQKTft]& 4^
vent de mer n^y gâte riea sans douté? et j'ac* compagnai cette question d'un geste q«i le fit tressaillir ; il répondit ausÂtdt : — Ah I Mon* sieur y c'est le plus vilain petit coin du monde pour les dents ; personne n'en a , et personne
n'en demande. — Je croyais cependant qae
'— Vous avez tort de croire. Sous les règnes précédéns, c'était autre chose ; jn»' dentiste cé*lèbre marchait de pair avec ce qu'il y avait de grands; mais au)ourd^*hui on ne songe à nous que lorsqu'on souffre i les égards disparabsent avec la douleur. Sous l'immortelle Catherine 5 une dent arrachée se payait vingt-cinq roubles , synonyme de cent francs ; c'était par£Mià On nous donne bien toujours le billet blanc , mais il ne vaut plus que le quart ; qu^e mesquinerie! Seriez-vous? — Monsieur, franchement , je ne le sais point , et croyes qu'à la première rage — Ah \ Monsieur, je reste bien
parfaitement votre serviteur; comme compatriote vous ne paieriez que moitié ; ce sont de ces égards qu'on se doit. Au surplus , il ne faut .rien outl^r ; ce pays a du bon. 9e ne suis poiAt de ces gens qui se plaignent sans cesse; je ne vais jamais à pied , je déjeune et diné très-con-
44 DEBUTS ET EEMOONTRE.
veBablemeBt, et, avec cela, je mets chaqae année vingt mille roubles chez mon banquier : ce n^est pas une forte somme; mais il faut s^ac- Gommodér au tems. Encore cinq, ou six hivers , et je salue la compagnie pour me rétirer dans ma province, qui est la Touraine« Une fois là, je n^arracherai des dents que pour &ire plaisir à mes amis. » »
Tels furent mes premiers essais dans les tstppcffts sociaux ; ils ont leur cAté burlesque. Dé» voyageurs susceptibles s* en offenseraient ; je leirt conseille donc , s'ils viennent en ee pays , de décliner leurs titres et qualités , et surtout d'indîque^à demi le but de leur course ; autrement l'on risque de mettre toutes les tètes en émoi. Etes- vous diplomate , officier des voies et com-r mmiicafions *, banquier, marchand. de pariici* pes, coiffeur ou cuisinier, dites-le de prime abord , ou résignez-vous à payer, par les ques-^ tionis.et les railleries importunes dont vous serez victime , les frais de la bien-venue.
J'étais à moitié satisfait de cet apprentbsage.
♦ C'est le nom qu\)n donne en Russie à Padmfnist ration des ponts^t- chvussëe« « qui est militaire.
B^BtiTS £T RINCOKTAE. 4^
La patience toute philosophique avec laquelle )e Tavais supporté fut de nouveau mise à Tëpreuve, mais sur un théâtre plus pompeux. Le comte de Laval venait de m^adresser une invitation pour aller diner à ^«campagne, située dans une des (les dé la petite Neva. J'y fus mené, avec d'autres conviés, par deux rameurs vi**goureiix qui mirent une heure à Caiira le trajet. Méanmoms cette campagne est dans l'enclave de Pëter^ourg ; cette patttcuiarité doit donner u]|e idée de l'étendue de la ville.
A six heiures on se mit à table ; nous éti(ms , je crois, une vingtaine de convives. Après le potage, je voulus examiner les figures qui m'en-, tduraient , lorsque, à mon grand étonnement , je me vis en face d'un personnage qui attachait sfir moi de sombres regards avec une affectation très-marquée. Croyant me tromper f je repris tranquillement mes fonction» gastnHiomiquea. Quelques instans après^ je jetai sur lui un coup-^ d'œil fîirtif, et je trouvai l'expression de sa figure encore plus hojtfile. Cela ne fit que croître durant tout le dhier , et , au dessert , il me parut ayotr les yeux hors de lal^te. « Allons, me dis-jie, voilà un charmant début, cela promet. Que me
veat cet homme que je n'ai jamais yu? Sans doute ma figure lui déplaît ; ma foi, nous serons à deux de jeu , car ia sienne me parait souverainement impertinente. On sait ou peut mener une antipathie aussi prononcée; pmVétre cet original vat>il m'adresser sa déclaration en sortant de ta* ble ; je suis Jout prêt à lui répondre. » Cela ne manqua point, et, par petitesse , je crus devoir faire la moitié du chemin : nous voilà en présence. « Monsieur, vous arrivez de Paris? — Oui, Monsieur. — Âh! Monsieur, permettez que je serre votre main dans les miennes ; s'il n'y avait pas tant de monde ici, je voudrais vous embrasser, vous presser contre mon sein ; ^out ce qui vient de France me &it bondir le cœur de joie et de douleur : vous ne me connaissez donc pas , Monsieur? — Non , Monsieur. — Parbleu ! je le vois bien; je suis Steibelt. — Ah! vraiment, Moasieur, vous me voyez à mon tour
charmé de vous connditre; votre célébrité
-^ Eh! qu'est ce que ma célébrité? je suis
venu l'étoufTer sous les glaces de ce pays ; mon camarade Ségur * me le disait bien , que je ne
* Stelbeit ^Youlaît désigner M. le vicomte de Ségur , son collaborateur dans Popéra de Roméo et Juliette.
DEBUTS ET rencontre; 4?
fejraisMJieii à rëfrj»n|^er ; dès que mes pieds ne toachèreUt plus le sol français, adieu mon génie. Maintenant , le croiriez-vous , Monsieur ? maintenant... je cours Le cachet. » A ces mots , yoili le pauvre Steibelt dont les yeux se rempU^ent de grosses larmes. Mon embarras fut extrême ; mais il suspendit bientôt, ses pleurs piour continuer ses doléances. « Monsieur, quelle déplorable existence pour un compositeur ! Le moyen d'avoir une seule idée musicale , un moment de fougue et de verve lorsque , pendant tout le jour , je m'escrime à faire marcher une quarantaine de petits doigts bien roides sur un clavier (ici un grand éclat de rire)! Eh bien! j'oublie tout cela quand je trouve quelqu'un qui vient de là-bas; cela me rafraîchit le sang. Je n'ai ^ pas Até les yeux de dessus vous pendant tout le' dtner. •— Mais,- je m'en suis aperçu , et je croyais..... — Quant à mon feu de cmnpositi<m, il est complètement éteint; maintenant, je ferais chanter ma belle Juliette comme une couturière, et Roméo, lejandre , le jaloux Roméo , comme un Savoyard ! Ces gtns^ci me paient .très-bien, et me do^enl dç bon&^diners; mais i nous autres artistea^ il nous lattt.<le la gloire ,
48 DëBUTS et REetCOîlYRE.
et ce n*ê$t pas cliez eux qu'on en obtient ; Ils sont d'nn froid plus mortel que celui des glaces delà Neva; ils n*ont aucun soupçon du feu sacré! Et le génie musical ne veut-il pas quelque chose de mieux que l'argent P Trois^ mille personnes faisant résonner leurs ^â//oiV^ dans une salle immense , et trépignant de plaisir à la pre^ mière représentation d'un opéra. , voilà la monnaie qui paie un musicien. Mais des leçonsl un Steibelt des leçons!!! c'est une honte. Ségor me l'avait/ annoncé ; j'irai bientôt le rejoindre , et «ans trop de délai. » Je rends ici mot à mot cette singulière conversation, dans laquelle l'artiste m^offrait un contraste inexplicable. 'Sa gattë , presque insensée, ne pouvait dissiper la hoirceor de ses iSées. Ce mélange de sensations qui semblaient se combattre ajoutait à mon étonnemçnt. J'allais même risquer cette demande : « De quel oSil, àurais<je dit au malheureux Steibelt, de qnel cdl envisagez-vous donc les gens que vous n'^iimez pas , lorsque vos regards sont si farouches pour ceux qui vous plaisent? » mai^ des flots de visites nous séparèrent. Bientôt j'entendis une de ses élètes , dont le talent sur le piano et les hrillantes improvisations sont des plus remar--
DBUJTS sEV ^£!fGONTRE. 49
qttables. Steibelt s'éclipsa après le mprceaar&irmant^ cojmme pour échapper à la gloire du cachet. .
Trois ans après cette rencontre, la mort réalisa les pressentimens de Steibelt ; cet artiste célèbre succomba sous i^ poids d'un découragement moral et sous celui de passions trop vives qu'il ne sut point réprimer. Un physique robuste ne put résister à ces deux. causes de dépérissement. II avait, comme compositeur , un beau point de départ ; mais le regret de ne ' pas suivre une carrière brillante , et son élpignement de la France , le firent tomber dans un genr^ d'existenc^e qui devait hâter sa fin. Lors de sa sépulture , des musiciens , cachés derrière un fourré d arbres, exécutèrent les morceaux les plus tendres de Roméo et Juliette j^i du Jugement de Midas , opéra non terminé, où Steibelt avait refait Grétry. Je ne sais ; mais , quelle que soit la religion qu'on professe , des chants d'amour sur une tombe me paraissent une dissonance auftsi affligeante pour Toreille que pour la morale publique.' «
5q l^ THlRMOMETaS..
LE THERMOMETRE.
Là rcgnc Phiver ; satêic est'couverte de cheveux blanc»; des vapeurs congelées ferment son diadj^me ; son trône offre l'aspect (J'une montagne d'e diamant; là iôusJes élémens paraissent inAnimés; l'air n'ose se mouwn^r; le fen n'ose brûler; les ondes sont captives et' muettes.
KMAASKorr y la lUssiad*^ trad. du général de Barain.c<
L'air de ce pays est tyès^sain,, il dédoi»fliage de sa dureté par sa pureté ; la preuve en est dans l'absence des mal^^dies contagieuses et endémiques , mêïne de celles qui , sana étce dangereuses pour la vie , attaquent toute un* population : comme la grippe , ^c.. , ete- La santé des étrangers se sôutijent peut-être mieux ici que dans des latitudes plus tempéjiéjss, mais aussi leurs traits s'altèrent plus vite , les cheveux se conservent moins et blanchissent plus
^ LE. THEftlKOMÈTaj:. il
tét^ enfin leur*figtiie weilil âTant lat vieiUissse ; le& femmes piar^'cnlièremeat sont plus< sujette» qoe les hommes '''.xinftuenees de lagrande Qurs€.
Uii diploipate me disait : « Dans. les couTsmérièionales, nous remarquionsi qu^ les.minis.(xes. qai ayaient sijaMicné long-tems én'Rassie, paraiâsaieflit*pliis> vieux que Jcnr âge. »> Cette dé^^ compositibn hitëe vient, de la sévérité du jqVl^ mat , de la chaleur extrême des appartemens , Ati manque d'exftrcicfi et, faut-ii bien le dire, des regrets de la. patrie; que de gens transplantés dans le NorA frémiraient de douleur s'ils entendaient subitemenil Imr mn& national l Jai vil un jeune homme., abstont de France de***» puis huit années, {deurer timt.à coup «n revoyant des échouais s«r une t^ble. ^
Il faut en convenir « c'est ub terrible ennemi qu'un froid soutenu dequinee à vingt de^és, et cependant s'djevât-il à vingi^einq et trente , comme cela arrive: daiis^ les hivers rigoureux , il ne pei^ vaincre ks personnes; armées de pied en ca^ contre ses hofttîlilés; maî&il a beau jeu avec les imprudens et les gens distraits. Rien de phi» rapide que ses eicécutions ; une transpiration arrêtée est mie sentence de mort; vainement on
52 LE THERMOMÈTHË.
appelle au tribunal delà faculté ',*eUeçe$te iulv-' puissante. La semaine derniète, un jeune hoMme' de vingt-deux ans, d'une robuste complacioii^ se rendit trop précipitamment à l'église catholique; il était en moiteur, le service. fut long; le malheureux se sentit saisi ; le suriendemaiii on le porta mort dans cette même ^gKse. LeSt immenses poêles , placés aux quatre coins de chaque paroisse , sdnt.d'un effet presque insénr sible dans les trop grands froids.
L'ivresse suivie clu^oihraeil dévient mortelle. Un cocher conduit ses maitres au théâtre ; enituyé d'une longue attente^ il va boire sa chère ^dka (eau-de-vie); revenu à soh poste, il s'endort; le valet de pied donne bientâtle signal du départ, mais les rênes ne s'agitent point ; on veut réveiller le cocher, ilest^jnort.
Une ordonnance de police défend les spectacles lorsque le froid s'élève à vingt degrés , mais souvent il est difficile de ]a suivre ; on arrive au théâtre avec dix ou douze 'degrés, et au bout d'ùfie heure le theimomètre en niarque vingt ou vingt- cinq.
On allume des feux sm: la place du Grand- Théâtre dans des enceintes couvertes du haut ,
Ll^ TH£RMOMÈTa£. 53
ouvertes sur les côtés, et garnies' de bancs circulaires ; c^est te refuge des domestiques pendant la représentation ; sembtaUe précaution est prise sur làf place da palais d^Hi^er pour les jours de cour. Ce sont probablement ces feux extérieurs qui donnèrent lieu à un écrivain distrait de dire avec assurance qu'il y avait des poêles dànstouteë les rues de la capitale. Il semblé que le dessein de plaire aux dépens de la vérité soit un terrible attrait pour les voyageurs ; cependant ce pays est assez curieux pour que la fiction soit moins piquante que la réalité.
L'immobilité en plein air offre aussi des dan^ fers ; jeconnais u&.seigneur russe dontle cocber entres jambes gelées sans s'être ni enivré, ni endormi; mais il resta sur soil- siège depuis dix beores jusqu'à deux heures du matin. Dans les grands froids, quelque maîtres ne sortent point; beaucoup d'autres ont rbnmanité de renvoyer leurs voitures, qu'on ramène plus tard.
n est aisé de concevoir à quel point les grands hivers sont redoutables pour les sentinelles , lorsque même dans nos citadelles de France, il arrive souvent des malheurs^, en 4820, on en
54 i«£ TfiïaMOJiiÈirJiE.
perdait ici, et à Cronstadt, pksîears ctiaque
huit.
Les atteintes du fr<nd s'«adresseôt d'abord aux parties saillantes du TÎsage ; ceux qui osÉt les mains libres peuvent les garatitîr ea ramenait U fourrure du collet jusqu'au })out du nez; nUis les marcfaanés p(»^tanf fardeau ^ les tlemestiitittes derrière les yoîtiires, comment font-ils? Ils souffrent , et leur nez gèle souvent.
C'est ici qu'il faudrait que les dames se servissent du nus(|«e vénitien; cetèe précaution «ooserverait leur teint et les garantirait de la tourfoènte : loin de là, eUè^ ne mettent pas même de capuchon ; je vois continuellem^it des femmes monter et descendre de voiture, entrer ii un bai, et en soi$ir la tète défendue par une^ guirlande de fleurs , par des ran^ de perles on de dia^ ^ans"; les étrangères sont plus sages.
J'allais iin jour, en nk>mbreiise société) entendre les chantres de la cour; j'étais dans la voiture du mmistre die Snède ; le fnoid s'élevait à vingt-cinq degrés; dans le court trajet d'un quart de werste, le chasseur dn mbnstre eut les joues gelées : au moyen d'une friction foit^
iiE f HXRMOllitlll^^ 55
avec ua teerd^au d'étoffe, ^m^iie en iTi^ottunt de neige la partie seiifiiante, on remet prompt tement le sang en drcalation, et la peau reprend sa cotileiir naturelle; le. mal s'annonce par une blanchenr livide ; on s'avertit réciproquement du danger avec ce seul cri: noss (nez). H n'est pas rare de voir deux personnes s^'aborder l'une disant à l'autre : ** Je vous préviens que votre nez se gèle. — J'allab vous dire que le yfttre est fêlé. *» Aliws on s'arrête, on se (rotte et l'on se quitte en s'adressant de grandes salutations ; car si le peuple russe n'esl pas le {dusr policé, il est très-certainement le plus pOli et le plus doux de l'Ënrope. Dms les premiers jours de décembre , un Italien arrive ici ; à ^a première sortie ,. il a le nez gelé ; un bon paysan s'en apengoit , saisit une poignée de neige 9 et, sans antre explication ^,. le voîlà barbouillant le visage du nouveau venu. Celui-ci prend ce service pour une insulte , se fâche , et repousse à grands coups de poing son généreux médecin; on s'attronpe, un exempt de police se présente, le mougîk se disculpe ; l'officier parlait français , tout s'explique* L'Italien se confond en excuses; il fait mieux, il donne k èillei
56 h £ ï H £ a M O Mi T Ri;.
bieu (cinq francs) au frotteur^qui, enhardi par ce bienfait , reprend son opëration. Bientôt Tltalien se retire tenant éfroifenient son nez ^ et en disant : « Bon Dieu! qui se douterait de cela à Florence *? »
* Uasoldat.de Rig» avertit offideusement |m. pas-* sant dont le nez étak gele'; celui-ci lui. donna le jorok copek ( huit sous de aotre monnaie). Le soldat, encouragé, rendit ce service à plusreui'is autres passans; et, comme il obtinVlëm^me succès / il .fiait par avei^iir tout le monde, même ceux dont le nez n'avait pas éprouvé les atteintes du froid: on ne voyait r[ue gens occupas à se barboOitier de neige.
La plupart des ét^s sont pluvieux. Catherine appelait Tclé dePétersbourg Vhh^rpert, Ce fcoid de la beJic^i^ son parait d'autant plus insoutenable, que les précautions ne sont plus là pour he conj^urcr. « Il fait bien froid aufourd*1iui , disais-je a un Busse, -i- C^est qtre nous allons vers l'été ^ » m^e répdiidît-il.
La même impératrice disait aussi : « Nous avons huii niois d hiver et quatre mois de mauvais tems. » Le froid est un grand sujet de conversation. En novembre , c'est tout simple ; mais quand la belle saison est humide, ce qui arrive fort souvent, on s'adresse beaucoup cette question : u Souffrer-vous dan& votre campagne t »
Jamais les poètes russes ne cl^ntèrent Les délires du coin du feu, parce que les auteurs n*ont point de cheminée; cette recherche ne se trouve guère que dans les grandes maiiom : le poêlé règne partout ailbeurs.
LE TBEBMOlItETREî S7
Les attemles du^fioid sont beaficoup plus dan'gereuses pour les parties dn coips recouvres par l'halnt, car l'avis officieux devient impossible ; il arrive songent qu'on prend Tannonce du mal ponr un engourdissement que la chaleur de ia chambre ou du lit fera disparaître. La fin.dé^ plorable de M. Pierscm /commis de la maison .*♦*•♦ , en est un terrible excÀiple .
Il avait été chargé de conduire ici une somme en or complétant l'emprunt fait parle goutemement. Sorti de France j avec iin tems superbe « il négligea les précautions; quand il traversa la Coinilande et le pays de Riga, il trouva la température encore assez douce, et probablement n'acheta ni fourrures, ni bottes ' doublées de laine* Apchs avoir dépassé Eét^al^ la'neige tomba si abondamment que les postillons perdirent la route, et versèrent dans un fossé : cet accident . ent lieu aux approches de la nuit et à une grande distance de la station. M. Pierson, ne voulant point abandonner le .trésor dont il répondait , dépécha les postillons pour obtenir du secours ; la ndge cessa , mais le froid s'éleva subitement à vingt degrés. Après trois heures d'une horri-
5$ E^-THïiaMOMËtraB.
ble atteqte, iespostiUoifô i^iviiirenliâiKeedesèt^iiimës et des icheTanx ; la i^fare liai r«tevée «I arriva lestement à la jposte* L^iiôte demanda avec inqniétode à M. Pieison si aucune des parties dû cotps n^ëtait gelée ^ il répondit que', grâce an mouresnént qu'il s'était^oimé dngslRia»t la voiture, le froid n'avait pu Patteindri^ L'aufacorr giste le crut d'autant mieux que le visage et les naàm étaient intacts; le voyageur se coucha rempli de sécurité. Sottrévell fat affreux : ph» de mouvement ; il appelle , lon déanivre ses jam^ beSy elles étaient livid«s et tachetées de noir. Pour éviter la gangrène, Tampntation devieiit indispensable ; le malade s'y résout ; ^opérateur arrive; On faisait déjà ks Cmds préparatifs, lorsque la victime s^aperçoit que sa vue s'^aiblit; le chirurgien commeace à désespérer; û fait un nouvel examen du malade , et découvre avec effroi qu'entre les deux épaules les chais commencent à s'ouvrir. C'était un homme perdu ; on lut évita les souEtances inutiles de rampatation , et l'infortuné voyageur mounit bi«»tôL Si , en arrivant, il eût appelé le médecin , rieH n^était plus facile que de le sauver; mais expo-
Lj;. TSE Alto ni? R IS. 59
$er itniiiédiateiQtnt k raetion du etattd des chairs gelées , est une impradence qtiL devient «KorteHe.
Quoiqae affligieaRS, ces détails ne doivent pas toutefois pcévenir cimtre la Russie le% eu-» rieux qui ont:la manie de voyager. Si JMiais la fiiKn^ie d^y Teair le» prend., qu'ils partent sans hésiter ; la pru4eHc%idëjiOti*e les rigueurs de rhiver. Avec des précautions et une saktaire défiance, en va sans danger )«squ à> TOcéan- Orieolal.
Je suis tenté .de croire que. le ditnat saab^ngue ks anÎBiAiit et àdàiicit les plus féroces. Jamais eén'enteiid parier, comme dafns «os zones plus traUableé, de loups - cérviers égarés dans les fevéts^ etw remplissant d'effroi toute nme pro-^ vmèe; cependant on se deihande comment peuve«t exister tat^ de bétes feuves lorsque les tcoapeaax ne quittent plus les étables , et que le sol se cache sous plusieurs pieds de neige pendant ^ à sept mois.
En x82r, une troupe de loups affamés vint en ville et se t^paÉfdit dans plusieurs quartiers de la ÏMaine} ils'i«vaient la mine effarée , mais l'at^ude peu menaçante; om les tua le plus ai-
6o LE TRERMOJSl'iTR'E.
sèment d\i monde , avant qu'ils eussent fait^le mal à personne. . *
Les ours mêmes sont bonnes gens ; quand k froid devient trop vif, ils accourent du nord pour^établir lenr quartier d'hiver dans les grands bois voisins de cette- ville.
Les hivers très^rifoorenx deviennent -rares. Les vieillards observentque depuis soixante ans la température s'est adoucie d'une manière remarquable. J'ai déjà vu deux hivers démens: c'est une sorte d'armistice avec Tenneini commun; alors il n'est plus question, d^^événemens sinistrés, d'oreilles pâlissantes. Maiis tandis qu!oii triomphe dans les grandes villes , on enrage sur les grandes routés ; . les paysans et ks voyageurs se désespèrent. Le traînage étant dejpremière nécessité pour la facilité des communications, le conraierce l'attend avec impatience; s'il ne s'établit qu'en janvier, ks marchés sont vides, les spéculations déjouée$, le prix des grains s'avilit ; tout reste suspendu : x'est une vraie calamité. La neigé est le i^us habile pi^eur des routes ; il ne lui faut (^ quelques heures pour les réparer. Le terrain ,'prend le poli d'une glace ; c'est alors que les chevaux sembknt vo-
LE THERMOMàTRE. 6c
}ér. Escités par la vivacité de Tair, ils sentent à peine le poids de leur charge; leur vitesse tient du prodige ; elle a même quelque chose d'efirayaût. L'empereur fat te trajet d'ici à Moscou en quarante heures; la distance est de sept cent vingt werstes (cent quatre - vingt» lieues ). Qnatre on cinq degr& au dessous de glace suffisent pour créer et soutenir le traînage, qui est certainement une des voluptés de ce monde. Ainsi, quand la saison se passe sans tnqi de rigueur , on peut dire que l'hiver russe est une chose délicieuse ; je ne loi souhaiterais que de fétrc moins long-tems.
On peut donc s'apprivoiser avec toutes les latitudes ; mais cette facilité de transitions n'est pas l'aftaite d'un jour. Le duc de Serra Ca*priola m'a raconté qu'à^Fépoqne où il fut envoyé ici comme ambassadeur , il y a , je crins , quarante ans , plusieurs de ses gens le suivirent. Arrivés dans cette résidence par un beau jour d'automne, ils furent charmés du climat^ et se croyaient encore en Italie. Malheureusement la neige «UTfiht, comme à Timproviste , et tomba avec abondance. Quand les Napolitains se réveillèrent^ lavville avait pris son habit bknc : conster-
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natum g^rale cbez les gens du duc. A nenflie»res 9 il nt dntcer dans sa chambre ses damesti* qœs fondant «n i«raies ; Porateur s'ëcria: « Ab! excellence^ où noits avez^-vous menés? Il n'y a plus de terre ;. jsoîiais nous ne la re verrons! Est^ il possible qu un si boa makre ait yoidu troni*? per ses fidèles serviteurs! Un pays sauvage devenu tout blanc dans une seule nuit , et habité par des barhtts \jCùspeiio di bachol n^us aime*- Fions mieux brûler sur les bords de notre xher Vésuve que de vivre id. » L'aiâbassa'deur essaya vainement de eàlmec eès^ nnafinaitions sul^ fureuses ; il n^y eut pas moyen : ou les fit i»-* partir le h-oisième jour de leur arrivée.
Par une coïncidence bigarre , un Lapon, coù'duit ici ce mêmehiver, se plaignait amièreineat de la chaleur, et deA^fida en. grâce qu'oii le ramenât chez lui, disaut qu'il mourcait de chaiid s'il restait plus l€ng*tâ»s dans ce qu'il appelait les contrées méridionales.
Aujourd'hui, Siciliens, Napolitains, Floreflh tins, abondent dans les deux capitales, et, chose inconcevable , il arrive souvent qu^un ha-, bitant de la belle é^usonie se ufttitraUse telle-, Kpent^t adopte si bif^ les Mutâmes russes « que;