‹ L'hermite en RussieChapitre 37 sur 91 · LES GRANDS SEIGNEURS · texte numérisé non relu

LES GRANDS SEIGNEURS

. J« plain» l'homme accakM 4a poids d« «pn Uf'uit:- YoLTAïaB , Dùeéurs IF.

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Apprenes à soutenir la grandeur de votre fortvne.

Il n'est pas ai^é de biea coniudttre et de biçn définir les hautes classes de ce pays. Voilà tout au plus vingt ans qu'on. les o|)serye avec une attention suivie ; c'est peu de chose pour obtenir une juste appréciation , puisque rien n'est moins explicable que. le cœur de l'homme*

Le fond du caractère me semble un composé d'extrêmes et de contrastes qui étonne et déroute l'esprit d!pbservation. Les Russes sont très-religieux, sans avoir la sévérité de la mo- »• 9

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raie ; ils ont de la bonté sans être sensibles , de la générosité sans obligeance, et de la politesse tout en négligeant une foule de convenances sociales et sociables. Très-susceptibles d'engoûment , ils connaissent peu le charme des solides amitiés ; "vous pouvez être nécessaire à leur besoin de distraction, vous ne le serez guère aux besoins de leur cœur.

Je ne sais quel terme il faudrait créer pour peindre leur esprit de légèreté ; cette expression n^est point à la hauteur du modèle : depuis l'enfance, j'étais accoutumé à entendre citer nia nation comme la plus légère de ce globe ; cette idée me donnait de l'humeur. En venant ici , je me suis guéri d'un préjugé ; nous devons baisser pavillon : les Russes l'emportent sur les Français , c'est, une ch^ose incontestable.

Amoureux de tout ce qui est nouveau , ils sont encore plus dominés que nous par les exigences de la mode. Leur imprévoyance est sans bornes; ils ne songent à demain que pour lui renvoyer ce qu'il faudrait faire aujourd'hui , et ce. lendemain n'arrive point. Ils traitent gravement un intérêt futile ^ et superficiellement une chose grave : la jouissance présente est une af-^

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faire si tmpoctante à leurs yeux, qu'ils vendraient une année pour un jour.

Ijeur amour du changement est un éternel principe de rui^e ; on aliène ses diamans pour des robes de gazç, et l'homme, changeant de marote comme d'habit, vend son cabinet d'antiques pour une galerie de tableaux, ses tableaux ppi|r une bibliothèque , et ses livres pour faire de nouveaux embellissemens à sa campagne. C'est une succession, une cascade de fântaj$ie$ et de besoins sous le poids desquels les plus imnienses fortunes s'engloutissent*. Un jour, j'entendais le comte Grégoire se plaindre sérieusement (|eWavoir pas de quoi vivre; mon voisin me dit: « Comn(ient le trouvez- vous? il n'a que cinq cent mille roubles de rente. — Qui, reprit un de ses amis, mais il doit six millions! »

La passion qui règne en ce moment est celle •des campagnes : rien n'égale le bon goût et la recherche des' çasins disséminés sur les sept franches de la Név^., pu sur la route de Péfè-

' '^Oa peut dire que, ehei tes Russes, les colificheU 'fc'^^ilesoHl tué la m ri^nificeoce durable.

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rhofT; il en est qui se looent , pour quatre idoîs , huit , dix et jusqu'à douze du ^dinze mille roubles : pfent-être lientftt aurai -je à rigMler une antre marote. Les Russes ne peuvent plus comme autrefois suffire i plusieurs fantaisies ; ainsi , une fièvre remplace Fantre ; il fau' drait succomber si la maladie se compliqoait. Nos vins subirent le même sort: en 1810, ceux de Bourgogne faisaient fareur ; les voyageurs de la CAte-d^Or encombraient de leurs bouteilles cachetées tous les celliers russes. Maintenant le Clos-Yougeôt est dlîsgracië, et les bvenrs de la mode sont pour les crus de Bordeaux.

Cette rage de nouveauté s* étend aux meubles. Après ie dégoût du mobilier, vient le dégoût de la maison ; elle est belle ,* vaste , commode , bien située , mais elle a le tort de rester en place : il faut en louer ou en acheter une autre. Elle ne la vaudra point, qu'importe ? on aura changé de rue , de salon , de voisins : cettt pensée rafraîchit l'imagination. îïous avons encore à Paris des hâtels qui se transmettent de générations en générations ; je ne crois pas que la jeune vi^Ve de Pétertfbourg pilisse nidnlrer une belle maison occupée par les descendansde

celni qui la fit él«vec;:tt mly a qitç 1» çpur qui mil fidèle a son palaU d^liiyer.

Souvent des idëtS(iqppQr$Utieniif» «f q^nragisnt ce goâi dedëatàiagenent ; bea^coi^p die gei^ ne veolent^înt rester dan» le lieu, oili mourut leur père oukor fionuias; on croit fius ftla ppr^ maihent aux yîtaiDa. Aûui ^ bien rariânent on habite lé toit qni mnint nattce ^ et tièsr-certairnement on ^y^sei^fiêfùst puint 4& «iouffir: soi^s celui qu'on occupe. On peut donc dire que a vie de la plupart des "seigneurs russes est un voyage continuel, même îorsquHIs ne -voyagent point

Le prince Dmitrî ai!invitait à dîner dernièrement pour le i5 du mois : * Mon prince, lui disje , vous aurez la bonté de me faire savoir où nous» 4inerpn$. » Il me comprit^, et se mit à Irire; dans un an, il avait changé de^ logement trois ibis *. • ^ ' • ^

^ Génét40(iMtnt , les fUmies vendent aussi ëcilement leuFf niais(His que nou» nout âéfàisons dluif fanddu ou d*iin bel attelage. Si , |^ Vienii^ et à BcrHn , les premières famiRes méUaient en repte I«ura h^els, on les croirait Tuitfées ; ici c*est une cfcose toute simple :>une foule de grands ëtablissemens de la couronne sont d'ancie|ine& niaiaons rendues par Its proprîélaires^

198 L£5 GRAHBS SfilGïlfiUfilS.

M. D^^*, vieill^ird eseeUeiit, mais beaucoup plus superstitieux que ses cooiipatrioles , â fait murer la porte d^une mii^ifiqùe- salle où mourut son p^e il y. a quamirte ^iis ; sa constance pour sa demeure tient à>celte prëcaulicm puérile. Lorsqu^n réunit beattcoupi de monde, il exige que les hommes soient en halût de couleur et en bas blancs; la vue du ccystume^tuelches lui le mettrait en syncope. Si ea sortant il rencontre

Les Enfans-Trouyés , la mafloii Razouinowsky.

Les Lombards , la maison Bobriusky.

LlnMitut des orphelins militaires , la maison Tscbernischeff.

lie Cabinet impi^Vial^ iamaiftob d'AiûscIilcoff.

Le Corps des page», la maison Voroiitzoff.

La Direction générale des ^oies de communication , la maison Yousoupoff, etc., etci

Mais si ces ventes de maisons ne prouvent que l*în' constance da propriétaire j la mapie.desjoca^ions prouve aussJsnJa décroissanee des fortunes et Taltération àes vieilles mœurs. Autrefois, un grand seigneur, partant pour Tétranger,' aurait repou^é comme U0 outrage Tidée de louer son h6tel>pour..le tems de Tabseoce; ce trafic lui eût semblé yne. indignité. Aujourd'hui., on n*y regarde pli|s de si prè|^; ces marchés Sont à la mode ; et lorsqu'on va, courir FEurope, on trouve' chaitwant de. payer 1e& chevaux de poste avec le produit d^^ loca^ tiens.

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