BAVARDAGE GÉNÉRAL
L^imporlunit^ du parler 6(« toolc la giit^àuhkm faire.
PL«TAaito«, trad. d'Amyot.
Voici de» rabâchèars l'i'nsapporlabla «ngaaac*. BatiLLs, Conpersatiû»,
Mes lettres de Pians m'arrîvent à Tinstant; Pune d'elles porte la suscriptian suivante* : Un hermite en France y à VHermile en Bussie^ Je Touvre de préférence ^ et je Us r
« JVIon cher ami , }e rentre chez moi avec humeur parce que je viens d'être la victime d'un sot. Ce soir, chez madame de Yolnac , il m'a fallu subir V insupportable verbiage de Morval, qui se croit un politique subtil; ce qu^il y a de désespérant, c'est que beaucoup de gens le croient avec lui. Un beau jour Morval se mit
BÀYÀRDACE GÉNERAX, 223
en tète d'obtenir une petite célébrité de coterie, et Monral Tobtint Jadis, n^était pas bomme d^esprit qui yonlàit, et passer pour homme aimable dévenait encore plus difBcile ; la société, exigeante en r abon de ses droits , n'accordait ce brevet qu'après de mûres délibérations ; le candidat était tenu de faire ses preuves; on refusait sans pitiï lés prétentions illusoires. Je me rappelle qu'en 1788 , me trouvant dans une ville de garnison où était Tun de nos plus beaux régimens , }e demandais à trois femmes très-spiritnelles s'il y avait beaucoup d'hommes aimables parmi les officiers. « Quatre, répondirent* elles sans hésiter, et à peu près autant d'asti* ràns dans fes jeûnes sous-lieutenans. «r
. » -Yous voyez que ces dames s'exprimaient €0Buiie s'il se fût agi d'un rang ou d'une distinction. J'étais extrêmement jeune alors ; je me récriai sur la rigueur de cette coiir souveraine ; à seize ans, tout le monde nous semble aimable , pnr une rai^son assez simple , c'est qu'on l'est fort peu soi-même. Mais bientât ce privilège moral fut entraîné dans, lé graiid naufrage, et le monde né l'a plus rétabli. En revanche, les ba«* yards pnllnlent. Sanf très-peu d'exceptions, le»
224 BAYABDAGE aiNERAI..
Français ont maintenant une grande facilita de bien dire ; c'est tout simple , il y eut débordement de paroles ; on finit par faire assez bien ce qu'on fait toujours. Voilà quarante, ans qu'on parle plus en France que Ton n'avait parlé depuis l'origine de la monarchie. Nous sommes devenus un peuple . d'orateurs , de discoureurs , d'analyseurs, d'ergoteurs; on a péroré dans les assemblées nationales, électorales, départementales, municipales, préfecturales ; dans les clubs, dans les loges maçoniques, dans les quarante mille comités 'de surveillance ; dans les sociétés de bienfaisance, les compagnies d'assurance , enfin dans les camps et dans presque toutes les capitales de l'Europe ; ainsi , nous avûns parlé sur tout et partout. Aux premières années de nos malheurs, cette causerie permanente eut quelquefois de fâcheux résultats ; on ne plaisantait point alors avec les contradicteurs: réchafaud ou la déportation interrompirent brusquement d'intrépides Athlètes. Mais Bonaparte fint , et la conversation cessa d'être générale ; le héros s^écria d'une voix rauque : « Silence , Messieurs; » et la France se tîit. Il devint de mauvais ton de parler au sénat , au corps-légîs^
BuiVARDAGE QENÏBAL. 225
ladf, aax-^oûseils électoraux,.dansles^ salons et dans les places publiques; les poissardes mêmes étaient plus silencieuses, . ({uoique privées de ^ leur café au lait par ie système continental ( qu'elles appelaient faminenial en 1 8 1 ^ , époque eu Ton- fut menacé d'une disette); le conseild'état-restait seul doué de la parole, parce qu'il «ausait au châjteau, sous Toreille du maitre.
I» Chose remarquable , telle est la souplesse natioi^ale , que nul n'osa se plaindre du silence imposé par une volonté CM'te , pas même ceux qui se plaignent aigrement aujourd'hui qu'on ne parle pas assez^ Bonaparte tomba , et grâce à l'élégante facilité de nos transitions, tout le monde s^est remis à jaser, h^las ! comme jamais on ne bavarda plus impunément ; vit-on jamais loquacité pareille! Nous causons tous à la fois ; ce qui est le vrai moyen de ne plus s'entendre ; les idées deviennent aussi confuses que les mots; cet immense et unanime commérage est l'écueil oà viennent échouer la raison, la loyauté, la sa^ gesse et la modération, enfin, toutes les vertus -qui n'ont pas la voix assez forte pour se faire ^ entendre dans les grandes réunions d'hommes. » Si je me renferme dans l'enceinte des sa-
£26 BÂNÂXDAe.^ aàîsiîkja^
lons^ TOUS coiiTienilrez que cette décelable m-* tempérance de langue irait i Tagrëoient, et ruine à jamais Tesprit de tonrersatiou. Faites un pur répreuve d'ëçoùter aux pertes, vras croires . que dans chaque maison on joue aux propos interrompus; le silence et ratientiim étant tenus comme un aveu de mëdiocritéi personne ne veut le faire , et tel homme se décide à être uq sot , dans la seule crainte de . passer pour un homme médiocre.
» S'il survenait un autre Rivârol^ je le dëfie^ rais d'improviser pendant une heure ; un homme lourd et ennuyeux se ^argerait bientôt d'interrompre sa phrase par quelques lieux communs ; chacim veut être acteur ; Tenvie ridicule qu'excitent toutes les supériorités sociales s'étend à l'esprit et aux grâces du langage ; le plus fade discoureur veut sa part; c'est un bcmheur s'H n'en prend qu'une.
» Voyez les assemblées délibérantes depUK 178g ; très^peu de membres se sont résignés au silence ; chacun a voulu retourner dans son chef - lieu , au moins avec la célébrité de /'i|^ mendement^ ou l'imperceptiblo gloire d'im rapport sur les^ pétitions.
BAYARBAGE GÉNÉRAL. 227
» Avez- vous remarqué qu'on ne dit plus ba^ vûrd comme vne femme? Ce dicton impertinent a vieilli ; les hommes qui conservent un fond de ' justice l'ont supprimé; depuis trente-six ans , nous parlons dix fois plus que les femmes.
M Observez ce coiadu feu où sont réunies quatre personnes ; le cercle est bien étroit ; ie tour de chacun doit revenir à chaque minute , et cependant l'entretien va cesser d'être général ; je vois déjà M. *** trépigner sur sa chaise ; enfin il s'empare des oreilles voisines ; l'autre causeur poursuit son dire ; le colloque se divise en duos pour finir par un quatuor. Non , mon cher ami, un moderne saint Bruno n'obtiendrait plus le silence de ses néophytes , il serait obligé à beaucoup de concessions.
»- Cette soif de fournir son contingent , sans qtie personne le réclame , date des beaux jours de mtre philosophie ; je ne sais quel est Tacadémicien qui, dans une réunion des guaranfe ^ dit : <t Messieurs, si nous ne parlions que quatre à la fois...» Enfin, Mirabeau disait avec ironie que le silence de Vabbé SyejresMait une calamité publique ; disons maintenant que le silence de beaucoup de gens serait un grand bonheur particulier. »
a28 LES RAMONEURS FINLA.NDAIS.
— îi" XX. —
Et 1« peuple, nëcoBieni des patricieBl , se retira m le Mont faeré.
Histpir* romaine.
Od Joit tooi quelquefois ao dernier, des homains. VotTAïax , Tantridgf «cl. H, se. t.
« Qui va là? dis-je une nuit que je fus rëyeilté par des pas qui annonçaient une marche craintive et pleine de précaution ; qui va là? » rëpëtai-je encore. Personne ne répondit , et le bruit continua : il paraissait même s'approcher, de plus en plus, de ma chambre. Alors, malgré le froid et Tobscurité qui m'environne, je me lève ; j^ouvre ma porte avec brusquerie. A la faible lueur d'une lanterne posée à terre, j'aperçois une de ces noires figures que Ton prendrait pour celles de quelques agens infernaux. Plus de doute , c'est un voleur qui ne
LES'RABfiOlf£URS FINLANDAIS. 229
Teut pas être reconnu. Me précipiter sur lui , le sabir au collet, le terrasser, fut l'aiTaire d^un instant. Le pauvre diable sur qui je remportais une yietoire si facile et si peu noble m'adressait, dans son langage barbare, des mots mal articules, et moi je lui disais, en t^ès-bon français , qu'il était un coquin, un voleur. Nous pouvions parler ainsi deuK heures sans nous comprendre. Bientôt une porte s'ouvre dans le corridor voisin; je cours là où je vois briller la lumière. Le désordre où je suis jette Tépouvante , et mon hôtesse , sa tante , sa cousine et ses deux filles , prennent la fuite. Je les poursub , je leur parle; ma voix seule , qu'elles reconnaissent , arrête leur marche rapide , et uû ^rand éclat de rire succède à leur frayeur, On me conduisit devant un miroir ; je fus eflrayé moimême de mon visage, on eût dit celui d'un Africain.
Cependant j'annonce qu'un homme, est enfermé ; le cortège féminin me suit en tremblant. Lorsque nous fûmes parvenus à l'antichambre , j'apprends que mon voleur est un honnête ramoneur, qui se plaint d'avoir' été assommé par un des locataires» L'hôtesse , Anglaise des plus ai-
23o rrKS mAMONEUKS nNLAHDAlS.
grès , me réproche , en termes peu mesurés ^ ce qa^elle appelle mon emportement: «^Madame, lui dis-je , je paie cher la connaissance des usa^ ges de ce pays ; chez nous , les ramoneurs font ♦leur service en plein jour. Que n*aviez-Tous la charité de me prévenir? Il y a de la mauvaise grâce et de l'ingratitude à vous plaindre, lorsque je me dévouais pour la sûreté ètvotremaison. Au surplus, Madame, roflense ne vous a pas atteinte, mais bien ce brave jeune homma, que je dois indemniser ; ce qui fut fait aussitét. Alors tout se pacifia, tout s'éclaircit, hors la figure , barbouillée des deux c(»nbattans.Le pauvre Finlandais , touché de ma généreuse réparation , me pria même de l'excuser d'avoir été battu et renversé. Quelques instans après , tout le monde était retiré.
Au déjeuner, Ton rit beaucoup de mon àven^ ture; j'en ris moi-même, et me livrai de bonne grâce aux petites épigrammes dont elle fut l'occasion. Mais je recueillis des documens curionx sur les ramoneurs , qui , en Russie plus qu'ailleurs, forment une véritable corpiHration.
En France, l'utilité des ramoneurs se borné à une visite* annuelle ; nous n^entendons qu'one
XXS ]ftAaiON£U&S FINLAIWAB* 0,3 f
tfàs ^r, an le chant mëlancoliqve du petit Savoyard;, ici, le ramoner est r&omme de tons les httit \^va$. Si cet industriel manquait une seul^ feisk son indispensable deyoir, il y aurait péril à la demeure. Ses travaux sont noçtnmes, et cela doit être; car si, pendant le jour, on ou* Trait les coaduits des poêles , on enlèverait aux appartemens la chaleur qui leur esi nécessaire t aiiisi, <ous les fcry ers sont construits dé manière à se fermer hermétiquement. Les poêles se ferment le matin, dès quils sont chauffés, et les^ cheminées le soir, lorsqu'on é^teint le feu.. Ce b'est que dans nos contrées méridionalos, oA nous gelons passablement Thiver, qu'on est asset peu frileux pour joindre à l'air froid des chambres les zéphirs glacés qui descendent de îlos grandes cheminées. On conçoit que dans un pays où la oppression des poêles , seule-* ment pendant quarante-hmt heures , serait un arcêt dé mort pour une bonne partie de la po-^ pulation, les ramoneurs sont des personnages très-împortans.. Ici , le feu, c'est la vie, et je m'étonne que le christianisme, en pénétrant dans ees contrées, n'ait pas surpris les Russes ado^ Tant cet élément plutôt qu'un tas de petites divinités fort insignifiantes.
Les ramoneurs se hissent sur le toit , et f(mt descendre dans les tuyaux de cheminée une grosse pierre à laquelle est attaché un balai ; ce bruit produit reffet du roulement du tonnerre , et pendant sept à huit mois <, chaque semakie, il faut s^attendre à être réveillé en -sursaut par ces Jupiter terrestres , lorsqu'ils lan^cent leurs foudres innocentes tout près de votre oreiller. Bientôt on s'accoutume à ces bruywtes visites , comme, à Paris, le provincial s'habitue au fracas des voitures qui ébranlent sa çhaiçbse «l sa couche-
Ces ouvriers nocturnes, qui entrent souvent dans la pièce où vous dormez pour nettoyer la partie basse des conduits , ont toute la probité désirable dans des fonctions aussi délicates ; il est inoui qu'aucuii ait abusÀ de la confiance obligée qu'on leur accorde, po^r dérober même un objet de la moindre valeur. Les chefs de cette nombreuse compagnie sont. extrêmement sévères ; s'ils démêlaient un homme équivoque dans leur noir bataillon, il serait chassé des rangs sans miséricorde ; ce qui est une preuve évidente du danger des corporations et dés novfibreux inconvéniens de l'esprit de corps, n'est ce pas?
En Russie, les ramoneurs sont Finlandais, comme les nôtres sont Savoyards. Sous l'empereur Paul, la Finlande était Suédoise. Un grand maître de police voulût,, je crois, porter atteinte atix privilèges des ramoneurs , et les maltraiter; je ne saurais préciser la cause de cette mésintelligence ; mais, enfin, ils se crurent outragés, persécutés, et crièrent à Toppressiônv La corporation se nettoya et quitta Thabit de . travail pour présenter ses réclamations, qui furent rejetées. Les choses s'envenimèrent ; bref^ le fier régiment déserta en masse, et se retira dans son pays, comme autrefois. le peuple roumain sur le Mont-Sacré. Voilà Pétersboug sans ramoneurs; la position était critique ; la police improvisa des nettoyeurs de cheminées, lesquels improvisèrent des incendies ; dans Tespace de quinze jours ces ministres événenlens se multiplièrent de manière à menacer toute la ville. Alors on sentit Turgence du retour des Finlandais. Piqués au vif, ceux-ci firent d'abord sourde oreille ; le péril s'augmentant , on ouvrit des négociations ; on fit plus , on nomma des espèces de ministres plénipotentiaires ; quand il s'agissait de sauver la jeune ville dePierrc-le-Grand, tout
234 ^^ aAMONEÛRS tlNLAÂDAIS.
orgaeO devait s^htnnaniser. Ce fut un spectacle assez extraordinaire ,' que de voir le formidable empire russe obligé de traiter, par ambassade, avec des ramoneurs. Un commis de la cbancdlerie des affaires étrangères m' avait offert de rat nommer le lieu' où s'assemblèrent les ministres des deux puissances, et de me donner comrottmcation des articles du traité ; mais il parait que cet employé a craint de se comprofnettre, car {e n'ai pu obtenir cette pièce curiense. Qnel-^ qu'un m'a assuré qu'on proposa à Pemp^reitT Paul de créer l'ordre de 1^ cheminée, pour récompenser lés «Bplomates qui avaient réussi dans leur négociation ; mais ce prince trouva ia proposition trop bitaite. Les Finlandais rfeVnlrent en triom^be : néanmoins ils reprirent modestement leurs fonctions en conservant tous les privilèges du corps. Depuis ce moment aucun orage n'a troublé l'ex^cice de leur charge ; ce son,t les hommes qu'on rencontre le plus souvent dans les rues; Tbiver, ils sont d'un effet pittoresque sur la neige ; leur grand nombre sert à varier et à reproduire sans cesse les accidens du tableau.
Lés Rosses , en général , apprécient les ser-
VSS RÊMOUnLVM itlHLArKDÀISL 235
yices de ces braves geas, caunne ceux des ëtxangers^ui viennent s'établir sous lènr clhnat. Hais quelques esprits k préjugés blâment le spt^me exceptionnel adopté en faveur des Fin-^ landais ; ils en prennent occasion de se fâcher contre leur pays. « N'est-il pas indigne , me disait un Russe que je fus tenté d'envoyer à Anticyre , n'est-il pas indigifô que la nation ne sa--! efae pas ramotaer ses cheminées? — Mais-, Mon^ sieur, il me sembla que les Finlandais sont i peu- près Russes, puisqu'ils font partie de Tempire. — Monsieur! cW une affaire de conquête; il n'en est pas moins vrai que les Russes, pro^ prement dits , ne sont point ramonemrs ! — Eh bien! Monsieur , je ne trouve pas du tout que* cdla soit une indignité; à ce cpmpte les Français seraient aussi très-indignes , puisqu'ils livrent Ir ramonage aux enfans de la Savoie. — Ëh bienf passons sur cela; mais comment justifierez-vous les Russes de ne point savoir faire le pain blanc f Vous conviendrez que cette ignorance est un indice d'antiH^ivHisation ; vous savez , aussi bien que moi , que les boulangers de cette ville et de Moscou sont Allemands. — C'est vrai, mais cela ne prouve encore rien contre les Russes v
236 LES RA.MO^£U£S FINfiANDAKI.
depnis nne centaine d^annëes les Allemands soutiennent cette industrie de père en fils , les naturels du pays les laissent faire ; mais , s'il arrivait que dans une nuit tous ces boulangers disparussent , soyez persuadé que le surlendemain on mangerait du pain très-blanc. — Non, Monsieur, je n'en suis pas persuadé, et nous verrions se renouveler l'aventure des ramoneurs. » Il allait me la racontefiorsque je lui dis que je la connaissais. « Eh bien! Monsieur, je reprends mon dire : le gouvernement serait forcé d'envoyer des recruteurs de boulangers dans toute l'Allemagne, ahl ah! ah!.*. » Quand mon homme, étonné de l'accouchement d'une saillie, eut payé son esprit d'un long rire approbatif : « Mon-^ sieur, lui dis-jc , j'ai l'honneur d'être à peu de chose près du même âge qu« vous;. et, en faisant un appel à mes souvenirs, je puis vous certifier qu'à ma sortie du collège c'étaient les Suisses qui tenaient en France le sceptre de la; pâtisserie ; les indigènes n'osaient leur contester l'empire du rouleau; maintenant nous avons égalé , et peut-êfre surpassé nos modèles.
» Remontons plus avant.: sous les dernières années de LouisXy , les Français n'étaient pas
encore peintres en bâtimens : les Italiens avaient le privilège exclusif de peindre nos volets, nos persiennes, de badigeonner et de colorer nos murs ; pen à peu les nations finissent par naturaliser tontes les industries sur leur sol ; mais ce n'est point l'affaire d'un jour. Ayez donc patience, Monsieur, les Russes soîit géomètres , sculpteurs, mécaniciens, musiciens, comédiens, médecins , ofBeiers de génie et d'artillerie , poètes, orateurs de la chaire chrétienne, historiens, architectes, permettez-moi de croire qu'ils deviendront boulangers quand ils le voudront*. » Ainsi , quelquefois avec les naturels , et souvent avec les étrangers, je romps des lances pour l'honneur du pays. Ces derniers trouvent tout mal sur une terre où l'homme impartial admire une foule de choses grandes et utiles. Je causais dernièrement avec un frondeur trèsspirituel ; il se plaignait de ce que le traînage ne fût point encore établi, quoique nous fussions au milieu de l'hiver. Comme il faisait Ténumé-
♦ Ceci mérite explication ; il ne s*agil que de la fabrication du pain blanc. Le pain bis et le pain noir sont pétris f cuits et vendus par des boulangers russes.
238 LES KAMOliïEUBS FINLAI^BAIS.
ration de ce qui manque aiix Russes, tout à €Oup , ouvraml son çassistas , et me montrant les toits, il me dit d'un ton plem d^amertume : « Enfin, Monsieur, ils n^ont pas même de la neige ! — Ah! pour le coup , répartis-je en éclatant de rire, ce mot est le sublime de la mau-t vaise humeur ; d'ailleurs , le trait est charmant, et je vous promets d'en prendre note ; c'est la première fois, je pense, qu'on reproche à la Russie son indigence en &it de neige. Je vois que, si vous étiez à Cayenne, vous reprocheriez au climat de manquer de chaleur ! »
liE BIÉGEL. : ;239