‹ L'hermite en RussieChapitre 43 sur 91 · LE DÉGEL · texte numérisé non relu

LE DÉGEL

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P. CoKiixitLE, Cinua^ «et. II, sr. 4.

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Presque toujours le dégel s'opère lentement; on voit suinter et s'amollir l'épaisse glace qui couvre la Neva; dès que le péril s'annonce, la police interdit le passage 9ur la rivière ; mais , malgré toute sa surveiHance , chaque année il arrive nombre d'accidens : il en est de même en France, où quelquefois l'hiver moissonne aussi des imprudens. On n'a pas oublié ce pauvre chien qui n'abandonnait point la place où il vit son maître s'abfaner sous les eaux de la Seine ( en I ^99) ; il refusait le boire et le manger. Pendant

trois jours , tout le monde allait admirer Théroïque douleur de ce bon animal ; le quatrième ou ne le revit point : une débâcle soudaine l'engloutit comme son malheureux maître.

Rien n'est plus terrible ici qu'un dégel brusque et inattendu.; la durée des glaces est si longue qu'on fait , sur les rivières , des espèces d'établissemens, pour lesquels l'habitude inspire une grande confiance. Cependant la révolution peut s'opérer en quelques heures : elle est produite par un vent d'ouest soutenu et violent ; si malheureusement il souffle pendant la nuit, chacun en s'éveillant reprend les allurçs de la veille sans se méfier d'une glace perfide , qni offre encore une solidité apparente , c'est alors qu'ont lieu beaucoup d'événemens sinistres.

Quand le traiiiage est établi , le golfe , dérobe à la navigation , devient un grand chemin sans ornière, où les voitures et les marchandises se croisent pour faire le service de Pétersbourg à Cronstadt, dans un trajet d'environ trente werstes. Sur le point qui partage les distances, on trouve une auberge construite en planches oii peuvent s'abriter une quarantaine.de chevaux, et un bon nombre de voyageurs. Au

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mois de mars dernier, i« vent d^ouest souffla viokmment pendant plusieurs heures ; sans doute l'bôte et les voyageurs se disposaient au départ , lorsque la barraqu« s'ëbranlaet disparut sous les glaçons. Hommes, chevanx, bâtiment, tout périt; la catastrophe fut plus prompte^ue l'éclair. Cette soudaineté du dégel amena d'autres scènes affligeantes.

Une paysanne d'un village situé sur la c6te finlandaise lavait du linge près d'une ouverture pratiquée dans la glace , à cinq ou six pieds du rivage; tout à coup le glaçon .qui la porte «^éloigne de la terre ; l'immense surface du ^olfe s^est divisée en des milliers de fractions ; tous ces débris épars se meuvent, se pressent, ^'entrechoquent au sein des eaux délivrées. L'infiprtunée villageoise est emportée par le courant sur son frêle appui. Défà la fumée du poâle, autour duquel jouent ses enfans, disparait à ses regards ; elle ne distingue plus le clocher du village. Placée, entre le ciel et la mer, qui s'irrite et frémit sous. les masses qui l'encombrent, elle recommande son ame à Dieu, et fait le sacrifice de .sa vie. Mais une lutte s'engage entre un énorme glaçon et celui qui la sépare de la

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