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: . i . , . Pùtas pn émtt grûta est
Uunêrt,
OviDKy Fastes^ Ht. II.
La pi<t< ti«nt lieu des plat riches offrandes.
Pbobablemei^t on ne verra plus la Smensè cérémonie des épousailles du doge de Venise avec la mer ; le veuvage de l'Adriatique peut se prolonger jus(]a*à la fin des siècles. Pour le bonheur des peuples, la Providence restaure les monarchies ; mab elle opère rarement ce prodige en faveur des gouvememens oligarchiques ; une fois tombés , ils ne se relèvent plus. La cérémonie vénitienne avait lieu dans le* plus beau mois de Tannée ; Téglise russe bénit les grandes eaux dans la saison la plus sévère. Ce choix me parait d'autant plus inexplicable, qu'à cette
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époque la rivière est invisible, et qu'il fout eas'^ ser la glace jusqu^'à une profondeur de trois à quatre pieds pour retrtuver Teau; mais cet usage remonte au dixième siècle ; il faut rc;?pecter les coutumes antiques et religieuses : cette bénédiction est une des* aérémoaies le» plus remarquables de la chrétienté.
Quinze fours avant le 6 janvier russe, on construit sur la Neva, en foce de THermitage , un ^and pavillon de forme circulaire , en treillage lozange et bois peint ; ce pavillon a huit ouvertures. Quatre grands tableaux décorent les quatre faces du dôme couronné d'une cr^îx ; le tablean qui regarde le palais représente, le Bafptéme de Jésus-Christ dans les eaux du Jourdain. Une jetée sur pilotis , d'environ vingt^inq pieds de long, conduit à ce pieux édifice,, au milieu duquel on fait une large ouverture dans la glace.
Le jour des Rois , une grande partie dii clergé de la capitale se rend à la chapelle dn palais ; Fempereur, Timpératrice et toute la cour assistent à Toffice célébré par Tarchevéque liié-* tropolitam : ce ^rvice dure depuis dix heiffes et demie jusqu'à midi; une foule prodigi^se
BENEDtCTIOK D£S £AU^. . 249
garnit les quai3 et le fleuve , piais à une certaine distance du {)ta,yinDn.
A midi , le cortège défile par un des portiques du palais ; les bannières et les saintes in^agfis , les clianti;es de la chapelle précèdent le clergé ; viennent ensuite les pages , les drapef^ux de tous les rëgimens de la garde portés par des sousoiBciers. L'erapcceur termine la marche : it s'avance, suivi des grande ducs, et escorté ies H^itres de la cour, des atdes--de-camp génépaux, des grands officiers de la couronne , éts chambellans , maîtres de cérémonie , etc.
Dès que sa majesté s'est placée à Tentrée d'une des portes du pavillon, le métropolitain eptonne les prière^ auxquelles répondent les voix harmonieuses du choeur. A la suite du Te Deum^ le pontife bénit les eaux qui sont à sts pieds , avec une croix d'argent qu'il plonge dans le fleuve , en appelant les bienfaits du ciel sur la navigation ; on remplit de cette eau un grand vase que le pontife présente à sa majesté. Ensuite, il procède à la bénédiction des drapeaux. Uiie fusée lancée donne le signal aux canons de I9 forteresse située sur la rive droite, et au même instant jtoi^s les rempa^s sont en feu. Les
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prières durent vingt-cinq minâtes : c'est Inen long quand il fait vingt-cinq degrés de froid. Cette céré[nonie est encore plus majestueuse , lorsque Vannée ^ qu'on appelle modestement la garde , y assiste. Cinquante mille hommes rangés en bataille , sur une immense esplanade de glace , inclinant leurs fronts et leurs armes du moment de la bénédiction , chacun des régimens défilant devant le pavillon pour recevoir les drapeaux sanctifiés, cent mille spectateurs de cette scène, les superbes édifices bordant les deux rives , le bruit du canon , une multitude de bannières et d'étendards, deux à trois cents prêtres richement vêtus , la céleste musique des chantres de la cour, la foule d officiers supérieurs et de dignitaires occupant la jetée, tout cet ensemble n^offre-t-il pas un incomparable tableau dont on ne peut jouir qu'ici ?
Moins humain pour lui-même que pour ses soldats , Alexandre n'avait point appelé la garde à cette cérémonie. Obligé de rester sans fourrures , la tête découverte et les mains nues , condamné par son rang à la sévérité du décorum , il n'avait point, comme sts officiers, la ressource de quelques mouvemens du corps et ^e
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ragitation des pieds qui les aidaient à conjurer le froid. J'avoue que je ne pouvais me défendre d-une sorte de terreur à Taspect de ce souverain bravant, avec une attitude calme, un climat encore plus puissant que lui : on sait qu'il est presque chauve. Moi je me sentais tout saisi pour avoir découvert quelques minutes ma tête languedocienne pendant le passage de la procession. Après la cérémonie, j'appris que l'empereur avait eu seulement trois doigts gelés , de qui est une faible atteinte lorsqu'en rentrant on use des précautions d'usage. J'en fus quitte à moins boii marché, je gagnai un gros rhume, qui s'annonça par une toux solennelle. Mais, hélas ! plusieurs personnes ont été bien autrement victimes : un jeune officier des gardes , le fils du général en chef, comte At^Wiftgenslein , faisant partie du cortège, fut frappé parle froid , et le lendemain il a succombé, emportant les regrets de sa famille , de ses amis , et Testime de son souverain.
Lorsque le cortège se relire , le pavillon est envahi par la foule. Les mères s'empressent de venir plonger leurs enfans dans la Neva ; d'autres remportent des vases remplis d'eau bénite.
La saison a beau être rigoureuse , elle ne re^ froidit point la piëtë du peuple.
Sous Catherine , la bénédiction des eaux présentait nne pompe en quelque sorte plus imposante; rimpératrice lie s'exemptait jamais d'y assister. On dit même qu alors le cortège faisait uii long détour pour donner à la procession pin» de solennité. Maintenant Timpératrice et les grandes ducbesses y assistent sur des balcon» vitrés du palais; le corps diplomatique et les femmes des ministres se placent dans une des salles de l'Hermitage donnant snr les quais.
A pareil jour, le patriarche grec résidant i Con&tantinople fait la même cérémonie. On dit quil jette la croix dans la mer, et que cette croix est saisie par un plongeur avant qu'elle ne gagne le fond de 1 eau.
Là même cérémonie se répète trois mois après à Saint-Pétersbourg; mais alors le printems a remplacé la saison des frima ts; la Neva roule ses eaux en toute liberté , et la multitude des gondoles qui bordent le rivage offre un coupd'œil aussi varié qu'enchanteur. Comme au 6 janvier, le peuple se réunit dans un temple où le rit grec déploie tout ce qu'il y a d'imposant
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dans ses solennités. L' étranger^ ^/, à c€ raoment, se mêle à la foule téumedans Tëglise Saint-Pierre et Saînt-Pauj^^prouve des impressions dont il lui est/^esque impossible 4^ se: rendre compte. /
Mille voix font encorivéntendre , sous les voûtes de la basilique, de^chants et des j^ières : déjà, sur les rempart, une innombrable BMiHitude attend, avec^^^^^ religieuse impatience, le moment de laibéuâiction. Une beure sonne : les clocbes annoncent le dëpart de la procession; tout le clergé s'avance. Bientôt le cortège s'arrête au bord du fleuve; là les prières recommencent , et la cérëo^onie s'opère dans les mêmes formalités qu'au mois de janvier; seulement la cour n'y n'assiste pas. Une immense population , groupée sur le rivage et av pieds des glacis , rend grâce au ciel d'avoir ramené le printems et la navigation, source des splendeurs de cette grande cité, La pompe fait ensuite le tour des remparts, en stationnant plusieurs fois devant les saintes images , et redisant de pieux cantiques.
Un peuple se montre à découvert dans sas fêtes nationales et religieuses. En Russie, cette
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yérité reçoit ^^application dans tonte son étendue. A peine rie cortège religieux était-il de' retour au temple ,^pfi la nombreuse assistance , qui venait de payer au^out-Puîssant un tribut d'hommages , voulut pa^;er un tribut de bienfaisance aux captife^^îfermés dans la forteresse. La pitié semble être le sentiment essentiel de cette fêle; sJkVnulée par 4a religion , elle s'épanche, sans colltt^nte , au sein des malheureux. C'est parmi les Russes qu'on la retrouve avec sa franchise et sa simplicité naturelle ; ils ont tout prévu, tout préparé pour lé jour de la cérémonie printannière. Les souffrances des prisonniers de la forteresse, tel est l'objet de leur sollicitude , et aucun ne se dispense d^apporter son offrande. Ceux-ci ont fait cuire du pain qtii renferme des pièces d'or et d'argent ; la veuve a déposé son denier au fond d'un gâteau ; ceuxlà apportent du linge, des étoffes, de vieux ha-^ bits , etc< Un cAté du rempart domine la cour des prisons ; c^est là que se dirige la ch^irité publique. Pendant plusieurs heures , les kopeks pleuvent avec une telle abondance dans cette cour, que, sans exagération, le pavé disparaît sous la multitude des offrandes. Il est curieux ,
et encore phis touchant, d'examiner avec quelle ardeur ces bonnes gens se disputent les places ; jamais foule plus avide ne se pressa vers tine salle de spectacle; on brigue la satisfaction de voir totobér sa pièce de cuivre au fond de la cour. J'aperçus un marchand qui déposait dans la poche d'une veste destinée anx prisonniers une assignation de cinquante roubles \ |e le vi», quoiqu'il se tint à Técart pour échapper à tous les yeux. Comme il était joyeux après avoir jeté son présent dans l'immense tronc où s'accumulaient les bienfaits de cette foule charitable !
Souvent, ^n milieu des scènes les plus attendrissantes, quelques accidens bizarres viennent suspendre les douces sensations qui agitent te cœur. Ainsi je fus distrait de mon émotion par deux grandes perches glissées sous une porte de rhôtel des Monnaies , qui est en face des prisons. Ces perches attiraient les kopeks au profit des ouvriers de Thâtel ; quoique prbonniers volontaires, ils obtiennent rarement la permission de sortir. Dès que le peuple saisît l'intention des voleurs, la pluie decuîvre se dirigea vers les perches friponnes : un moment on oublia les prisonniers , tant la foule est inconstante et se montre favo*
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rable à ceux qui l'amusent. Ce manège dura une demi-heure, malgré Toppo^ition des officiers de police ; enfin , un ordre 9 parti de Thôtel des Monnaies , le fit cesser.
£n quittant le rempart, je fus frappé Ae la vue d'une.femme à longues t^.arbe blanche ; cet insigne dWendait jusque sur sa poitrine. PierrjBl*' aurait certainement exigé que la matrone se lasât. « Quel est, dis- je à mon cicérone^ ce vieillard en chapeau à plumes , en habit amarante galonné, et escorté de trois enfans vêtus comme les pages de la reine Isabelle? — C'est l'ancien gouverneur du palais Michel ; sa tête est un peu dérangée, mai^ sa folie est douce et jamais nui*sible ; on le laisse faire , c'est une médaille en circulation. Les pages sont ses fils ou neveux. »
Jamais de mémoire d'homme un soleil plus beau n'avait éclairé cette fête, presque toujours troublée par le froid ou la pluie. Après avoir payé son tribut à la religion et à la bienfaisance , le peuple veut finir gaiment la journée," rien de plus juste. Il se rend sur l'esplanade, située au nord de la forteresse ; ce vaste emplacement devient le théâtre des joies profanes. Les tables sont dressées i on trouve de nombreuses bouti-
^esde pâtîsfteiifis, oraoges, noisettes et gâteattx farcis de poissou. Lès familles se groupent sur Fherbe autour des comestibles, que Ton arrose d'Oau-de-vie, dont la oonsommation est immense ce jour-là.
Sous une tente<> sont des baraques pleines du jus divin; la distribution seTait autour d'une table, par les mains d'une vingtaine de garçons très-alertes ; un inspecteur surv;eille la vente de cette eau-dç-vie ; tout le monde en veut, elle s^ débite dans des écuelles de terr-e , qu'on donne pcurdesaus le marcbë; quand elle est bue, Ta-* mateur prend plaisir à casser son écuelle , et la pelouse se jonche de débris.
Au milieu de ce charmant désordre, j'ai remarqué des femmes qui , par un sentiment d'économie, enveloppaient le vase dans le coin d'une serviette, voulant augmenter le mobilier du petit ménage. Mais peu à peu leurs têtes se montaient , et , saisies à leur tour de cette grosse joie qui aimela destruction, elles brisaient aussi leurs écuelles, au grand contentement des époux, qui semblaient charmés de voir leurs douces compagnes partager leur délire. Ainsi, on peut bien appeler cette réunion la fête des pots cas-
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ses. Est - il impossible de tirer parti de cette humeur cassante ? Oir se plaint que Pétersbourg , bâti sur un terrain plat , n'ûf&e aucun accident de site ; mais ,- au moyen des cruches brisées dans cette capitale , ne pourrait-nelle pas devenir aussi , dans quelques ttiille ans y une seconde ville aux sept collines?
A cinq heures, bien fati^ë et couvert dé poussière, je regagnai mon logis; mais je rapportai chez moi la douce impression que m'a«vait causée la vue de cent mille perscmnes , luttant de charité et d^humanité ; cela délasse *.
* L'année suivante , je rerins à la forteresse pour être encore témoin du spectacle qui m'avait vivement émii^. Je me rendis de bonne heure à mon poste , mais la bienfaisance publique nVtait plus au sien. Une haie de soldats bordait le rempart qui domine la cour des pri^ sons ; les baïonnettes interceptaient les offrandes de la charité. Ce n'est pas le peuple qui avait changé , mais les circonstances. Comme les prisonniers d'état sont enfermés dans la forteresse , on aura découvert quelques ^us dans ces communications de la multitude avec les détenus. Dès cette époque , peut-être suivait-on quelques fils de la conspiration qui a éclaté après la mort d'Alexandre. Toujours est -il que je ne vis plus la rosée de kopeksf et d'autres bienfaits féconder le sol aride autour duquel plusieurs malheureux expient une coH"" duite criminelle.
Blfl^BÙIGTION DES EAtX. Î2S9
Jf'ai pu juger au$si l'ivrognerie en masse, et je dois dire que , chez ce peuple , les scènes bachiques en plein air sont fort amusantes. L'ivresse dés Russes n'est pas celle de tout le monde ; je ne connais rien de moins offensif : je n'ai pas vu un seul furieux dans toutes ces têtes détraquées.
26o t'OURS TRAQUÉ.
VVVVVV«A.VVli%VVV»VVVVVV«^VVV«VVVV«/VVkVVVlVVV\<VVVVVVV%VWV«iVVV^
— N* xxni, -- L'OURS TRAQUÉ.
Il « va d'ennemii la demeura «n tourné.
Saint-Lambbrt , les Saisons.
Chaque pays a ses divertissemehs ; nos chasseurs français, qui courent le cerf, le sanglier et le chevreuil, sont privés des émotions de la chasse aux ours , à moins qu'ils aillent dans les Pyrénées ou dans les Alpes ; encore achèteraientils chèrement ce bizarre plaisir, puisque ces animaux se plaisent sur les sommets les plus escarpés. Grâce au climat de Pétersbourg et à son terrain plat , les chasseurs russes se trouvent très-promptement aux portes de Tennemi ; la distance est à peu près celle de Paris aux forêts de Sénart et de Saint-Germain. Les ours viennent complaisamment s'offrir aux coups de
l'ours traque. 261
fusil dans les bois eavironnans. Pendant un ou deax mois de l'hiyer, ces animaux éprouvent une sorte d'engourdissement ; ils font choix, pour cette quarantaine , d'un fourré bien épais , et à . Tabri de l'humidité qu'ils redoutent, leur tems se partage entre le sommeil et la manie de lécher leurs pattes , comme si cette action suppléait à la ftourriture dont ils n'éprouvent même pas le besoin.
L'ours s'appelle, en russe, medvede^ pot composé; w^rf veut dire miel , et 9ede, qui sait; ce nom caractérise le goût de l'animal pour le miel et son adresse à le découvrir.
Cette chasse est très-variée; les peuplades sauvages de la Sibérie prennent les ours aux pièges, ou bien oja enduit de miel une boule courerte de dards en fer , et on la place près des tanières. L'animal s'en empare; devenu furieux par les piqftres faites à sa (angue , il saisit avec force la boule emmiélée, dont les pointes entrent profondément dans le creux de sa patte; tandis qu'il cherche à se dégager, les Sibériens se pré-r cipitent sur lui et le poignardent.
Un voyageur me disait qu'il est très-plaisant de voir un oursin , assis sur sa croupe , moisi'-
^62 l'ours TRAQUlE.
sonner un champ d'avoine verte avec une de seà pattes, et de Tautre porter à sa bouche des tiges dont il suce avidement le lait. Rien n^est plus gracieux que ces jeunes animaux faisant ce frugal repas! L'enfance a de la gentillesse, même dans les espèces qui en sont le plus dépourvues.
Dans la grande Russie , et aux environs des 4.eux capitales , cette chasse présente un aspect plus guerrier et des formes plus loyales. Le chas- ^em est coiffé d'un bonnet formé d'un triple jpuir, et descendant en pèlerine sur les épaules ; sa main est armée d'un gantelet et d'un poignard. Il s'avance hardiment vers Tennemi , qu'il excite par des cris et en lui jetant au nez des plaques de ier blai|c ; l'ours se met en fureur et se précipite sur les plaques , qu'il broyé dans ses grifles , puis il se dresse sur ses pattes. Le chasseur choisit ce moment, fond sur lui, et le poignarde; un seul coup sufSt pour l'étendre à ses pieds , tant l'habitude donne le secret de l'endjroit mortel. La victime est portée en triomphe par les chasseurs qui se couronnent d'une branche de chêne.
En me promenant à Tsarskoé-iSélo , j'aperçus un de ces vainqueurs horriblement défiguré;
l'ours traqué, 263
moins leste que Tours , il avait eu la peau du visage enlevée d'un coup de grifles. Ce chasseur héroïque, surmontant sa douleur, conserva assez de force et de présence d'esprit pour tuer la bète , mais il tomba évanoui à côté d^elle. Cet acte d^un courage extraordinaire sauva la vie à ce pauvre homme, mais sa guérison fut trè»longue.
Qui n'a pas entendu parler de la musique nommée en russe rogqs^aya. L'auteur d'un trèsbon ouvrage intitulé : Coup -i* œil sur Pétersbourgs qui paînit en 1821 , définit ainsi cette ravissante musique : « Les musiciens ont chacun une espèce de trompe ou de cor jouant une seule . note , de sorte que l'orchestre se multiplie ou ^e réduit en raison du nombre des notes différentes qui entrent daps la composition du morceau. Cette musique, bien exécutée, est du plus bel effet ; on conçoit la difficulté d'obtenir un ensemble parfait dans les passages rapides , et de dpnner de l'expression à une phrase d'harmonie, dont chaque i^strument rend une syllabe : les musiciens de la marine passent pour exceller dans ce genre d'exécution ; plusieurs grands seijgnenrs ont chez eux leur musique de cprs. >^
264 l'ours traqué.
D'après cette définition, il est aisé de cancevoir que, lorsqu^un musicien est voué, par exemple , au sol^ 51 reste sol toute sa vie on au moins jusqu'à sa retraite. Ces mêmes hommes qui composent Torchestre sont aussi employés aux chasses, et certainement il n'y a pas de "chasseurs plus mélodieux en Europe; ils remplissent ces deux emplois avec un égal succès. Un jour les bois de Pergola furent cernés par deux cents hommes; depuis long-tems la tanière de Fours était signalée. Au moment du départ , on ordonna le plu^ grand silence : Tusage de la pipe est sévèrement défendu. Les chasseurs avaient à leurs pieds de grands patins pour assourdir le bruit de la marche. Quand tous les postes furent pris , et le blocus organisé , deux éclaireurs s'enfoncèrent dans la forêt pour avertir l'ours qu'on n'attendait plus que lui. Dès qu'il vit sa retraite découverte , il parcourut lentement le bois pour aviser au moyen de conjurer le péril; sans se troubler, l'oreille au guet, se portant tour à tour sur les diverses lisières de la forêt, il observait soigneusement la distance qui séparait les ennemis ; le désir de s'échapper ne lui fit pas commettre une seule impi*udence. Enfin,
l'oùbs traque, a65
après de nombreux calculs, it opëra'sa sortie par Tendroit, où Atnx chasseuirs lui semblèrent le plus éloignés Tun de l'autre (caries distantes sont souvent inégales ) ; le moment était décisif; s<m sort dépendait Hl courage et de Tadresse des deux noies entre lesquelles il s^élançait. On prétend qu'un nTeut peut et ne fit point feu; cbose prudente , car l'ours ne combat*que Idrs- ^Ju^il.est attaqué : le ;»/, plus courageux /lâcha s&a coup de fusil ; mais malheureusement il n'effleura que la cuis«e ; l'ours^courait sur Vut lorsque celui-ci» Fâyant traversé d'une balle, retendit à ses pieds. Un cri de. victoire» vola dans l'enceinte ; le triomphe de Vut fut proclànlé ; et le vainqueur s'approcha modestement du premier officier des chasses pour recevoir la gratification d'usage , au grand dépîaisir du mi:, du la et du si, qui, dans un (on piineur, déploraient que cette fûrttme leur échappât. Pour moi, j'ai beaucoup déploré que l'ours , si liabile général dansTart des retraites, n'eût pas^échappéà tout l'orchestre.
On s'accorde généralemenj: à dire qiie l'ours se venge, et n'attaque point; on, cite tin -..de ces animaux qui , par erreur, poursuivait un in-
^66 l'ours traqué.
nocent ; celui-ci lui dit naâhrement : « Aim , .tu te trompes, oe n'est pas moi qui ai tirë^ re-* gsirde plutôt vam fusil , il est encore chargé , tu es trop juste pour me faire du mal » J'ignere si la béte se reniiit à ces représentation^ ; tm chasseur d'anecdotes court quel^efois Ja chance de s autres chasseurs , qid ne tuent rien , ou ne tuent qu'à demi.
En voici cependant une tout entière, maïs fort courte : on parlait d'un des premiers officiers de la grande T4nerie; quelqu'un demanda s'il prenait souvent le plaisir de la chasse *. « Une seule fois dans l'aimée, répliqua le prince Jean : il chasse les chasseurs qui viennent, lui demander Tétrenne le jour de l'an. »
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