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mort ; rimminence du përil ranime son courage* Adroite et douée d^un grand sang froid , elle s'élance du dél)ris fracassé sur le vainqueur, qui la reçoit à son bord , où <;IIe va courir de nouveaux dangers. Cependant, assurée d^une prolongation d'existence sur cette lie mouvante, elle désirerait voir encore une. dernière fois la terre dont chaque flot Téloigne davantage. A genoux , pour que la mort la surprenne dans une attitude religieuse, elle^lève son ame à Dieu, on pense à sa petite famille.
» Mais déjà, se dit elle, mes enfans se sont aperçus de ma longue absence, Tinquiétude les a portés sur les bords du golfe! ils crient : où est-elle? qu'est devenue notre mère ?» Hélas ! rinfortunée croit entendre leurs gémissemens ; elle pleure , et sa «vive sollicitude lui fait même regretter le linge qui devait les couvrir, et qu'elle vit se perdre sous la glace. Ses angoisses redoublent aux approches de la nnit ; la mort lui sera plus affreuse au sein des ténèbres ; elle voudrait expirer avec , les derniers rayons du jour. Oui , bientôt cessera l'heure oùcette cloche, qu'elle n'entendra plus, sonnera la prière; son mari doit rentrer maintenant : quedira-t-il à l'aspect
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4jB ses petits enfans, pressant ses genoux, et s^ëcriant ; « Papihka! elle n'est point revenue, va chercher notre mère. »
Au milieu de ces pensées déchirantes , le frojd et la faim viennent augmenter sa détresse ; elle tombe dans une lente agonie , et ferme les yeux. Mais un coup de fusil se fait entendre , le bruit est proche ; la paysanne, étonnée, se lève, jelle e&t auprès du rivage! Aussitôt elle crie, elle étend les braj», elle agite dans Tair sa fourrure blanche. Q Providence ! on Ta entendue , Oïl l'aperçoit , on vole à son secours; une chaloupe, montée par six hommes , se fraie hardiment un passage, et pénètre jusqu'au glaçon jqui Ta sauvée miraculeusement. On lui jette une planche à laquelle est attachée une grosse corde ; elle la saisit, et, à l'aide de oe frêle sentier, ar<^ rive au milieu de sts li))érateurs. On regagna , non sans grands risques, la cAte esthonienne; jcar le glaçon avait fait un trajet de quarante ,werstes en passant d'une rive à l'autre. Un gentilhomme, dont l'habitation était tout près de la mer, avait vu de sa terrasse les signaux de la pauyre femme. Elle est amenée près de lui, et en arrivant elle tombe évanouie à ses pieds; on
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lui prodigue des soins ) elle rouvre les yeux el demande ses enfans. Elle se croyait en Finlande ; n'étant jamais sortie de son rillage, elle ne soupçonnait pas que le monde fût aussi grand.
Le golfe charia encore pendant huit jours ; mais lorsque les brises prîntannières eurent entièrement balayé les glaces , le seigneur esthonieri , jugeant qu'une bonne action ne ya jamais sans l 'autre ^ ordonna aux rameurs de conduire la paysanne au sein de sa famille. Elle partit^ comblée de présens , pénétrée de reconnaissance et ivre de joie : le voyage fut aussi rapide qu'heureux.
Des rives de la Finlande on apercevait un navire qui se dirigeait sur Pétersbourg. La présence du premier vaisseau après le dégel cause toujours un grand ravissement aux Russes. Ils le saluent comme le précurseur des beaux jours ; tous les paysans riverains se plaisent à signaler cette première voile. Ceux du village de la bonne Marpha étaient aussi groupés sur la rive. Son mari et ses enfans , occupés d'une seule pensée , ne partageaient point la joie publique ; ils semblaient redemander aux profondes eaur la victime enlevée à leur tendresse. Mais les gcfndb-
liers redonUent d'ardeur, la chaloupe va toucher terre. Un cri perçant s'échappe du. sein de la fojile , c'est celui de l'alné des en&ns ; il a. reconnu sa mère, il veut s'élancer, sou fràre ut sa petite sœur le survent ; mais déjà Marpha est dans les bras de son mari , déjà elle presse sur son cœur ses chers enfans en les inondant de larmes. Tout le monde les entoure, tout le monde questionne à la fois la tendre mère que le bonheur rend muette; pour toute réponse , elle montre le eiel et les généreux instrumens dont sa miséricorde se servit. Aussitôt, on se presse autour d'eux, on les interroge , ils parlent; on les bénit, op les caresse ; chacun se dispute l'hQnneur de les conduire sou^ le toit hospitalier. Mais un tableau religieux suceède à cçtte scène, touchante; par un mouvement unanime et spontané , tous , sans rien se dire , prennent le chemin de l'église , tous veulent' remercier Dieu du prodige qu'il daigna opérer. Arrivés devant les autels , le silence succède à leurs transports, et le pope entonne le chant des actions de grâces. Au sortir du temple, on reconduit en triomphe la bonne Marpha jus<iu'au seuil
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de cette heureuse cabane où elle ayail cru né jamais rentrer.
Lorsque les bateliers reprirent le cbemin dé rEstbonie , ils trouvèrent leur chaloupe garnie de gâteaux 9 de fruits seCs^t ^tc. : chaque paysan avait voulu faire son cadeau ; les voyageurs se trouvaient approvisionnés comme pour une longue traversée.
BlÎKéDICTIOI^ DES EAUX. fk/^'J