LE CARNAVAL
son visage, il eût passé pour un monsfVe , que le /peuple auralf jeté dans Teau, pour lui apprendre à vitre/» D'après ce parallèle du Vénitien, on ne doit point s'attendre à un récit bien varié des innocentés folies du carnaval russe.
La, grande Ném est le théâtre des joies populaires, lorsque li^ plameher reste assez solide pour éloigner toute idée àe danger : c'est alors senlémciit querle'graiid maître de police autoriset: Tenvahissement de cette vaste salle ; au carnaval de 1820, la.gluee avait encore quatre pieds d'épaisseur. Dans les hivers dou^ le suintement de sa surface indique le- péril. Quelqne- Tôis lés barraques sont déjà construites lorsque le vent d'ouest,* véritable trouble-féte , vient ordonner bur •démolition. Alors on les trans- , porte sur la place du Champ-de-Mars; cette dé- . ception arrive rarement : elle eut lieu l'an passé* On témoignait de vives inquiétudes à l'entrepreneur des plaisiirs , il dit au génial ; « Excellence, je vpu$ réponds de tout.'>i Répojise assex naïve , lorsqu'il s'agissait du salut de deux où trois cent mille personnes. Nonobstant cette garantie, le carnaval déménagea.
ht% montagnes de glace, les cûUhéH^ les.pail-
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lasses, les arlequins, les singes sayans, les ménageries ambulantes, les chey^vok ^ancoitisés , les salons à la Curtius^ les exercices des funambules, iàttirent tour à tour la curiositë ; ces divers spect2H:les sant placés sur deux lignes, dans une vaste enceinte couverte, et à peu de distance les UHS des autres.
Pour les étrangers , les montagnes de glace ont le vif attrait de la nouveauté ^ c'est un fruit du pays; leur cdnstruetion ne diffère point dés autres , même hauteur et mêmes proportions; la différence consiste à descendre sur im terrain plus glissant , «t pourtant sans danger , et à prolonger la course lorsqu'on est en plaine. Jene puis mieux décrire la planche sur laquelle on se fait ramasser qu'en la comparant aux crochets d'un commissionnaire parisien : seulement elle est plus large, et un peu moins simple. Les conducteurs, en cherchant pratique dans la foule, portent leur traîneau sous le bras ; ils escaladent te derrière de la montagne, et c'est à^qui partira le premier : celui qui mène place devant lui Tamateur; le char s'élance plus vite que la flèche. Arrivé au bas de la montagne , le conducteur, armé de gants épais , donne , en s'ap-
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puyant tour à tour sur chaque main , ane inrpulsion si forte que le traîneau soutient encore la même vitesse pendant l'espace de trente à quarante toises.
Ce qui m'a semblé admirable , c'est l'ordre qui règne dans cette foule impatiente de glissades; rintervalle d'une seconde suffit pour éviter toute recentre dont le choc serait dangereux ; les accidens sont fort rares , mats les choses plaisantes ne le sont ppint. J'ai vu des femmes qui, faute de précautions , disaient, en passant, d'étranges confidences à la galerie.
Ceux qui croient pouvoir jufer du caractère des gens par la façon dont ils dansent se livreraient à des observations moins conjecturales devant les montagnes de glace; rien n'est plus nuancé que l'expression de ces visages entraînés dans le mouvement général. Q n'y a pas moyen de déguiser sa physionomie; l'un descend en chantant gai comme l'alouette, et ne songeant qu'au plai»r; l'autre, d'un air sérieux et désagréablement préoccupé : il semble dire comme Brunet: « Qu'importe que je m'ennuie, pourvu que je m'amuse P » Celui-ci est intrépide, celui-là laisse voir toute sa frayeur, et voudrait s'arré*
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ter , comme si la chose était possible. En voilà un qui regarde d'un oeil ambitieux s'il produit quelque effet sur la galerie; son ami descend debout avec la dignité d'un triomphateur romain. Il faut autant de sang-froid que d'à-plomb et d'amour de l'art pour hasarder cette brillante témérité : elle a peu d' imitateurs. Voyez ce vieillard qui se lance comme un zéphir au milieu d'une jeunesse folâtre, et ces deux amans qui ne pensent qu'à se regarder, et cette grosse femme de soixante ans, tenant une jeune fille dans ses bras , ce qui lui sert de prétexte pour
s amuser encore
Une heure s'écoule dans la contemplation de ce jeu, et, quoique immobile^ je me divertis 'mieux que ceux qui glissent. Une chose me frappe; il y a deux m(mtagnes; l'une, placée au midi, est abritée du soleil par une grande toile pour éviter le dégel. Eh bien! celle-là est beaucoup moins en faveur que l'autre } les hommes aiment à s'amuser, il faut leur rendre cette justice ; mais ils aiment encore plus qu'on sache qnHls s'amusent : rien de si triste pour eux que les joies sans spectateurs. Voyez un bal saps galerie : que de langueur dans ks physionomies.