FOIRE DE LA BOURSE
in printems septentrional; c^est là qn^one im* mense population vient s^assnrer qu^on est enfin dâiinré d'un trop long hiver. Nos Parisiens, mifans gâtes du ciel, ne pourraient comprendre la vivacité des sensations causées par le change^* ment de la température ; ils ignorent le charme attaché à la soudaine transition du mal au bien. Ici, le plaisir naît de Tamertume des privations ; la neige fut immobile pendant six mois sur le sol et sur les toitures : cette étemelle blancheur a fatigué les yeux, attristé les cœurs; on finit par craindre que jamais le soleil n'ait la force de dissoudre cette épaisse croûte de glace cimentée par un froid rigoureux*.
~ Enfin, sonne l'heure du printems; les rues se nettoyent» les doubles croisées disparaissent, la Neva roule ses flots, et les navires se pressent autour des rivages peuplés-par Pierre-le-Grand; on signale avec une reconnaissance bruyante la voik qui devança les autres.
On se précipite sur les quais ; à l'aspect de
* Aux approches du printems, les paris sont ouverts pour le Jour où la Ne'vâ sera délivrée des glaces. Quel- <piefoif ccsp^rîs s'élèvent de àlxk vingt mille roubles. .
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ces visages radieux et de Tivresse générale, ^i ne croîtrait voir tout un peuple rendu à la lumlàre du jour après une longue captivité. Les voyageurs des latitudes tempérées , où la nature conserve ses teintes gracieuses, où la mer ne refuse jamais ses eaux à r&udace des marins , ne peuvent se Satire une idée de Tenchantement du tableau que j'essaie de peindre; je crois même qu'il est unique , Pétersbourg étant la seule capitale qui brave impunément les soixante degrés. Affranchie des barrières que lui opposent les glaces , elle rentre tout à coup dans i^s relations avec les cinq parties du monde ; tous les pays et tous les arts viennent étaler leurs produits devant Topulence russe. Le portefeuille du riche, grossi des revenus dé Tannée, s'ouvre aux innombrables tentations offertes par les spéculateurs. Chacun peut suivre ses goûts et son caprice; le «Trahit sua quemque volup^ fas » est la devise de cette joyeuse réunioA. ' A la vue d'une multitude d'orangers, de citronniers, de figuiers, d'arbustes fleuris, aux chants variés d'une fonte d'oiseaux au plumage doré et argenté , on se croirait transporté tour à tour sur lé littoral paï&mé des Açores, djtns les rians-
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bocages des iles Canaries,^ ou dans les Forêt» des deux Amériques.
J'écoute. le bavardage d'un millier de perrpqnets parlant toutes les langues ; il est couvert par celui d'une cargaison de Miss^ causant toutes à la fois, tant elles soift impatientes de débarquer. Cesontdesboanesel des dames de compagnie; ces fières insulaires vont envahir les salons, et les enfans des grands seigneurs ; la plupart* out un teint de lis et de roses ; leur chapeau de paille est orné du romantique voile yert qu'elles aiment t^Tnt, et qui sied si mal.
Me voici dans le quartier dès chiens étran- ^ ge^ ! Il y en a de tous les genres ; on peut deviner la marotte des amateurs à l'espèce qulls fiiarchanâent :* voilà un chasseur de terte, il est 'suivi de deux lévriers : voici un chasseur sur ' l'eau 9 son domestique conduit en laissa un piongeon de Terre-Neuve, aux jattes de canard. Ce )eane* homme ne pense qu'à ses équipages; un beau danois car^Kole autour de liif , et semble charmé de son nouveau maître ;^cet autre amateur» plus modeste, vient d'acheter uil petit griffon; il lui. tiendra* compagnie dans ses proTaenades pédestres. YoS^ un joli'épagneul dévolu
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aux massepàtns , aux -biscuits et aux indigestions ; c'est uk chien de dame ; une femme 'dé chambre le porte , avec humeur, sous sou bras. Cet aveugle* n'a qu'un bâton pour se conduire ; il presse sa marche *, sa ligure exprime un désir. Pauvre honune! Il n'a pas un seul ami dan&le monde , il vient en chercher un au marché des chiens ; 0 les touche avec attention : héks I ca n'est point la beauté qu'il recherche , c'est ,1a fidélit)é, la douceur/ et surttftjt la patience. Enfin 9 la bonne renomm.ée des barbets le détermine à eii choisir un pour son guide et son compagnon ; désonnais ils partageront ensemble le pain de la pitié ; mais on lui demande dix roubles! C'est bien de l'argent pour un pauvre aveugle; comment faire cette somme? «Bon vieux > lui dit im jeune officier qui remarque sa tristesse, né cherche point, c'est moi qui vais •te faire cadeau d'nn ami ^ éi encore de ce billet dé- dix roubles*, pour t'aîder à le nourrir. » •
Voilà un superbe cheval anglais! on le hisse dans les airs pour le débarquer ; quelle triste figure fait ce bel animal! la frayent lui ôte toutes ses grâces ; mais bientôt il lei$ reprendra sous le 'pbi(}s d'un jeune colonel ; plus tard tl s'animera