CARNAVAL
promenades à la file donne de la mélancolie. Presse toutes les figures que j'aperçois seraient peu déplacées à' un enterrement.
'' C'est le dimanche gras,. au soir, qu'on ent^rte le camayal ; il£nit à minuit : le lendemain fout rentra dans Fordre accobtumé; les mortifications da grand carême vont abattre les fumées de cette semaine ; mais le hmdi et U mardi gras pestent encore aux colonies firançaises, allemaivdes, italiennes et anglaises. Les Russes, aussi tolérans qu'hospitaliers , ne sont point scandalisés de nous voir faire les feus kiisqu'ils scml redwenus sages; les spectacles français et aile ^ mands joueront encore deux fols. Ainsi, pendant deux jours, la ville ,se divisera en Héraclites et en.J)émocrites; mais il n'y a chez euxni haine^ ni pitié dédaigneuse pjour Tespèce humaine.
« Dans les huit derniers jours du carnaval , le soir^ il se forme d$ nombreuses troupes de masqaes^çualifiés qui parcourent la ville en voi* turcs, et tombent inopinément dans les lieux de réunion pour y intriguer la société. Alors on échange de légères malices , on se questionne , onM:herche à deviner les masques. Toutes les maisons sont ouvertes à ces ii^coqvns ^-cob-
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nus, et cette facilit^^'a.dmissron n'a pas le moindre inconvénient Qnelqnefifiis ces mascarades présentent des costumes très -riches, et ^Hine senipulense fidélité dalis Fimitatiôn des caractères. En fait de plaisirs , les seigneurs russes ne font rien mesquinemeiit'ni à demi.
Néanmoins, et sansremôiif er bien liant, leurs ancêtres déployaient ime plus grande pompe au milieu de cesjdies^niverselles, de ces frivolités qui semblent être une trêve désirable pour la raison. « En 1 740, dit M. Paul Svignine ♦, l'impératrice Anne Ivanovna a donné, dans le tems du carnaval , une fête superbe, -unique dans son genre, et telle qu'un souverain de Russie. peut seul la donner. Elle consistait dans une mascarade historique , ou pour mieux idire géographique. Quelques semaines avant l'époque au carnaval , rinqiératrice avait donné ordre à chaque gouverneur de province d'envoyer à Saint-Pétersbourg un couple de chaque espèce d'habitâns de sod district « dans son costume
national et dans l'équipage qui lui est particu-
* Ext rail de la Deitrfptîon des objets les- plus remarcita Blés de Saint-Péteisiouig et de ses ennrons , par M. Paul Svigitîne.
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lier; de façon que, penditiit le carnaval de cette année, on vit plus de cent peuples difTérens, soumis au sceptre de la Russie , se promener dans les rues de Saint-Pétersbourg en grande cérémonie. Le Kamtchadak dans des tratneaux tirés par, des chiens, le- Lapon sur des rennes 9 le Buchar sur des chameaux , le Kalmoidc sur des vaches, le Circassien et le Cosaque sur des coursiers snperbes , Flndiei» sur un éléphant monstrueux, rOsiiak sur des {matins, Thabitant au vièage rembruni des tlesKourila avec le roux Finois^ Y Ukrainien à la taille de géant avec le Pjrgmée Tchdrdmisse^ le. sale et difforme Bachkir avec le bel habitant d'/tfrojiip^. Ces peuples étaient divisés en quatre classes, représentant ks quatre saisons : les Samoyèdes^ les Kàmichadûles et les Lapons figuraient l'hiver, les Ukrai-niens l'été , etc. ,. etc. Cette procession fomait une suite burlesque pour célébrer le mariage du fcui de rimpdratricel A cet effet on construisit une salle spacieuse où chaque couple s'amusait en même tems, soit à la danse, au chant et à la musique qui lui étaient propres. Cette réunion de sons. et de dansea différentes formait, pourToreille et les yeux, un spectacle vraiment
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- élcange; ensuite chacun de ces ceapjes man* geait à s^, façon ies mets en usage da'ns son pays. Les nouveaux mariés furent accompagnés par la même escorte au palais ite ^lace ccmstnâl^ pour eux par les oVdres de l'impératrice. Ce palais était tout de glace 9 de la longueur de cia^
' qnante-deux pieds, et de yingt de largeur; tou^ les omemens, tant intéi:ieurs qu'extérieurs, étaient fort ingénieuseme]^ tsavaillés en glasce ;: ainsi que les tables, les chaises, lé lit nuplial, les chandeliers^ les assiettes ^ le^ statues, ef même six canons de six^livres, et deux mortiers. L'arrivée du couple illustre fut saluée par uir coup de canon qui, à Tétonneraent général, n^ était pas crevé , quoique chargé à boulet, avec une livre un quart de poudre, et perça, à la distance de soixante pas , un^ planche de deux^ pouces d'épaisseur.
» Sur le toit de ce palais singulier était une galerie, et au dessus de la por|e d'entrée un très-beau frontispice. Les portes, les fenêtres ,^ les pilastres , étaient peints de façon qu'ils imitaient parfaitement le marbre vert. . la droLtt il y avait un éléphant de glace monté par un Persan avec ;^on marteau* Auprès de cet élé-
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phant on voyait éeax autres Persa^s*de gran-^ deur naturelle. L'ëlëphant était creux et si in* génieusement travaiHé que pendant le )out il
"^sait jaillir de l'eau par l'efifet d'un tuyau corrr re^pondant à un canal voisin de Pamirautë , et durant la>nuit l'eau était remplacée par use gerbe deJumière de nîngl-quatre pieds de hauh U poussait a^ssi de grands cris à la mam&re de ces animaux, au moyen: d'hommes cachés dans
.^a wps. A rentrée de ce bâtiment, qu'on peut appeler magique ^ M voyait deux dauphins qui jetaient également des gerbes de lumières , et
.^n avait pratiqué tout autour un beau péristyle de glace. Cette -maison, très-^ien éclairée, représentait un véritable palais de cristal trans^ parent, qui se conserva pendant tout l'hiver, jusqu'aux derniers jours de mars. »
Des plaisirs au3si -pojapeux , des joies aussi
" solennelles mettraient le comble il notre délire, et la sagesse; et les graves. habitudes reprend draient lentetneiit. leur' domination. Mais les Russes redeviennent sages à heure fixe. Il y a chez eux une^ grande dâTérence , un respect profond pour les coutumes pieuses ; ils y sont aussi fidèles qu'à toutes les traditions de plaisirs*. Le
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lUmaliel^e gr^s 7 l'on d<Hme un bal masqué au Grand-Théâtre ; c'est Fimage exacte des im^ menses réunion» de FOpéra. Le dernier jour du Carnaval, qui croirait que cette foule tumulfueuse , dès que TboTlege sopne minuit , termine to«t à poup. ses jeux€t ses folies? L'archet des* musiciens, le pied des danseurs, résident suspendus ; la figure de la contrGrdanse n'c^t point achevée , le valseur s'anât^ au milieu d'un tour-» JuUon, le crispin prend un air gâive , la jeune femd[ie déguisée en Thalie devient une Minerve ; OH dirait que, par TefTet d'un charme magique, la raison est subitement rendue à ime. assembler, de fous, , •
Tel est le pouvoir de J'habitudf ,; et remjMre des idées religieuses, que cette brusque inter^ ruption ne cause ni un regret ni un. murmure ; chacun .quitte la salle sans le plus léger mouve ment d'humeur; c'est la règle , on s'y coaforme ; on passe de la région des plaisirs à çeHe-des privations et de la pénitence sans regarder àtr-' rière soi. Après quelques heures de sonimeil , toute cette population se lève pour embrasser un autre genre d'existence : les sacrifices qu'elle s'impose sont pour elle une source de joie 'et de
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'contentement de ^oi^méme que le$^ plaisirs ne sauraient donner. * . » . '
Tout peuple qui s^affranchit des iraditionj» tespecti^Ies consacrées par le temsiet consefllëcs par Ut morale y se trompe cruellement lorsqu'il
- cf&it que cette ^émancipation ajoute à son bonkicur.. L'Eglise se montra éminemment sage at Habile lor§qu^etle ^posa une sainte barrière devant le torrent des foHes humaines. Un long intenral}e accordé à la sobriété et au repos du eorpsj.es^ dans les Vues de la nature autant que dans celles de la religion. Que de santés et de fortimes conservées, combien de honte et de malhiçurs édités, si nous savions mettre un terme à nos ËitigHUtes jouissances comme faisaient nos pieux ancêtres ni fut un tems où le chef de famille -aurait cru déshonorer sa maison en donnant un bal un'jour de carême ; il est possible que^^on arrière-petit-fils tienne à honneur qu'on, d^nfe chez lui jusquau jeudi-saint* En
'écartant la question religieuse , je demande quel aura été le.moins ennuyé de ces deux hommes , et je n^tiéâite point à le dire , ç^est celui qui sut expulser les plaisirs la. veill^ de la satiété.
FOIRE DE LÀBOURSE. aSx
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FOmE PRIIfTÀNNIÉRE DE LÀ BOURSE.
Le commerec nnil font : par scf travaux constaiu 11 rapproche Ici lieax, les pcaplei et les teais ; Pour les cUaiats glaces raad les Indes fécondes , Et de sa chahie d*or embrasse les denx mondes. Taon AS, Im Pitriidt,
La Bourse de Saint-Pëtersboarg est-i^Ie la plus belle de l'Europe , on bien est-ce celle de Bordeaux? Telle est la qutstion qui divisait ({uelques amateurs d'architecture. On voulut J>ien s'en rapporter à moi, parce que je les connais toutes deux. « Messieurs , répondis-je , ni l'une ni l'autre ne sera la plus belle de TEurope si la Bourse de Paris s^acbève; je connais le plan, il promet un des plus magnifiques monumens de Tunivers. » Ma réponse mit tout le monde d'accord.
Mais la Bourse de cette ville conservera sur
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tous les bâtimens de ce genre les avantages d'une superbe position ; isolée de toute habitation, la distance qui la sépare des douze collèges est remplie par une immense place de cent quarante-huit toises de longueur, sur cent vingthuit de large ; six belles rues y aboutissent. Audevant de la façade, du côté du fleuve , s'étend encore une autre place en demi-lune ; les revêtemens, les parapets et les trottoirs sont en granit. Des deux, côtés du bâtiment, et à une grande distance, s'élèvent majestueusement deux colonnes rostrales, décorées de statues et d'attributs nautiques ; on monte au haut de ces 4:0lonnes par des degrés intérieurs.
Ce nionument, construit d'après les plans d'un architecte français, M. Tomon, a la forme d'un parallélogramme ; il est entouré d'une colonnade d'ordre ionique, formant galerie. La grande salle est d'une remarquable beauté ; ses dimensions offrent cent vkigt-six pieds de long sur soixante-six de large ; le jour vient d'en haut : elle est ornée d'une multitude de sculptures emblématiques.
Bien de plus animé ni de plus pittoresque que les quais de la Bourse dans les premiers jours