ENCORE UNE PROMENADE
Un attrait particulier m'appelle vers cette jeune fiUe assise sur un bloc de granit , et pleurant amèrement sa cruche brisée, d'où jaillit une eau limpide. Si son désespoir n'a pas d'autre cause , on voudrait jouir du privilège de Vy%ntalion pour la consoler et lui rendre beaucoup plus qu'elle n'a perdu; c'est un petit chef-<^ d'œuvre de sculpture que cette jeune fille au pot cassé.
Je ne dirai rien de l'intérieur du château^ pour bien des raisons , dont la |rius concluante est que je ne l'ai pas vu. Il n'existe aucune affectation dans cette indifférence ; un voyageur doit beaucoup voir, c'est son métier, mais les jardins sont si beaux, que, remettant d'heure en heure, j'ai manqué vingt fois l'occasion d'en* trer dans le sanctuaire: les appartemens renferment d'ailleurs ce qu'on admire partout , à l'exception de la salle d'ambre , très-digne de fixer la curiosité. Il y a un an, lorsque le feu dévora une partie de l'aile gauche du palais , il s'arrêta fort poliment à la porte de cette salle. L'incendie fut causé, comme beaucoup d'autres, par la négligence des plombiers ; le feu prit à la toiture. On estime la perte à deux ou trois millions ,
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mais les souverains sont toi^onrs assurés *". La résurrection du phénix n'est pas plus brillante que ne Ta été celle de Taile gauche dont je parle , elle offre plus de magnificence qu^avant rincendie; la chapelle resplendit d'or, d'argent et de pierreries. Le principal escalier du nouveau bâtiment est admirable , lis marches , la rampe , les paliers sont de fer fondu à dessins lozangés. Un Russe , frappé de la magie de ces réparations, disait froidement ; « C'est dommage que le feu n'ait pas consumé tout le palais , il serait reconstruit d'après un plan très-supérieur à celui de Rastrily; nous n'aurions pas payé plus
* Lç service des pompes manqua ; il ne s*en trouva que deux et en mauvais état. L^empereur en fît demander quatre à Pëtersbourg , en s'excusant sur ce déplacement qui pouvait nuire au service. Lorsque S. M. quitta Tsarskoè*-Sélo, elle fut témoin de Tin rend ie des casernes du régiment d^ismaïlofT; c^était beaucoup dans un seul jour. L^empereur dit : « Puisque deux événemens de ce genre devaient arriver, j*àime mieux qu'ils pèsent sur la couronne que sur le plus riche de mes sujets. » Il y a dans ces mots une admirable bqnté. Trois jours après, te feu prit encore dans une maison dépendante de la résidence impériale de PéterhofF, mais tieui-eusement isolée du château. On peut dire que cette semaine fut brûlante.
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HUmpôts , et l'empereur serait mieux log(^. >* J'ai souvent rencontré de ces Erostrates amateurs, qui , sans malice, forment les souhaits les plus incendiaires dans un pur amour de l'art. Â Paris, je connais un original qui me (dirait: « Quel malheur, que deux fois de suite, en 1 8 1 4 et 1 8 1 5 , Paris ait laissé échapper la plus belle occasion de se faire brûler! cette chance ne se présentera plus. — Comment donc , Monsieur, mais voilà le regret le plus inhumain qu'on puisse faire. — ^Non, Monsieur, j'ai tout autant d'humanité que vous , grâce au. ciel! mais j'ai plus de goût pour les arts , rien ne me charmerait comme de voir notre Paris ce qu'il devrait être, une grande et belle capitale, régulièrement bâtie. Vous vous exagérez beaucoup trop ce désagrément momentané , il n'y a, point de mal irréparable en. France; au moment où je vous parle, cette reine du monde serait debout, avec de belles rues bien ali^néeis, avec de beaux trots toirs , chose inappréciable. Le feu , meilleur architecte qu'on ne pense , nous aurait fait justice des rues Tirechapt^ Tire-Boudin , Trousse- Vache^ Quineampoix , etc. , etc. , tous quartiers aussi ignobles que leurs noms , et qui déshono-