ENCORE UNE PROMENADE
A TSARSKOÉ-SÊLO*
Pur ■•» liardit traTtus , tel 1« plds grand d«s csarii Svt cket on peuple iacuite acclimater les arts ; feeureox si des m^chans l'injaste frénésie Ke viant pas en poison clian|^ lenr ambroisie. Et si de Pierre un jour quelque heureux snccessemr Sans craindra lenr dan§er , sait goûter leur i Oxi.iu.« , ie* Jitrdias,
J'Ai abandonné un instant les jardins de tsars- Icoë'Sélo pour parler de leur maître , j'y reviens en toute hâte, quoiqu'il me reste peu de cbose à en dire« Deux impératrices les embellirent ; mais de grandes eaux manquaient aux enchantemens de ce lieu , et alors on ne songeait point à se donner tous les avantages refusés par la nature. Catherine le grande moins modérée dans %t& désirs , décida que des eaux claires et abon-
£KCOR£ UNE PROMENADE. 235
dantes baigneraient son parc, et les eaux lui obéirent. LMngëiûeitr général Banepfut chargé de cette opération; il l'exécuta avec succ^, en dé" pit des obstacles. A leur arrivée ^ les eaux se ài^ tribuèrent en ruisseaux, cascades et lacs. /Tons les lits préparés par Tarchitectc^ Busch se trouvèrent remplis; l'abondance était si grande^ qu'il fut^ possible d^étre généreux pour les vmsins : ce riche emprunt fut fait à M. DinUdoff, qui possède dans les environs une magnifique caompagne^ arrosée des plus belles eaux. Ainsi , ce particulier, dans un moment d^humeur cwrtct, la cour, pourrait la mettre à see, et priver Tombrage royal de son pltii^granâ charme; e*e$l ce qui fit dire un jour à l'impératrice régnante : «r Savez -vous bien que H. Démidoff est un homme à ménager, il ne tiendrait qu'à lui de nous faire mourir de soif et d'ennui? »
L^auteur d'une description très-étendue des objets remarquables de Pétersbourg et de ses environs, fait le rapprochement d'une pièce d'eau de Tsarskoë-Sélo avec le lac Ontario; cette flatterie me parait un peu large!
J'ainie beaucoup à rencontrer les vieux militaires auxquels l'empereur donné les invalUês
236 BHCORB UKE PBOMEKADE.
dans ses jardins ; transplantés du cbamp de bataille au milieu de cette délicieuse retraite , ces Cincinnatus modernes s*étonnent encore du silence et de la paix qui régnent autour d^eux. La surveillance du parc leur est confiée , et cette garde n'a rien de pénible ; car jamais , je crois , une main profane ne s'avisa de toucher ni les fruits , ni les fleurs. Bien logés dans une petite caserne champêtre , bien nourris et bien aimés de leur maître, couverts de blessures et d'honorables médailles , riches de beaux souvenirs , ces guerriers pourraient se croire en paradis, si de teiQ3 en tems des douleurs martiales ne venaienf les avertir qu'il eiw existe un autre très-supérieur à ceux créés par les rois.
Dans un bâtiment placé au milieu d'un jardin auquel on laissa le genre français y j'ai vu la fameuse table de V Olympe^ où, par l'effet d'un ingénieux mécanbme , les mets et tons lé» accessoires du J^rvice s^ élèvent de dessous le plancher. Point de domestiques, point de témoins importuns ne gênent la galté des dieux , quand ils en ont; des chefs d'office , placés dans l'étage inférieur, obéissent aux goûts et même aux caprices; tout est prévu, jusqu'aux exi*
ENCORE UNE PROMENADE. ^'if
gences du plus raffiné gastronome. On écrit un billet , et on le pose sur son assiette , le messager s'abîme , et , aussi prompte que l'éclair, la chose demandée remonte vers l'écrivain. Un jour, une charmante princesse allemande, qu'on défiait de faire un appel i»ans succès , eut la malice d'embarrasser les lutins invisibles ,- en écrivant cette note : « Douze épingles noires à friser. » Tout le monde éclata de rire en voyant remonter les épingles.
J'ai visité les lamas donnés à l'empereur par le vice-roi du Mexique : sur neuf, il en est mort cinq, mais les quatre survivans en ont. produit dix autres. Ces enfans n'ont pas , à beaucoup près, la beauté de leurs parens, dont la tailk est celle des biches ; ils ont l'œil beau et le regard fier, leurs robes sont variée;^ ; l'un d'eux est blanc , tacheté de noir ; ils n'ont point de cornes. La charge ordinaire du lama est de quatre pouds ( deux cent quarante livres ) . L'une de ces jolies bétes porte encore sur son dos la trace du riche bagage qui lui était confié. Ces lamas, pris dans les Cordillières , soutiennent assez bieii le froid russe.
Je ne peindrai point tous les objets qui éveil-
aiS EKCOBE UNE PROMSHADE.
lent la curiosité du voyageur : on peut devenir terriblement lourd et ennuyeux en yoalant faire partager son admiration ; ainsi , pour éviter cet écueil, le plus redoutable de tous, je nommerai seulement la salle de concert , bâtie au milien des eaux. J'effleure la multitude d'oiseaux étrangers qni réjouissent le Jac , et je passe rapidement shr les ponts de granit qui lient les paysages; je m'arrête à peine devant les trois bi^timens gothiques de l'Amirauté, autour de laquelle mouille une petite flotte campagnarde , composée d'élégants yacts , et de canots dorés el pavoisév Je ne veux qu'indiquer le grand bassin de marbre^ et la pyramide au pied de. laquelle reposent les trois levrettes &vorites de Catherine , immortalisées par les vers de M. le comte de Ségur,- gravés sur la pierre q«i les couvre.
Je nommerai aussi les baios hospitaliers , défrayés par la cour, et dont tout le monde use iifarement; le palais d'Alexandre et sa superbe colonnade , construite par Qkarifighi ; le parc qui l'entoure , et les riches campagnes de Colpiho et de Slavianska que Ton découvre de la plate *forme du palais.