‹ L'hermite en RussieChapitre 88 sur 91 · SUR LES GRIMES EN RUSSIE · texte numérisé non relu

SUR LES GRIMES EN RUSSIE

Tout ^lAl A stt maux , tant honme a «es revers 'f y ovxKifM, Discours sur Fk»mm*.

Dans une réunion où j 'étais le seul étranger, le colonel Théodore éleva cette question : « Comment faut-il considérer lé silence que gardent nos journaux sur les crimes qui se commettent en Russie ? Ce silence est-il un bien on un mal pour la morale publique? » Âussitât le petit comité se divisa en cinq ou six opinions, comme fl arrive toujours. On peut appliquer k tous les salons discutant ces deux vers , de je ne sais quel ouvrage :

Sur cet objet ils parlaient tous fort bien , lU disaient d*or, et ne concluaient rien.

Un petit conseiller-d'état, plein de fraîcheur,

28o SUR LES CaiJtfES EN RUSSIE.

ef fort content de sa personne, s'agitait sur son fauteuil : « Â quoi bon, disait-ii, noircir rimagination des lecteurs par les détails d'un forfait? C'est offrir un dangereux aliment à la coriosîté publique. Pourquoi ces révélations indiscrètes de toutes Les perversités buinaines? Elles ne servent qu'à attrister les bons et à. documenter les méchans. Qui , Messieurs , je soutiens que c^esl un code d'atrocités, une école pour les demi-scëlérats. .Toutes les voies du crime y sont tracées, et tel hoiAme qui ne saurait comment s'y prendre pour tuer pu empoisonner adroitement , puisera les moyens d'exécution dans la relation", très-circonstanciée, d'une cause criminelle»^ Notre police agît donc sagement en proscriviant ces bonteuses confidences; et demain je cesserais mon abonuemont à rinvalide *, si je voyais ses colonnes soiâlléûs de parricides ) iratricides, suicides, infai^ticides, etc., etc. C'est de quoi désenchanter le jour et la nuit ; c'est peupler son chevet d'odieux cauchemars. « Pour moi , dit M. Frédéric , capitaine des Cosaques de la garde , j^

* L* un des journaux russes. -

» SUB LES CRIMES EN RUSSIE. 28 f

n*approuvc point qu'on nous fasse des cacholelies de tout ce qui se passe, surtout dans un pays où les plaidoiries se font à huis-clos. Pourquoi ne pas traduire les crimes au grand jour? Cette divulgation aurait cela d'oitile, qu'çUe avertirait de se tenir sur ses gardes. Par exemple, si j'apprends qu'un assassinat fut commis dans telle rue déserte, cela me^onne à penser, et le soir, en me retirant, j'évite cette rue. Si un journal m'annonce qu'ui^ voyageur a été assailli dans la forêt de , c'est une leçon pour

ceux qui doivent faire la même route^ Quant à l'objection de M. le conseiller-d'état, sur l'en^ saignement. qu'il redoute, je répondrai que cheai nous le peuple r^e lit point les journaux, et lors même qu'il les lirait, ne trouverait-il ^s là moralité de ces relations tragiques- dans la punition des .crimes?

» — Singulière moralité, reprit le prince Jfean, ^ans un empire' où ta peine de mort fut abolie par la fantaisie d'une impératrice f dont les nerfs étajent , trop délicats ! Messieurs, le knouiesi un jeu pour les robustes épaules, et la Sibérie une manière de voyager aux frais de l'état. Quelle ïégislation criminelle que celle provenant de l'é-

ÎI&2 SUR LÈS CàlilES^EN RUSSIE:

vanouissement d'une jolie femme? Cirez les peuples les pins sages de la terre , la peine fut toujours proportionnée au délit. Tout homme qui tue son semblable doit être retranché de la Mciétë.p'ar la mort, si on ne veut pas quHl jnecommence^ car il y a dix à parier contre un que celui qui a tué tuera. Qu^ayez-vous à répondre? --r- Que voas êtes sorti de la question, mon prince , répliqua gravement un sénat^u^ , ii ne s'agit point de la peine de mort , mais du mystère qu*on nous (ait de touâ les crimes.

» — . Cette question est oiseuse , frivole et superflue, s'écria un conseiller de collège ; quand la police lèverait Tmlerdiction prononcée , les feuilles n'auraient rien, ou presque rien à nous apprendra; notre nation est celle de T^nrope, je dirai plus , celle du monde entier , chez laqi^elle il se commet le moins d'assassinats: Il y à de la maiivaise grâce à parler ici des aventures de grandes routes et de forêts; jamais elles né sont le théâtre de vols à main armée , et encore moins de meurtres. J'ai fait des milliers de wérsteâ sans rencontrer autre chose que des mougiks ivres qui me saluaient tendrement. Jamais vimes-nous se former des troupes orga-

Stm LES CRIMES EN EÙSSlE. îSS

nisëes odimn^ celles. de Cartouche \,ih Mandrin^ et de 6iûspard d& Sesse? Jusqu'à présent notre bon peuple échappa à ce fente de corruption , qui enfante dHIlostres scélérats ; notre pays est vierge de ces brigands de bonne compagnie, fils impurs de là guerre de trente ans, dont Schiller à noirci la scène allemande; enfin, grâce an ciel , nous ne connaisson» pas même cette atroce cupidité,: et ces querelles d'intéréis qui ensanglantent trop souvent l'intërienr des familles dans d'autres ôontrées. Sous ce rapport , nos maisons sont aussi paisibles que nos* bois# De plus , rien d'est si rare qu'un vol arec effraction.

» Dernièrement, dans la Colomna^^irois mougilcs profitèrent d^ila beau clair de lune (manière assez innocente de se cacher) pour esca^ lader le balcon d'mie maison déserte; après avoir brisé une fenêtre vitrée, les volenrs, se trouvant en face d'une grande glace, se prirent pour les maîtres du logis , et s'enfuirent au risque de se rompre le cou; d'où je conclus que notre peuple n'a point le germe, la protubé-

♦ lAin des quartiers de Pëtershourg.

Page 1