‹ L'hermite en Russie, ou observations sur les moeurs et les usages russes au commencement du XIXe siècleChapitre 33 sur 37 · CORPORELLES · texte numérisé non relu

CORPORELLES

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PEINES CORPORLLES.

Le grand air convient au* grandi, criminels; sa pureté facilite leur conversion.

Voyage a la NoueclU-Holland'.

L impératrice Elisabeth avait le genre nerveux très- irritable : un jour , passant tout près du lieu où l’on exécutait un criminel , elle tomba sans connaissance au fond de sa voiture. En reprenant ses sens, elle fit vœu de suspendre la peine de mort pendant la durée de son règne, ne voulant pas imposer cette loi de sentiment à ses successeurs ; mais ceux-ci la respectèrent , et ne s en ecartèrcut que dans de rares circonstances. L’impératrice Catherine , lors de la révolte du brigand Pugatchcff , fut forcée d’éteindre l’incendie dans le sang des coupables ; elle nsa de la même sévérité pour le conspirateur

PEINES CORPORELLES. 3o5 Mirovitsch qui voulut délivrer Iwan Antonovitch ,

fils de la régente Anne.

Quelques criminels d’état furent punis de mort sous le règne de Paul 1er , mais en petit nombre; le vœu d’Elisabeth fut religieusement observé par l’empereur Alexandre, jusqu en 1 8 1 2 , où le Code de l’armée , appelé je ne sais pourquoi le Code jaune , prononça la peine capitale contre les traîtres à la patrie.

La suppression de la peine de mort , résul tat d’un évanouissement, fut- elle un mal pour la Russie ? Je n’entrerai point dans cette grande question ; toujours est-il bizarre qu’on ait choisi le moment où cette puissance venait de prendre rang dans les grandes familles européennes pour abolir une peine conservée par toutes les sociétés policées comme garantie nécessaire au bon ordre et à la sûreté de tous.

Ici, le supplice du knout remplace la peine capitale ; on me dispensera de le décrire ; quel voyageur ne l’a pas fait ? Il est fort douloureux , mais rarement mortel ; les procédés employés pour la guérison des blessures sont violens , mais efficaces ; les plaies se cicatrisent promptement. Le criminel , lorsqu’il a reçu le knout , attend

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dans les prisons l’époque de son départ pour les mines de Sibérie ; c’est la seconde partie de la peine infligée , elle ne finit qu’à sa mort,

Le knout entraîne la mort civile lorsque le condamné subit encore la marque , qui se compose de trois lettres , et s’imprime sur le front et les joues. Alors, le condamné est privé de tous ses droits ; il ne dispose plus de ses biens ; sa famille hérite de lui comme s’il était mort , sa femme peut se remarier. Mais, si au contraire le malade ne subit point cette peine infamante , si son visage ne porte point la tache de réprobation , il va travailler aux mines de la couroune ; la disposition de sa fortune ne lui est point enlevée , et sa femme est libre de partager son exil.

Les narines des condamnés au knout ne sont plus fendues comme autrefois ; l’empereur régnant s’empressa d’abolir cette hideuse et inutile mutilation. L’impératrice Catherine avait ordonné la suspension de toute peine corporelle pour les femmes enceintes ; son petit-fils étendit l’ajournement jusqu’au sevrage de l'enfant. .L’abolition de la peine capitale semblait entraîner celle d’un supplice beaucoup plus cruel , celui

PEINES CORPORELLES. 3oy

de la question; cependant , les successeurs d’Elisabeth laissèrent à Alexandre tout l’honneur de ce bienfait ; la question fut abolie par un

oukase rendu en 1806.

Je pense qu’on ne doit accorder nulle croyance à ceux qui prétendent que dans des cas importans la police , voulant obtenir des révélations , nourrit le prévenu de harengs salés en lui refusant toute boisson; au bout de trois jours, ce nouveau Ten.tale est dévore d une soif si ardente , qu’à l'aspect imprévu d’un verre d’eau, offert sous condition , son secret lui échappe infailliblement : cette version ne s’appuyant sur aucun fait bien connu , je la cite uniquement comme une chose bizarre .

La noblesse n’est point passible des peines corporelles ; Pierre III en prononça l’abolition par un privilège concédé en 1 762 ; 1 impératrice Catherine le confirma sous le titre de dvozianskaia gramota ; le manifeste d’Alexandre , du 2 avril 1801 , maintint cette loi. Ce même souverain exempta également les prêtres de la punition corporelle , non-seulement ceux devenant nobles par l’obtention du titre de chevalier que donnent tous les ordres russes , mais encore ceux

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