PEINES CORPORELLES
exerçant des fonctions ecclésiastiques jusqu’aux diacres inclusivement.
Si , par l’effet d’une clémence sur laquelle les opinions restent partagées, l'assassin ne reçoit pas la peine de mort dans cet empire , au moins la société à demi-vengée se dit avec certitude que le coupable ne rentrera plus dans son sein ; sur ce point , il y a entière sécurité ; on ne dit pas comme chez nous :
Qui nous délivrera des forçats libérés?
ou pour variante :
Qui nous délivrera des forçais évadés?
Depuis trop long-tems nos journaux assombrissent leurs colonnes du récit de meurtres commis par des forçats libérés ou évadés : ces détails donnent les teintes les plus lugubres à la Gazette des Tribunaux. En la lisant , la France entière peut se croire placée sous l’empire d’un inteiminable mélodrame, dont toutes les scènes sont marquées par un forfait. Il faudrait remonter bien haut pour préciser l'instant où la société alarmée fit entendre ses plaintes; elles sont d’une nature assez grave pour être écoutées par les
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agens du pouvoir, et l’on ne saurait trop s’étonner de l’indifférence qu’ elles leur inspirent.
Cependant , celui qui paie avec exactitude son douzième peut croire, sans trop de prétention, qu’on s’occupe de sa sûreté. Combien de fois , après la lecture d’un crime atroce commis par un forçat libéré , me suis-je dit : « On se lassera enfin de l’insuffisance des lois , on va prendre un parti ! » Je voyais déjà le ministre de la marine s’élancer à la tribune et représenter les funestes conséquences de ces libérations et de ces évasions, qui sont autant d’arrêts de mort pour une foule de braves gens; j’espérais que l’autorité trouverait une Sibérie , un Botany-Bay, enfin une possession française assez lointaine pour purger la société terrorifiée des brigands qui en sont le fléau. La session s’ouvrait, je braquais mes lunettes sur les journaux ; j’y voyais en effet que le ministre était monté à la tribune, mais seulement pour demander quatre à cinq millions de plus que l’année précédente; et des forçats , pas un mot. Alors il faut prononcer le fameux : « J’attendrai, monseigneur; » unique consolation de tous les refus et négligences ministériels.
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En réalité, nos bagnes sont de vieux établissemens correctionnels qui ne corrigent personne, et dont le but ( souvent manqué par les évasions ) , est de séquestrer un criminel pour un tems limité ou illimité. Mais on peut comparer celui qui a subi sa peine à un pestiféré sortant du lazaret avant sa guérison : il infecte tout ce qu’il touche, il répand la mort et le deuil là où il porte ses pas vagabonds.
Dans un bagne, le crime est en vacance; il se repose , il médite à froid de nouveaux forfaits , des coups plus assurés ; c’est une école de corruption mutuelle dont le brigand le plus distingué devient moniteur de la troupe. Les apprentis imberbes sont pleins de déférence pour lui et pour ses théories sanguinaires ; il dit à l’un : « Tu manquas de courage , ne déshonore plus l’état par une nouvelle lâçheté; » à l’autre : « Tu ne fus ni assez fin, ni assez prudent; avec plus de réflexion dans ton plan, tu triomphais, et nous n’aurions pas l’honneur de ta compagnie; « celui-ci : « C est ta diable d humanité qui t’a perdu; règle sûre , mes amis, il vaut cent fois mieux tuer son homme que de se laisser prendre ; les morts sont bonnes gens , ils ne dénon-