LIVRE III. — CHAPITRE III
glorieux martyre, que plus d'éclat et de célébrité ; au lieu que les moyens plus perfides, employés pour inspirer aux enfans l'amour du monde, n'ont, hélas ! que de trop tristes, et de trop efficaces résultats. La cause de ces maux, c'est cet amour antichrétien pour les enfants, dont on vient de voir les tristes effets dans le père de Sainte Perpétue. Si l'on trouve des parents, qui opposent des obstacles aux justes désirs de leurs enfants, de vivre en vrais chrétiens, de s'éloigner des occasions dangereuses pour leur innocence : si d'autres mettent quelquefois tant de retardements, font naître tant de difficultés à l'entrée en religion de quelqu'un de leurs enfants ; tandis que lorsqu'il s'agit de les établir avantageusement selon le monde, ils sont si empressés, si précipités, malgré la jeunesse des enfants et leur inexpérience: c'est que le cœur de ces parents est au monde et non à Dieu : c'est que dans leurs enfants, ils s'aiment secrètement euxmême ; et que ne pouvant plus jouir des folles joies et des dissipations du jeune
âge, ils veulent les goûter de nouveau dans la personne de leurs enfants. Voilà pourquoi, lorsqu'il s'agit de la vie religieuse, ils ne témoignent ni la même joie ni le même empressement, et que s'aimant plus euxmêmes qu'ils n'aiment leurs enfants : ils en viennent quelquefois jusqu'à les engager contre leur inclination, dans le monde, au risque de les rendre malheureux dans cette vie et d'exposer leur salut éternel.
Bien différent de ceux dont nous parlons M. Le Ber témoigna au contraire qu'il aimait vraiment sa fille, en sacrifiant pour elle sa propre satisfaction ; et de la part d'un homme si considéré dans la Colonie, un exemple si pur et si désintéressé, devait produire, et produisit en effet, dans les cœurs des pères de famille, les plus profondes et les plus salutaires impressions. Car c'est, surtout depuis cette époque, que l'on vit les communautés de Ville-Marie, trouver enfin dans le pays, les membres qui leur étaient nécessaires, et s'étendre même plus qu'elles ne l'avaient fait jusqu'alors. Mais ce que M. Le Ber opéra si