LIVRE III. — CHAPITRE III
colère et furie, pour le seul amour de soi : " Je le plaignais," ajoute Sainte Perpétue, " j'avais pitié de sa malheureuse vieillesse, " voyant que de tout notre famille, il serait " le seul, qui ne se réjouirait point de mon " martyre.
C'est qu'outre qu'il n'aimait que soi dans sa fille, il craignait d'être lui-jnême l'opprobre des payens, si elle demeurait fidèle à Jésus-Christ. Pour éloigner donc de lui cet opprobre prétendu, il faisait tout ce qui était en son pouvoir afin delà faire apostasier. Il n'était arrêté ni par la considération du chagrin mortel qu'il causait à sa fille, ni même par le tort injuste et cruel qu'il lui fesait : lui ravissant par l'apostasie, l'innocence et la paix du cœur : la rendant, pour les faibles, une pierre de scandale : pour les confesseurs de la foi, un objet d'horreur : un sujet de larmes, pour l'Eglise : de triomphe pour l'enfer : et pour Dieu, une ingrate, une parjure, une rébelle, une ennemie. Aussi, ne montra-t-il que trop, le fond de son égoïsme, qui ne lui inspirait que dureté pour sa fille, lorsque
dans l'une de ces rencontres, il en vint jusqu'à la frapper inhumainement. Entendant que malgré ses instances, elle lui répondait qu'elle était chrétienne : irrité de ce mot, " mon père," dit-elle, * se jeta sur " moi pour m' arracher les yeux ; mais il 4t ne fit que me maltraiter, et s'en alla " vaincu." La conduite de ce père aveuglé par l'amour de soi, qui use ainsi de toute son autorité paternelle, pour séparer sa fille de la charité de Jésus-Christ : cette conduite, ne peut que faire horreur à des âmes chrétiennes.
Mais au sein même du christianisme, on a vu plus d'une fois, renouveler des excès semblables ; des parents, sous prétexte d'éprouver la vocation de leurs enfants, employer les moyens les plus dangereux, les plus séduisants, pour essayer de détacher leurs cœurs de Dieu, et de les livrer à l'amour des folles joies du siècle. Le père de Sainte Perpétue, ne put rien contre l'inébranlable fermeté de sa fille: les efforts impuissants de son amour changé en fureur, ne donnèrent, au contraire, à ce