LIVRE III. — CHAPITRE V
Aussi, durant près de vingt ans, qu'elle passa dans cette cellule chérie, sa vie fut comme un colloque non interrompu, avec le bien-aimé de son cœur. Quoiqu'elle l'honorât par un grand nombre d'exercices de piété, comme nous le dirons bientôt, et qu'elle employât au moins trois heures à l'oraison mentale, et quelque fois cinq heures ; ses occupations, durant le temps de la journée, ses travaux, tout le détail de sa vie, n'étaient qu'un entretien continuel avec Jésus, reposant au Saint Tabernacle. Si ses actions matérielles différaient entr'elles, pour l'extérieur, les sentiments intérieurs d'union à Jésus, avec lesquels elles les faisait, étaient toujours les mêmes, comme ces rivières qui changent bien de noms, en parcourant divers pays, mais qui partout portent les mêmes eaux. C'était une oraison sans fin, une continuelle tendance de son cœur vers Jésus, une union non interrompue avec sa Personne adorable. Cette disposition de son cœur, toujours amoureusement présent à Jésus au Très-Saint Sacrement, paraissait assez dans
la position de son corps. Car non seulement elle se tournait vers le Saint Tabernacle, dans ses actions de religion, par exemple, durant la Sainte Messe, que tous les jours elle entendait, en partie, les bras en croix ; mais même dans les actions les plus ordinaires, et les plus communes, telles que celles des repas, qu'elle prenait toujours à genoux, tournée du côté où reposait le Très-Saint Sacrement ; comme l'aimant, qui malgré les secousses qu'il peut éprouver, s'agite, se pousse et se dirige perpétuellement vers le Nord. Aussi avec qu'elle ardeur ne volait-elle pas à la Sainte Table, pour s'unir réellement à celui, quelle adorait sans cesse par la foi ? Elle avait ce bonheur quatre fois chaque semaine, et c'étaient autant de jours de délices célestes, et de saints transports, pour un cœur aussi épris de l'amour de Jésus, que l'était le sien.
Enfin, comme si le temps de la journée, n'eût pas suffi à son amour continuel, et toujours haletant pour Jésus : elle interrompait son sommeil, et se levait inva-