LIVRE in. — CHAPITRE VII
Dans ces sortes d'occasion, où elle avait à parler de Dieu, elle ne se possédait plus elle-même. C'était ce qui arrivait aussi, lorsqu'elle avait quelqu'entretien avec son directeur : ce qui arrivait assez rarement, comme nous l'apprend la mère Juchereau.
" Alors, rapporte M. de Belmont, elle était M comme emportée par la ferveur, la rapi- " dite et l'onction, avec lesquelles elle " parlait ; en sorte que son confesseur se " voyait obligé de l'arrêter, à tout mo- " ment : ce qu'il faisait par ce mot : douceu ment. Se jetant aussitôt à genoux, elle " lui disait: Je vous demande pardon, mon "père: vous faites bien de m* avertir de mon " indiscrétion ; et elle demeurait ainsi hu- " miliée et en silence, jusqu'à ce que le " confesseur lui eût permis de parler.
M Mais bientôt après, ce torrent de la con- " viction des vérités évangéliques, dont " son âme était remplie, s'échappait avec 11 la même rapidité, et la même abondance 11 qu'auparavant." Cette vivacité de sentiments, cette facilité à s'exprimer, et cette ardeur qui l'entraînait elle-même,
quand elle parlait de Dieu, ou des choses de la religion, montre combien les épreuves de la Sœur Le Ber contribuaient efficacement à la faire avancer dans le pur amour de Dieu, et dans les voies de la solide perfection, fondée sur le renoncement à soi-même. On ne peut, en effet s'empêcher d'admirer, qu'avec de telles dispositions, elle ait pu se condamner au silence le plus rigoureux et le plus continuel; et surtout qu'elle l'ait gardé pendant 34 ans, avec tant de fidélité et de constance.