LIVRE IV. — CHAPITRE III
parle aussi, elle-même, du secours qu'elle recevait de ces Esprits célestes, dans les ouvrages de broderie et autres qu'elle faisait. " N'étant aidée dans ses travaux, " dit-elle, que par les Anges, avec qui elle " conversait, et qui se plaisaient sans doute " beaucoup avec cette angélique créature." La confiance singulière de la Sœur Le Ber aux Saints Anges, le recours perpétuel qu'elle avait vers eux, la sainte habitude qu'elle s'était formée de converser intérieurement avec ces Esprits célestes, ne pouvaient être fondés, en effet, que sur les assistances sensibles qu'elle recevait de leur part. La Sœur Trottier rapportait même un trait assez agréable, de la simplicité et de la confiance de la Sœur Le Ber : " Un jour que son rouet à filer s'était rom- " pu, dit-elle, elle me pria de faire venir il un ouvrier qui avait coutume de racom- " moder nos rouets, afin qu'il remit le " sien en état et qu'elle put travailler. " J'oubliai d'envoyer chercher cet homme. " Quelque temps après, m' étant ressouve- M nue de la commission qu'elle m'avait
" donnée : je fus la trouver pour lui faire " mes excuses, en lui disant, que j'allais " réparer ma faute. Elle se mit à sourire " agréablement, et me dit." : Uaffaire est faite : fai prié les Saints Anges de m? aider, et ils ont racommodé le rouet. Oh ! Quand je suis embarrassée, ils viennent à mon aide. Faites comme moi; ayez bien de la confiance en eux, et vous viendrez à bout de tout.
Le bâtiment étant achevé, la Sœur Le Ber exécuta, enfin, le dessein qu'elle avait formé, de se dépouiller de tout ; afin de mourir pauvre. Ayant donc réuni tout ce qui lai restait de bien, elle en disposa par contrat, du 9 Septembre 1714, pour fonder des places gratuites dans le Pensionnat, qu'on venait de bâtir. " ]Se croyant pas, " dit-elle, dans l'acte de cette fondation, " pouvoir faire du peu de bien qui lui reste, " un meilleur usage, et qui contribue plus " à la gloire de Dieu, que d'en appliquer " le revenu, au soulagement d'un certain " nombre de filles, dont les parents sont " dans l'impossibilité de leur faire donner " toute l'instruction et l'éducation néces-