LIVRE IV. — CHAPITRE V
" familiarité ; dites-nous, quel trésor elle a " acquis dans son saint commerce avec " vous? Le don d'Oraison sublime, cette " divine sagesse, qui donne à l'âme, le " goût, l'expérience et la conviction de * cette vérité capitale, savoir : Que Dieu " est le grand tout ; que quiconque le possède " a mit; et que, qui ne Va pas, ne possède " rien. Qu'après Dieu, il n'y a rien de réel " que les biens spirituels, le salut, VEtcrnité. " Que rien ne nous est précieux, que notre " Time, cette substance intelligente, immor- " telle, qui a Dieu pour père, et ne vient " point de la chair. Qu'enfin, rien n'obs- " curcit, n'avilit, ne dégrade autant l'âme, « et ne l'afflige tant à la fin, que l'amour 11 des plaisirs, des honneurs et des riches- " ses, dont le propre est de la remplir " d'idées, d'impressions, de goûts, de pen- " chants, qui la corrompent dans la vie et " la désolent à la mort.
" Voilà le fruit qu'elle a retiré de ses " Oraisons ; je veux dire, de sa communi- " cation, et de son céleste commerce avec 41 les Anges.
" Elle a donné de grands biens et est " morte pauvre ; ou plutôt, elle a trans- " porté ses biens dans le ciel. Quel autel " n'a-t-elle pas orné ? Quelle paroisse n'a- " t-elle pas enrichie de l'ouvrage de ses " mains? Quelle assiduité au travail! Quel " amour de la pauvreté î Elle n'était " chaussée que de souliers de paille, et " n'était vêtue que de haillons, qu'on n'a " pas jugés dignes de revêtir une morte. " De là, cette profonde humilité, qui fit de " la plus riche fille du Canada, la plus pauvre " du monde ; et qui nous dérobe le pou- " voir d'en dire davantage ; quand même, " le peu d'espace qui s'est écoulé entre " sa mort et le jour de son éloge funèbre, " nous en eût donné le temps. 0 humilité " qui a caché sous le boisseau tant de ver- M tus sublimes ! O silence héroïque, qui a " couvert et comme éteint, pour nous, tant " de beaux sentiments ! que tu es digne " de servir de modèle aux prédicateurs eux- " mêmes, en qui, au dire de Saint Bernard, 11 la vaine gloire, le respect humain, le M désir de l'approbation et de l'applaudis-