LIVRE IV. — CHAPITRE V
" sèment, sont comme la teigne de la sain- " teté.
" Mais vous, filles et femmes de Ville- " Marie, sera-t-il dit, que le récit de la vie " si édifiante de votre concitoyenne, qui a " respiré le même air que vous, qui fut " composée d'un corps et de sens sembla- 11 blés aux vôtres, ne produise d'autre effet 4k sur vos cœurs, que de vous faire déses- " pérer de parvenir jamais à son imitation ? " Est-il possible, que l'opposition, le con- " traste, qu'il y a entre une si belle vie et " la vôtre, n'excite en vous, d'autre senti- " timent, que celui-ci : La Sœur Le Ber " était une sainte: pour moi, je suis du monde: "je ne prétends point à être sainte comme elle; " à moi n'appartient pas tant d'honneur ?
" Du moins, au milieu de vos égarements, " considérez de combien de vices et de " péchés, la délivra sa solitude et sa retrai- " te ; et voyez le bonheur que vous per- " dez, et le malheur auquel vous vous con- " damnez vous-mêmes, en vivant comme " vous vivez. Elle mortifia son corps, ses ' yeux, sa langue, ses oreilles, ses pas: elle
11 enchaîna, et emprisonna en quelque il sorte, tous ses sens. Elle voila ses yeux, " pour ne rien voir et n'être point vue ; et •' vous, par combien de regards blessants, k< ne lancez-vous pas les traits meurtriers " de l'amour profane ? Combien d'immo- 11 desties, combien de nudités faussement " voilées, ne donnez-vous pas en proie à 11 tous les yeux, à tous les regards? Elle ;' a mis à ses oreilles une sorte de haie, 11 formée de la couronne d'épines de Jésus, " pour en interdire l'entrée à tout discours " profane : et vos oreilles, Filles du siècle, 11 ne sont-elles pas les échos sans cesse " retentissants, des fausses douceurs, des " flatteries trompeuses et des discours " séduisants du monde ? Xe sont-elles pas 11 un chemin toujours ouvert, par où le " péché, comme un serpent qui se glisse u sous les fleurs, s'introduit dans vos âmes? " Elle mit à ses lèvres une barrière de cir- " conspection ; elle lia et enchaîna sa lan- " gue, par un perpétuel et religieux silence: " et votre langue est toujours déchainée ; 11 ou par la médisance, qui se réjouit de