PÈLERINAGE A L EGLISE
avaient placée devant elle par honneur, quoique, ni eux, ni les Sœurs, n'eussent jamais ouï dire, qu'on en usait pareillement en France auparavant. Aussi, la confiance des pieux Canadiens a-t-elle obtenu de semblables guérisons, non seulement à Ville-Marie, mais dans les paroisses voisines, et au loin dans le Canada, où une multitude de personnes se sont empressées de se procurer de l'huile de Notre-Dame de Pitié.
Mais ces guérisons corporelles ne sont pas les grâces les plus précieuses, que Dieu veut accorder à l'occasion de cette statue. S'il guérit les corps, c'est pour faire naître la confiance dans les âmes, et les guérir ensuite elles-mêmes, de leurs infirmités, surtout du péché, le Stul mal que nous ayons à craindre. C'est pour délivrer de ce mal ces chers concitoyens, que la Sœur Le Ber se condamna à vivre en solitude comme une hostie d'expiation ; ou plutôt, c'est pour cet unique motif, que le Fils de Dieu lui-même est descendu du ciel en terre ; et que Marie, son auguste mère, a consenti à le voir mourir sur la Croix, et a reçu ensuite dans ses bras son corps adorable, en l'arrosant de ses pleurs. Car les larmes amères qu'elle versa, et la douleur immense dans laquelle son âme était noyée, furent moins excitées par la vue de Jésus mort et ensanglanté, que par celle de nos crimes, les vrais instru-
ments de sa passion, et les bourreaux invisibles qui le crucifièrent. Yoilà ce qui a percé le cœur de Marie du glaive de la plus cruelle douleur, et lui a fait verser des torrents de larmes. C'est sur les pécheurs, figurés, par le corps mort de Jésus, leur victime, qu'elle a pleuré si amèrement. Cette mère tendre et compatissante, s'est approprié à elle-même les péchés de ses enfants ; elle en a pris sur soi toute l'humiliation; elle les a détestés avec une contrition vive et véhémente, comme si ellemême les eût commis ; et enfin, elle s'est offerte à la justice divine, pour recevoir tous les châtiments qui auraient dû tomber sur les coupables. Ce qu'elle désire maintenant, ce qu'elle attend des pécheurs ; c'est qu'ils lui ouvrent leur cœur, pour recevoir, chacun, les sentiments de componction qu'elle a excités pour eux, dans le sien propre ; et c'est le fruit le plus solide, le plus désirable, le plus salutaire, que doit produire la dévotion envers Notre- Dame de Pitié ; comme c'est celui que la Sœur Le Ber a désiré et sollicité pour tous ses concitoyens, et qui lui a mérité à elle-même, cet état de sainteté sublime, qui l'a rendu heureuse sur la terre et plus heureuse encore dans le ciel.